Faire la ressemblance : Adieu Big Bang!

Tribune libre

Faire la ressemblance : Adieu Big Bang!
(Photo : Archives)

Qui sommes-nous dans cette immensité? Quelle est notre origine? Quelle est notre destinée? Le Big Bang est une théorie créationniste et réductionniste qui suppose une expansion de l’Univers à partir d’une explosion primordiale, suivie par la formation des particules élémentaires, des atomes, puis des molécules dans un ordre chronologique de complexité croissante jusqu’aux galaxies et à l’apparition des humains sur Terre. Depuis le siècle dernier, cette cosmogénèse demeure la principale hypothèse acceptée par la communauté scientifique pour expliquer toute la beauté incommensurable du Cosmos. 

Toutefois, il y a plus de 2400 ans, le philosophe grec Platon avait déjà élaboré une cosmologie à l’antipode du Big Bang, laquelle est passée incognito sous le radar des philosophes et scientifiques ultérieurs à cause de son apparence contradictoire. En effet, à la fin de son dialogue le Parménide, Platon conclut en disant « Tout ressemble à tout et ne lui ressemble pas. » À première vue, cet énoncé semble être une contradiction, mais il est une vérité universelle au sujet de tout ce qui existe, incluant ces galaxies lointaines récemment révélées par le télescope James Webb.

Par exemple, tous les humains se ressemblent et ne se ressemblent pas. En effet, tous les humains sont différents les uns des autres, mais ils partagent tous une ressemblance simultanément. De même, toutes les planètes se ressemblent et ne se ressemblent pas; toutes les galaxies se ressemblent et ne se ressemblent pas, etc.

Cela est évident! Mais n’allons pas trop vite dans notre raisonnement et concentrons notre attention sur ce mot : Tout. Platon ne disait pas seulement que les humains sont à la fois semblables et différents entre eux, mais que « Tout ressemble à tout et ne lui ressemble pas ». Il va de soi qu’un humain est différent d’un chat, d’un pissenlit, d’une galaxie, etc. Cependant, cet énoncé universel affirme aussi son contraire, à savoir que les humains ressemblent à tout, incluant les chats, les pissenlits, les galaxies, etc.

C’est ici que l’argument de Platon se corse! Car la ressemblance entre des individus d’une même classe (entre humains, entre pissenlits, entre galaxies, etc.) est évidente, mais la ressemblance entre toutes les choses est plutôt floue. Quelle est la ressemblance entre un pissenlit et une galaxie, par exemple?  Difficile à dire, n’est-ce pas? Or, Platon surmonta cette difficulté grâce à son esprit mathématique pour en arriver à cette conclusion : il y a une ressemblance universelle qui rassemble toutes les choses dans une même famille que nous appelons l’Univers.

Je vous avoue que cette ressemblance universelle est extrêmement difficile à identifier, mais lorsqu’on l’a trouvée, elle devient facile à expliquer. Vous trouverez cette explication dans mon dialogue philosophique qui s’intitule Pantomérie ou de l’Idée de l’Univers.

Grosso modo, l’Univers a toujours été le même et différent tout à la fois, car il y a une Idée qui se perpétue sous toutes ses formes possibles, comme un parent transmet sa ressemblance physique et spirituelle à son enfant de manière différente, puis cela se perpétue de génération en génération… L’anatomie humaine n’a guère changé depuis des millénaires, puisqu’elle se transmet à travers le temps. C’est pour cette raison que tous les humains (passés et présents) se ressemblent et ne se ressemblent pas. De même, tous les Univers jusqu’à ce jour se ressemblent et ne se ressemblent pas, car son Idée générale (son « anatomie ») reste toujours la même.

Nous en concluons que l’Univers n’a jamais eu de commencement et n’aura jamais de fin non plus. Contrairement aux choses éphémères, l’Univers est éternel car il répète cette ressemblance universelle depuis toujours et à tout jamais. Cela veut donc dire qu’il n’y a jamais eu de Big Bang, ni expansion de l’Univers, aussi parce qu’il a toujours été maximalement infini (il ne peut pas être plus grand). De plus, cela implique que l’Univers n’aura aucune mort thermique, ni aucun Big Crunch (effondrement terminal). Après tout, le Big Bang (théorie créationniste) n’est qu’un copier-coller de la genèse biblique reprise en des termes réductionnistes fort complexes rebutant le commun des mortels. 

Pourtant, cette antithèse du Big Bang que nous propose la cosmologie de Platon est fort simple et optimiste quant à l’avenir, car son enseignement nous dit que l’Univers de demain sera semblable à celui d’aujourd’hui et du passé. Il s’agit de la Beauté qui nous émerveille en tout temps, tout lieu et à tous les niveaux. Qu’il s’agisse d’un humain, d’un pissenlit ou d’une galaxie, toutes ces belles choses éphémères participent à l’Idée générale de la Beauté, c’est-à-dire cette ressemblance que l’Univers répétera sous toutes ses formes pour l’éternité… Adieu Big Bang!

Jonathan Croteau, originaire de Warwick et auteur du livre Pantomérie ou de l’Idée de l’Univers

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Pierre-Rock Tremblay
Pierre-Rock Tremblay
22 jours

WoWww, toute qu’un allumé…Nous en concluons que, pardon qui ça nous ? Comment expliquez vous l’expansion de l’univers? Vous dite que l’humain a guère changé depuis des millénaires… pardon ?? Toute a changer sur la terre depuis des millénaires. Ils parlent de 2.8 millions d’années pour homo habillis et 300,000 ans pour nous homo sapiens, 4,5 milliards d’années par la terre. Je vous rappelles qu’ils y avait des dinosaures sur terre avant nous et comme on dit, il y a des preuves de ça. N’oubliez pas Charles Darwin. Vous semblez être un très bon manipulateur du crayon, vous devriez peut-être vous en tenir à cela, genre écrivain du fantastique, ou dramaturge. Moi je ne me fie pas sur vous pour avoir des réponses sur le début, d’où on viens.

Gervais L.
Gervais L.
22 jours

« Le Big Bang est une théorie créationniste et réductionniste ». C’est malaisant de lire ça en 2022 alors qu’on a littéralement des images du Big Bang grâce à la « cosmic background radiation »; pardonnez l’anglais.

Muriel Grimaldi
Muriel Grimaldi
21 jours

Eléments de métaphysique
De rien, rien ne peut naître.
Par conséquent s’il y a de l’être plutôt que rien, c’est que de l’être a toujours été. Ou encore l’être est sans pourquoi.
L’être se manifeste sous deux formes fondamentales : la materia (matière ou antimatière) et l’énergie, formes convertibles l’une dans l’autre ; de là émergent une multitude de formes complexes, par l’effet du hasard, de la nécessité et de l’entropie de la materia.
L’Univers comme totalité de ce qui existe n’a donc pas de commencement ; il est infini dans le passé.
Ceci exclut l’hypothèse du Dieu créateur des religions bibliques. Outre le fait que le récit de la Genèse est très étroitement solidaire du système patrilinéaire des représentations, lui-même corrélé à l’invention de l’agriculture et à l’institution de la propriété agraire, le moment de cette création dans un hypothétique esprit divin est incompatible avec le concept de Dieu.
Infinité et régularité s’excluent mutuellement. La physique travaille avec des quantités finies et les lois qu’elle énonce sont validées par l’expérimentation.
Si la materia était en quantité infinie, il n’y aurait pas de vide.
Si l’énergie était en quantité infinie, il n’y aurait pas de nuit.
Par conséquent la materia et l’énergie sont, dans l’Univers, en quantité finie.
Dans un temps infini, la materia et l’énergie étant en quantité finie, les mêmes combinaisons de formes complexes émergentes sont survenues un nombre indéfini de fois.
Si les formes complexes à venir ou virtuelles ont toutes déjà eu lieu dans le passé infini de l’Univers, alors son futur ne se distingue pas de son passé et sa structure diachronique est circulaire.
Autrement dit l’Univers, infini dans le passé, est également infini dans l’avenir. Ces deux infinis se rejoignent dans une circularité essentielle qui est cependant sans ordre.
Indépendamment du hasard tel qu’il nous apparaît, le postulat selon lequel il est consubstantiel à l’Univers repose sur quelques éléments de physique théorique.

Eléments de physique théorique
Ce qui suit tire sa légitimité relative de l’inadéquation et des impasses du modèle cosmologique en vigueur.
Le modèle que l’on va exposer est purement heuristique et constitue seulement la base d’un paradigme global qui reste à élaborer.
Si l’Univers est diachroniquement infini et si la portion que nous en observons est caractérisée par l’entropie (« flèche du temps »), alors sa dynamique fondamentale repose nécessairement sur la conversion permanente de la materia en énergie et de l’énergie en materia.
D’autre part nous ne percevons que 20 % de la materia existant dans l’Univers et nous ne sommes pas en mesure d’expliquer l’accélération de l’expansion universelle (« énergie sombre »).
Deux hypothèses peuvent être formulées à partir des postulats métaphysiques et de ces carences :
– l’énergie produite infiniment par l’Univers résulte de l’effondrement gravitationnel des amas de matière et d’antimatière parvenus au voisinage du zéro absolu.
– l’accélération de l’expansion résulte de l’action simultanée de cette production continue d’énergie, de la création continue de materia par refroidissement et donc de champs et donc d’exclusion (principe de Pauli) et donc d’accroissement de l’espace.
Partant, le Big Bang n’est plus un événement mais un processus permanent de transformation de l’énergie en materia.
Nous fiant à notre théorie de la vitesse de la lumière (qu’il faudrait plutôt nommer
« célérité ») nous sommes persuadés, selon le célèbre aphorisme de Stephen Hawking, que « Voir loin, c’est voir tôt » et que notre analyse des plus lointains signaux lumineux ne nous livre jamais que le passé de l’Univers, ce qui, à nouveau, conforte notre système patrilinéaire des représentations. Mais qu’est-ce qui nous garantit que ce processus n’est pas encore en train de se produire ? Qu’il n’est pas actif depuis quinze milliards d’années, et plus encore, depuis la nuit des temps, depuis toujours ? Rien.
En partant de ces présupposés il est possible d’approcher la structure topologique de l’Univers comme une surface de Boy biface (matière / antimatière).
Cette structure bijective a une origine à laquelle il est possible de référer le Big Bang. Elle fait apparaître quatre feuillets plissés – deux étant constitués de matière, deux autres d’antimatière – que nous nommerons des mondes.
Chacun des « diptyques » matière / antimatière évolue parallèlement mais de façon non symétrique ; de même à l’intérieur de chacun d’eux, chaque monde est spécifique.
Ceci est dû pour partie aux fluctuations quantiques des origines, pour partie aux événements transversaux.
Ceux-ci sont de deux ordres et se correspondent. Dans des mondes en feuillets plissés, une zone donnée peut se trouver vis à vis d’une autre zone du même monde mais séparée d’elle par le monde parallèle de materia antagoniste. Dès lors il est possible de concevoir les trous noirs – qui sont plus probablement des trous de ver – comme des zones d’un passage de la matière*antimatière / énergie à l’intérieur d’un même monde (ou, éventuellement depuis un monde homologue à l’autre), passage gravitationnel contraint par la materia antagoniste.
Les galaxies spirales seraient ainsi indicatrices des zones dans lesquelles une portion d’un monde se vide et les nébuleuses, celles de celles où, au contraire, elle s’accroît. Les unes seraient ainsi l’envers des autres.
La portion du monde dans laquelle nous vivons est dominée par les galaxies spirales. D’après ce modèle, c’est donc une zone qui se vide au profit d’une autre. Il se pourrait alors que le chiffrage du déficit de matière enregistré, par rapport à la quantité attendue, résulte majoritairement des circonstances locales.
L’énergie créée aux confins des quatre monde, par la confluence de la matière et de l’antimatière, implique la destruction de toute materia, et donc des champs et donc de l’espace /temps. Cette énergie se trouve donc instantanément projetée, selon la structure de l’anneau de Moebius, au lieu où, par circularité et refroidissement relatif, elle engendrera
à nouveau la materia, lieu que nous nommerons l’omphalos.
Ce modèle rend compte de l’irrégularité de la répartition de la materia observée au voisinage du « Big Bang ».

Eléments de mathématiques
La surface de Boy qui paraît constituer la structure sous-jacente de l’Univers comporte ici deux caractères particuliers :
– Elle doit être conçue sans référent extérieur universel ; autant dire que, comparativement à l’objet topologique qui lui sert de base, elle n’a pas de forme définie ; elle est autoréférentielle, avec coordonnées intrinsèques.
Comme cette structure a cependant une origine, un système universel de localisation est envisageable.
– Elle est biface et comporte donc, par rapport à l’origine, quatre entités particulières que l’on peut définir comme des surfaces plissées inhomogènes entre lesquelles il est possible de formaliser un certain nombre de relations.
Encore un peu de métaphysique
Dans ce modèle cosmologique, l’être donne au non-être assignation et lieu d’être :
– C’est l’espace / temps instantané qui, dans l’atome, sépare l’orbite basse de l’orbite excitée (théorie des quanta).
– Dans la structure universelle, c’est la nature même de l’anneau de Moebius qui est le « bord sans bord » des quatre mondes et précipite incessamment les paires matière / antimatière comme énergie pure instantanée au coeur de l’omphalos, alimentant l’expansion en permanence.

Eléments de philosophie
Dans un univers de cet ordre chacun de nous a existé, ou existera – ce qui, comme on l’a vu, revient au même – un nombre indéfini de fois, ceci dans des mondes semblables ou plus ou moins différents, avec le pouvoir d’infléchir ou pas, à chaque instant, le cours des choses, à petite ou grande échelle.
C’est dire d’abord que la conformité qui fonde l’identité est purement formelle et nous laisse libres à chaque instant, d’élire telle ou telle de nos déterminations.
C’est dire ensuite que, d’une option à l’autre, l’identité se dissout dans le processus d’autocréation qui est le caractère commun des formes émergentes et croît à mesure de leur complexité.
Voilà donc de quoi cesser de craindre la mort comme terme définitif de nous-mêmes :
– Certes les différentes occurrences de notre singularité ne communiquent pas entre
elles mais elles ont existé et existeront un nombre indéfini de fois.
– La mesure par laquelle chacun de nos gestes peut nous éloigner d’un ego préexistant détermine du même coup l’empan de notre liberté.
C’est par là que nous avons, de proche en proche, partie liée avec toute forme de vie dans l’Univers.
Il en émerge le principe fondamental de l’éthique : éviter la souffrance, pour soi-même et autrui.
Par conséquent, hormis l’éventualité de cette souffrance, « le silence éternel de ces espaces infinis » ne doit pas effrayer ; il appelle, tout au plus, un léger rire ou, mieux encore, un rire léger.
Philosophie pratique
Le devenir des communautés humaines que dessine la déstabilisation climatique globale fait du changement du système des représentations une priorité. Celui-ci passe en particulier par l’élaboration d’une cosmologie alternative.

Gervais L.
Gervais L.
21 jours
Répondre à  Muriel Grimaldi

Mme Grimaldi, j’ai lu votre commentaire au complet deux fois et certains passages plusieurs fois supplémentaires. Votre français est excellent. C’est du n’importe quoi, mais c’est tellement bien écrit que ça m’a fait du bien de vous lire. Merci!

Pierre-Rock Tremblay
Pierre-Rock Tremblay
21 jours
Répondre à  Muriel Grimaldi

Un autre bien bon sur le crayon lollll, êtes vous une liseuse de bonne aventure? , écrivain ? incroyable quand même!. êtes-vous la Muriel Grimaldi ? en charge du cours de littérature française chez UIA-Val de Marne ? Vous êtes de Paris ? Qui a étudier en science du texte et document, en philo et logique, en science de la vie et de la terre? Quand même incroyable que quelqu’un de Paris réponde dans un journal d’une petite ville de province du Québec. C’est bon ce que vous avez écrit mais ça parait qu’on a pas affaire à un astrophysicien. Bonne journée! et revenez nous !!!