La dépendance affective : un mal-être sournois

La dépendance affective : un mal-être sournois
Marie et Cécile ont expliqué la dépendance affective. (Photo : www.anouvelle.net)

À Victoriaville, depuis une vingtaine d’années, un groupe de Dépendants affectifs anonymes (DAA) se rencontre chaque semaine. L’objectif du mouvement est de permettre aux personnes affectées de partager leur vécu et d’apprendre à apprivoiser ce trouble qui rend difficile le maintien de relations affectives saines et satisfaisantes.

Marie et Cécile (des noms fictifs pour préserver leur anonymat) font partie de ce groupe, nommé « Le sentier de l’espoir », depuis une vingtaine d’années. Les deux confient être dépendantes affectives (DA). « On connaît bien les Alcooliques anonymes, mais beaucoup moins les Dépendants affectifs anonymes », disent-elles d’entrée de jeu. En fait, il s’agit d’une condition beaucoup plus difficile à déterminer puisque tout se passe à l’intérieur de soi. « On n’a pas de bouteille, de joint, de jeu qu’on peut voir ou toucher. La dépendance affective, c’est un malaise intérieur », explique Cécile.

Il s’agit donc d’un mal sournois, qu’on ne voit pas, mais qui existe réellement. Une dépendance, mais aux autres. C’est une « maladire », comme le souligne Marie en précisant que c’est un mal intérieur qu’on a du mal à mettre en mots ou à dire.

Pas évident donc de déterminer que l’on est, ou pas, dépendant affectif. « Et ça ne se vit pas seulement dans les relations amoureuses comme plusieurs peuvent le croire », indique Marie qui, de son côté, est heureuse en couple depuis des décennies. C’est de ses enfants qu’elle était dépendante affective, s’oubliant pour eux, qu’elle considérait parfaits. C’est quand est arrivée une nouvelle personne dans le cercle familial (qui n’était pas parfaite selon les standards de Marie) qu’elle s’est interrogée. Ensuite, grâce à une thérapie, elle a réalisé que cette boule, qui lui nouait l’estomac lorsque les choses n’allaient pas comme elle le souhaitait, était en fait de la dépendance affective. Elle n’était pas contente d’en être atteinte, mais contente de savoir ce qui la rongeait à l’intérieur. « Et mon rétablissement vient des réunions des DAA et non de la thérapie », précise-t-elle.

D’ailleurs, plusieurs personnes souffrent de ce mal, sans le savoir, et vivent des relations malsaines où elles s’oublient pour les autres ayant une pauvre estime d’elles-mêmes ou encore en voulant plaire à tout prix.

Du côté de Cécile, c’est une longue recherche, des lectures, des cours et des thérapies qui lui ont permis de trouver ce qui n’allait pas chez elle. « Quand on m’a nommé la dépendance affective, j’ai eu peur. Je croyais que je devrais laisser mon conjoint », commence-t-elle. C’est ce qui l’a menée aux DAA, ce qui pour elle a été une révélation. « Au moins je peux mettre un mot sur mon malaise », apprécie-t-elle.

Pour sa part, sa faible estime personnelle faisait en sorte qu’elle mettait tous ses efforts sur le paraître. « Si mon conjoint ne paraissait pas bien, je m’organisais pour qu’il le soit », confie-t-elle. Donc, de l’extérieur, encore une fois, rien ne paraît. Un peu comme le canard sur l’eau qui semble bien calme. Mais sous l’eau, il pédale intensément pour garder le contrôle.

« Cétait mon mal à moi, parce que je ne me connaissais pas, ne m’aimais pas. Je comblais les besoins des autres sans mettre mes limites », exemplifie-t-elle. Aveuglée par ce besoin d’être aimée à tout prix, elle en oubliait le plus important, elle-même. « Et quand tu en fais trop, tu étouffes les autres », a-t-elle découvert.

Douze caractéristiques

Il y a 12 caractéristiques à la dépendance affective. Parmi celles-ci figure le fait d’avoir une vision de soi très négative et une basse estime de soi. La difficulté à reconnaître et assumer ses besoins est un autre trait de cette condition, tout comme le fait de baser ses relations interpersonnelles sur le modèle gagnant-perdant, la loi du tout ou rien. Ayant des difficultés à communiquer (donc incapable de formuler ses besoins), les DA préfèrent souvent garder le silence. Le manque de confiance en soi, aux autres et à la vie en général est une autre caractéristique. La crainte du rejet ou de la désapprobation qui engendre la création d’un personnage est exemple de ce mal qui ronge plusieurs personnes.

Déjà, de pouvoir déterminer que l’on souffre de DA est un pas vers la guérison. Avec le groupe, qui à Victoriaville est constitué d’une dizaine de personnes actuellement (il y en a déjà eu beaucoup plus avant la pandémie), les participants se retrouvent avec d’autres personnes qui ont vécu la même chose et ont appris à s’en sortir (bien que comme pour les AA, on demeure dépendant affectif toute sa vie, mais on peut être en rétablissement). 

Le but, avec la méthode et les 12 étapes, est simplement (même si ce n’est pas aussi simple) de rétablir une bonne relation avec soi afin d’avoir, par la suite, une relation saine avec les autres. On y apprend également à communiquer ses émotions et à mettre des limites par rapport aux autres ou à soi-même.

Mais comment faire pour savoir si nous sommes atteints par la dépendance affective? Pour commencer, si on sent cette boule à l’intérieur qui semble nous gruger, qu’on se pose des questions, qu’on ne se sent pas bien dans une relation, ce sont peut-être des signes de DA. 

D’ailleurs, une série de 29 comportements, qu’on retrouve sur le site Internet daaquebec.org, peut aussi donner des indices, si on se reconnaît dans bon nombre d’entre eux, qu’on a un problème de DA.

À l’intérieur du groupe, tous sont bienvenus, accueillis dans ce qu’ils vivent. Comme chez les AA, il y a des partages de gens qui racontent leur vécu, donnant ainsi espoir aux autres qui voient comment ils font face à cette situation.

Le groupe DAA se rencontre tous les mardis à 19 h 30 au Café chrétien de la Communauté du Désert (90, rue St-Paul).

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