«On veut faire revivre la montagne!»

Par heleneruel

SAINT-CHRISTOPHE-D’ARTHASKA. Les plus vieux… et les skieurs se souviendront du Club de ski Victoria, ce centre qu’on appelait aussi «Skitow» situé au flanc du mont Saint-Michel en bordure du chemin Laurier Est. Une grande arche en orne désormais l’entrée, annonçant la toute nouvelle vocation du lieu, «Ranch Kiméyan».

On peut le dire, Marco Turcotte et sa compagne Teresa Highfield sont en amour. L’un de l’autre depuis trois ans et demi. Et amoureux de la montagne, un domaine d’une quarantaine d’acres, de leur quinzaine de chevaux et de leur dizaine de poneys qu’ils dorlotent.

Ils attendent de la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTA) l’autorisation de pouvoir organiser des repas de cabane à sucre durant toute l’année et d’héberger des visiteurs pour une nuitée ou pour plusieurs.

«On veut faire revivre la montagne!», disent Marco et Teresa. En faire un attrait agrotouristique. Un lieu où les chevaux constituent le centre d’intérêt pour les enfants, les familles, même les aînés.

Ils prévoient investir près d’un demi-million $ afin d’offrir un large éventail d’activités, faire vivre une «expérience» aux gens qui s’y attardent. Le lieu s’y prête, sillonné de sentiers où l’on peut trotter et marcher. Ils ont déjà érigé un tipi pouvant accueillir 18 personnes.

Et avec tous les services qu’ils veulent offrir, les activités qu’ils souhaitent proposer, ils ont l’intention de créer une vingtaine d’emplois.

Plusieurs propositions

Le Ranch pourrait devenir un lieu de réception pour quelques heures ou pour plusieurs jours, où l’on s’instruit, s’amuse, se repose. La zoothérapie, particulièrement pour les enfants autistes, les tours de poneys, de chevaux, de traîneau à chien, de chariot figurent à la liste des propositions. Le couple est ouvert à tous les liens qu’ils peuvent tisser avec les écoles, avec les auberges et gîtes, avec les entreprises désireuses d’y tenir leurs séminaires.

Gestionnaire de projet, président de l’entreprise en construction Geraco, Marco Turcotte dit en riant que cette affaire de Ranch «doit être bien placée parce qu’on n’est pas travaillants».

«Au suivant!»

Il s’agit d’une blague, bien sûr, puisque lui et Teresa ont mené et mènent encore de belles carrières, tambour battant. «Pour nous, ce Ranch ouvert au public, ce sera une façon de redonner au suivant», dit Teresa.

Ils ont donné au Ranch le nom de Kiméyan… en écho aux prénoms des deux fils de Marco, Kim et Yan.

Marco et Teresa se sont rencontrés au hasard d’un projet de construction justement, elle résidant à Saint-Jean-sur-Richelieu. Technologue de formation, elle a œuvré pendant 13 ans pour Bombardier, ce qui l’a menée jusqu’à l’international. Elle travaille maintenant pour le Mouvement Desjardins au centre-ville de Montréal.

Ensemble ils sont à esquisser leur rêve commun. Lui pour retrouver l’odeur de son enfance à Ham-Nord, sur une ferme, avec des chevaux. Teresa affirme qu’elle a trouvé, dans la montagne, de quoi satisfaire son envie de nature et de chevaux, elle qui, chaque fin de semaine, avait besoin d’une grande bolée d’air pur.

Le rêve de l’un, la réalité de l’autre

Ils ont acquis leur «montagne» des mains de Luc-Marc Gendron et de sa conjointe Marielle Habel il y a un an et demi, en juin 2013. Le vaste domaine appartenait au couple depuis près de 20 ans. M. Gendron, fils de Paul (qui fut propriétaire du cinéma Laurier) s’est fait bien connaître dans la région, exploitant le ciné-parc à Victoriaville et les salles de cinéma à Drummondville.

Ils ont vendu leur propriété, parce qu’il le fallait. Les accidents et la maladie les y contraignant.

Eux rêvaient d’y élever des chevaux Canadiens, Marielle étant une experte dans le domaine équin, ayant longtemps participé à des compétitions.

Avant d’entreprendre la conversion de l’ancien centre de ski en entreprise d’élevage et bâtir écurie et résidence, il a fallu bon nombre d’années et de procédures… jusqu’au Tribunal administratif du Québec (TAQ), rappelle Luc-Marc Gendron, en entrevue au téléphone. Le couple réside à Sherbrooke… ayant choisi de se distancier de la montagne chérie.

En 2008, le couple recevait l’aval du TAQ et entamait les travaux : électrification du site, construction de l’écurie et du bâtiment-entrepôt, aménagement des pâturages, des aires d’entraînement, installation des clôtures électrifiées sur 4 acres, etc.

En octobre 2009, la CPTAQ autorisait enfin les propriétaires à amener leurs juments Canadiennes pur-sang sur le site. «Pour rester près d’elles, nous avons logé dans la partie chauffée du bâtiment-atelier», raconte Luc. Les travaux de construction de leur résidence ont commencé en mai 2010 pour se terminer en octobre.

Sans le savoir, les Habel-Gendron allaient camper non pas leur rêve à eux, mais celui des Highfield-Turcotte. «C’était comme un projet clé en main pour eux», dit encore l’ancien propriétaire. Il ne s’est pas écoulé 24 heures entre le moment où Luc-Marc Gendron installait une affiche «À vendre» et celui où, passant par là, Marco Turcotte la repérait.

Les deux s’étaient déjà rencontrés, M. Gendron ayant demandé à M. Turcotte de lui dessiner les plans de son bâtiment-atelier. «Et je me souviens que mes oncles, André Tardif et Marcel Rheault ont travaillé au Club de ski Victoria…», dit le nouveau propriétaire.

Marco et Teresa souhaitent également garder vivante la mémoire de l’ancien Club de ski, trouvant, ça et là des vestiges de ces quatre décennies d’existence, l’essieu qui servait pour le tire-fesses, des bouteilles de bière et des lunettes de ski comme on n’en voit plus.

À propos, selon M. Gendron, le nom «Skitow» faisait référence au système de remontée mécanique (Ri>towing) fabriqué avec un ancien châssis de camion.

Le Ranch Kiméyan a sa page Facebook. Et on peut joindre ses propriétaires à ranchkimeyan@gmail.com.

Quelques dates *

1938

Ouverture du Club de ski Victoria qu’exploiteront Gaston Beauchesne et Roméo Reny.

1974

Théobad Binette acquiert la moitié des terrains, ceux situés en haut de la montagne dans le voisinage des tours de Câblovision.

1976

Cinévic acquiert le Club de ski Victoria des mains d’un organisme à but non lucratif dont ont fait partie les frères Jacques et Michel Auger. Les actionnaires de Cinévic sont Paul Gendron, Luc Gendron, Gilles Desrosiers, Marcel Labbé et Robert Carrier.

1981

Les Jeux du Québec ne peuvent se tenir au Club de ski Victoria faute de neige.

1982

La Ville de Victoriaville refuse d’acquérir, pour 1 $, l’immeuble du Club de ski Victoria. Le centre ferme définitivement ses huit pistes de ski.

1985

Un incendie détruit ce qui était le chalet de ski.

1996

Luc-Marc Gendron et sa conjointe Marielle Habel deviennent les uniques propriétaires de ce qui a été le centre de ski, rêvant d’y exploiter un élevage de chevaux Canadiens.

2008

Après bon nombre de procédures qui les a menés de la CPTAQ au Tribunal administratif du Québec, le couple reçoit enfin son feu vert en décembre 2009, construit une écurie pour des chevaux qu’il a commencé à acquérir en 2008.

2013

Les accidents et la maladie obligent Luc et Marielle à abandonner leur rêve. Ils se résignent à vendre leur propriété. *Renseignements fournis par Luc-Marc Gendron

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