La prévention ça existe…

Suite à la vague soulevée par l’affaire Sklavounos et les agressions à l’Université Laval, des manifestations ont eu lieu à Montréal, Québec, Saguenay, Sherbrooke et Gatineau pour dénoncer la culture du viol. Le journaliste Jean-François Desbiens, qui nous informait de la tenue de ces manifestations, a terminé son topo par une question : est-ce qu’on devrait faire de la prévention dans les écoles?

C’est une évidence que plus la prévention se fait de façon précoce, plus elle est efficace, et qu’il vaut mieux prévenir que guérir. C’est dans l’enfance qu’on intègre les notions de respect et que se forme sa mentalité.

Quand certaines attitudes irrespectueuses sont tolérées et valorisées, elles sont incorporées dans sa culture. Il ne suffit pas de mettre en garde les petites filles et les femmes. Les petits garçons et les hommes, en tant que victimes minoritaires et agresseurs majoritaires, doivent faire partie de la solution.

La culture du viol est un concept établissant des liens entre le viol et la culture de la société où ces faits ont lieu, et dans laquelle prévalent des attitudes et des pratiques tendant à tolérer, excuser, voire normaliser le viol. Le regard sur la responsabilité est-il le même en fonction du lieu, de l’heure, de la personnalité et de la tenue de l’agresseur ou de la victime ?

La plupart du temps, on inverse les rôles en tentant de discréditer la victime et de justifier l’agresseur, particulièrement s’il détient un poste prestigieux. Si elle n’était pas consentante, pourquoi avoir accepté une invitation à son appartement ou à sa chambre d’hôtel ? Pourquoi avoir accepté une ou des consommations ?

En quoi la fréquentation des bars, les sorties tardives, le port de vêtements sexy et du maquillage, une sexualité active ou un passé trouble peuvent rendre le consentement facultatif ? C’est comme si on justifiait le vol dans les commerces en prétextant l’accessibilité et la beauté des étalages !

La plupart d’entre nous veulent plaire et apprécient les tentatives de séduction. Par contre, ce qui est dommageable c’est que certaines se font inculquer que tous les regards, les remarques, les sifflements et les approches insistants sont flatteurs.

Les petites filles, les jeunes filles et les femmes doivent tenir compte de leurs malaises et mettre leurs limites quand elles considèrent qu’on les traite sans respect, avec vulgarité ou insistance. Elles sont aussi libres d’accepter, de délimiter jusqu’où elles veulent aller et de refuser à n’importe quel moment de continuer. Le respect et la considération font aussi partie du charme d’une personne. Inculquer, dès le plus jeune âge, le respect et l’importance des rapports égalitaires amèneront des relations consentantes sans abus ni agression.

Au journaliste Jean-François Desbiens qui se demande s’il n’y aurait pas lieu de faire de la prévention dans les écoles, nous ne pouvons que répondre par l’affirmative. Elle se fait déjà. Nous l’informons que des ateliers de prévention sont dispensés dans les écoles primaires et milieux de garde du Québec depuis 1985.  Ces organismes qui portent le nom d’ESPACE, car chacun a droit de faire respecter son espace vital, sont actifs dans les régions suivantes : Québec, Mauricie, Outaouais, Abitibi-Témiscamingue, Côte-Nord, Gaspésie-Iles-de-la-Madeleine, Chaudière-Appalaches, Laurentides, Montérégie et Centre-du-Québec.

Ces organismes, qui ont fait leurs preuves, offrent des ateliers adaptés et améliorés de façon continue depuis plus de 30 ans pour les enfants et leur entourage!

Pour ceux qui considèrent qu’il fait bon naître fille au Canada, c’est à la fois vrai et faux. À l’occasion de la journée internationale de la fille, Save The Children vient de publier un classement des meilleurs et des pires pays à l’égard des filles dans le monde. Cet index comprend 144 pays. Il repose sur cinq indicateurs sur la santé, le respect et le pouvoir des filles : mariage précoce, éducation scolaire, grossesse d’adolescentes, mortalité maternelle et proportion de femmes au Parlement. Les pays scandinaves arrivent en tête, le Canada en 19e position, tout de suite après la France, tandis que les États-Unis se classent au 32e rang. Il reste beaucoup à faire avant de se péter les bretelles !

ESPACE est là non seulement pour outiller les enfants, mais également les parents et l’ensemble de la communauté. Si vous vous posez des questions face à une situation ou vous ne savez comment réagir, n’hésitez pas à nous consulter, c’est gratuit et confidentiel : ESPACE Bois-Francs, (819) 752-9711

Texte rédigé par Monique T. Giroux pour ESPACE Bois-Francs

Membre du ROEQ (regroupement des organismes ESPACE du Québec) www.espacesansviolence.org