À cause d’un conflit politique, Mara doit renoncer à sa passion

Opinion

À cause d’un conflit politique, Mara doit renoncer à sa passion
Mylène Langlois, accompagnée de Jasmine, Jade, Charlie et Mara (Photo : gracieuseté)

Mara Landry a 19 ans. Citoyenne de la Paroisse de Plessisville, elle pratique le patinage artistique depuis maintenant 16 ans. Cette année, faute d’une entente pour les loisirs avec la Ville, elle devra renoncer à sa passion, n’ayant pas les moyens financiers d’assumer la partie des frais de non-résidents que la Paroisse ne rembourse pas.

Celle qui a remporté de nombreux prix au cours de son parcours a commencé à assumer elle-même les frais reliés à son sport lorsqu’elle a terminé ses études secondaires. « Je payais ma robe, mes patins, mes entraîneurs et mon temps de glace. Ça allégeait mes parents et ça permettait à ma petite sœur de pouvoir elle-aussi faire du patinage artistique. Malheureusement, elle aussi doit arrêter cette année. C’est beaucoup trop cher. C’est pour elle que ça me fait le plus de peine. Moi, à mon âge, je peux comprendre ce qui se passe, mais pas elle. »

Pour Mara, le patinage artistique représente beaucoup plus qu’un sport. C’est une véritable passion. « J’y ai développé un grand sentiment d’appartenance. Je m’y suis fait des amis qui me sont chers. C’est comme une famille pour moi. C’est comme si je perdais un bout de moi-même… de ma vie. Je savais qu’un jour j’arrêterais de patiner, mais ce n’était vraiment pas de cette façon-là que je l’envisageais. »

Espérant plaider sa cause auprès des élus de sa municipalité, Mara leur a fait parvenir deux courriels, qui sont malheureusement demeurés sans réponse. Tout comme une quarantaine d’autres personnes, elle leur a également écrit une lettre, qu’elle a remise à la conseillère municipale Bélinda Drolet. Remises à l’ensemble des élus en prévision de la période de questions d’une séance du conseil, ceux-ci n’y ont pas donné suite, le maire plaidant que pour plusieurs il ne s’agissait pas de questions.

« Je ne me sens pas écoutée. J’ai l’impression qu’on ne nous prend pas du tout en considération. J’ai toujours pensé que les élus municipaux étaient là pour nous représenter et être notre voix au sein du conseil. Je suis très déçue de constater que ce n’est pas le cas. » Pour seule réponse, on a conseillé à Mara d’aller patiner dans une autre localité. Malheureusement, Victoriaville n’avait plus de disponibilité et Princeville a préféré ne pas s’immiscer dans le conflit opposant ses voisins de Plessisville.

« J’étais présente lors de la séance du conseil municipal du 2 août. Malheureusement, je n’ai senti aucune ouverture de la part des élus. J’étais assise aux côtés de la conseillère municipale de mon district, Claire T. Vigneault, et je l’entendais chuchoter qu’elle était tannée d’entendre parler de cette histoire de loisirs. Ça m’attriste énormément de ne pas être entendue de ceux qui ont été élus par la population pour nous représenter », mentionne Mara. Siégeant aujourd’hui au conseil d’administration du CPA de Plessisville, elle espère pouvoir aider ceux et celles qui viendront après elle.

Lors de la dernière séance du conseil municipal, Audrey Côté a fait une proposition aux élus relativement au remboursement des frais de non-résidents qui impacterait beaucoup moins les familles. Elle espère d’ailleurs que cette proposition sera votée lors de la prochaine réunion. « Il faut que les citoyens communiquent avec leur conseiller ou conseillère municipale pour leur demander de voter en faveur de cette proposition. Ils ne sont pas là pour voter ce qu’eux veulent…ils sont là pour voter ce que leurs citoyens veulent. Leur rôle est de représenter leurs citoyens! J’invite donc les citoyens et citoyennes à faire connaître leur souhait à l’élu de leur secteur », termine Mme Landry.

Son entraineuse très attristée de la situation

Connaissant Mara depuis qu’elle est toute petite et l’ayant vue évoluer au fil des années, Mylène Langlois se sent impuissante. « Mara a développé sa personnalité à travers le sport. Elle était tellement timide à ses débuts. Au fil du temps, nous l’avons vue sortir de son cocon. Aujourd’hui, c’est une jeune femme impliquée et qui apporte de nouvelles idées. Le sport a contribué à l’adulte qu’elle est devenue. »

Selon Mme Langlois, la Ville et la Paroisse doivent comprendre que le sport doit être accessible à tous. C’est entre autres ce qui permet de développer les citoyens de demain. Le sport apporte beaucoup, que ce soit au niveau de la persévérance, d’apprendre à se relever d’un échec, de s’impliquer et de développer un sentiment d’appartenance à un groupe, mais aussi à sa région et à sa ville. »

Outre Mara, plusieurs jeunes patineuses et leur famille sont impactées par la situation. Pour Jade, qui habite aussi sur le territoire de la Paroisse de Plessisville, ses parents ont choisi de se serrer la ceinture pour permettre à leur fille de pratiquer son sport encore cette année. « Jade est une petite fille souriante et qui en mange du patin! Elle pourrait patiner 7 jours sur 7 et elle en demanderait encore! Elle est vraiment talentueuse. Elle représentera le CPA de Plessisville à la grandeur du Québec », témoigne Mme Langlois. Toutefois, si la situation ne change pas, Jade patinera probablement à Victoriaville l’an prochain.

Il y a aussi Jasmine, une jeune citoyenne de la Paroisse également. Selon son entraineuse, elle performe très bien. D’ailleurs, lors de la saison 2019-2020, c’est celle qui a obtenu le plus de points lors des compétitions dans sa catégorie dans la région Centre-du-Québec. Toutefois, membre d’une famille de 4 enfants, ses parents devront assumer des frais supplémentaires de 2440 $ s’ils prennent la décision d’inscrire toute leur progéniture encore cette année. « Il y a aussi Élisabeth, Florence et plusieurs autres qui viennent à l’aréna pour le plaisir, pour rire, pour patiner avec leurs amis, pour développer des habiletés, pour s’impliquer et pour s’améliorer de fois en fois. Il y a aussi tous les petits patineurs de 3 à 5 ans qui viennent pour apprendre à patiner et pour se développer au niveau moteur. C’est d’une grande tristesse de priver ces jeunes de tout ça. C’est inacceptable qu’ils soient pris en otage à cause d’un conflit politique. »

Mara Landry (Paroisse de Plessisville

Mylène Langlois (Saint-Ferdinand mais future résidente de la Paroisse de Plessisville)

Plessisville

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Audrey Côté
Audrey Côté
1 mois

Bravo Mara, j’espère de tout coeur que ton message sera entendu par les élus. Nous sommes nombreux à être derrière toi! Si les élus « sont tannés d’en entendre parler », c’est peut-être qu’il serait temps de nous écouter…

Mara Landry
Mara Landry
1 mois
Répondre à  Audrey Côté

Merci de m’avoir appuyé Audrey. Effectivement, c’est peut-être que leur choix n’est pas le bon pour le bien de leurs citoyens.
On ne lâchera pas le morceaux !

Patrick
Patrick
1 mois

Ahh les fameuses gu-guerres de clocher… on pourrait penser que ça changerait avec les années, qu’il y aurait évolution et bien non.. on est en 2021 pis ça clash encore.

Hugo Lamontagne
Hugo Lamontagne
1 mois

J’espère également que ton témoignage saura faire réfléchir nos élus Mara! La bonne nouvelle, c’est qu’il est encore temps de faire bouger les choses! Je nous souhaite un revirement de situation afin que nos jeunes et moins jeunes ne soient pas privés de leur passion. Je ferai ma part Mara et m’engage à recommuniquer avec Isabelle Labranche, élue de mon district, afin de lui demander d’aider notre jeunesse! Bravo à toi pour cette sortie!

Gilles Racette
Gilles Racette
1 mois

On suppose que c’est moins cher de les garder a rien faire trainer dans les rues et les centres d’achat, pour ensuite tenter de les récupérer trop tard quand ils et elles ont des problèmes de consommation et de pester que les jeunes sont bons a rien, triste, triste petites mentalités de clocher.