Le père Noël a pleuré

Tribune libre
Le père Noël a pleuré
(Photo : Archives)

Dans le Grand Nord, en compagnie de sa femme (la mère Noël), la fée des étoiles, de ses assistants et de ses lutins, le père Noël fébrilement préparait sa grande tournée et supervisait son atelier de fabrication de jouets. Un peu perdu dans ses rêves, il appréhendait que cette année soit un peu différente.

Quand l’heure arriva, avec l’aide de ses lutins, il attela son grand traîneau rouge à ses rennes qui attendaient docilement l’heure du départ. Il embarqua sa grosse poche pleine de jouets et de présents. À la vitesse de l’éclair, il entreprit sa distribution de cadeaux, car il devait faire le tour du monde.

Chemin faisant au son des clochettes sur le dos des rennes, il aperçut quelque chose d’anormal dans la grande noirceur de la forêt. Alors il commanda à son attelage de descendre au sol pour vérifier ce qui se passait. Arrivé sur les lieux, c’est avec stupéfaction et horreur qu’il constata que deux jeunes enfants, une fille et un garçon en bas âge, abandonnés, affamés, à moitié vêtus et grelottant, qui se trainaient dans la neige.

Aussitôt dit, aussitôt fait, il les fit monter dans son traîneau, les a couverts de fourrures pour les réchauffer et leur donna des friandises pour les consoler. À très grande vitesse, il est retourné dans son royaume, au Pôle Nord, pour prendre soin des deux enfants. En arrivant, il confia les enfants à la mère Noël et à la fée des étoiles et ordonna à ses assistants de continuer la distribution des jouets pour tous les enfants de l’univers.

Les deux femmes prirent soin des enfants comme seules les vraies mères savent le faire. Après le bain, avoir bien mangé et habillés de vêtements propres et chauds, accompagnés de la mère Noël et de la fée des étoiles et des lutins, ils furent conduits dans une chambre meublée d’un grand lit où ils s’endormirent d’épuisement au son de mélodies de Noël, tout en affichant un doux sourire. Jamais ils n’avaient connu les douceurs de la vie et l’amour d’une famille.

Pendant ce temps-là, le gros bonhomme, sachant les enfants en sécurité et entre bonnes mains, rêvassait dans sa grande berceuse, songeant comment il pourrait faire vivre une fête grandiose à ces deux petits qui ne méritaient pas ce sort. Alors, il se leva et d’un pas décidé, il convoqua tout son monde pour préparer un Noël extraordinaire aux enfants. Toute l’équipe passa une partie de la nuit au travail pour préparer cette grande fête. Peu après le père Noël retourna dans sa grande chaise et s’endormit profondément avec la satisfaction de pouvoir donner un peu de bonheur à ces deux petits démunis.

Au même moment, la mère Noël est venue s’enquérir s’il désirait son chocolat chaud avant le dodo, ne peut constater que le vieux bonhomme dormait profondément avec la physionomie d’une grande joie imprimée dans son visage. Alors la mère Noël, tendrement et amoureusement, lui caressa doucement sa longue tignasse et sa barbe blanche bien garnie et alla se coucher en rêvant du lendemain.

Au matin, le réveil des enfants fut comme une féérie. En effet, la mère Noël, la fée des étoiles et les lutins s’étaient préparés à ce grandiose événement. Le petit déjeuner a été servi au lit avec plein d’amour et de tendresse. Les enfants en étaient sidérés et un peu bouleversés après tout ce qu’ils avaient vécu. L’étape suivante les amena près du gros bonhomme à barbe blanche et lunettes sur le bout du nez qui, dans son grand fauteuil, les attendait patiemment tel un bon grand-père. Quelle journée merveilleuse pour tout le monde. Les enfants étaient comblés : la mère Noël et la fée des étoiles, toutes heureuses de s’occuper des enfants et les assistants du père Noël, comme des grands frères, jouaient avec les jeunes et les lutins espiègles rigolaient. Le vieillard, de rouge vêtu, respirait le bonheur et la joie de voir tout le monde faire la fête.

La journée se termina avec fatigue et grande lassitude pour les deux jeunes rescapés et sans se faire prier, ils retournèrent dans la chambre de rêve pour une nuit bien méritée.

Catastrophe

Ce beau temps fut suivi d’un grand malheur. Le lendemain matin, ils ne se réveillèrent pas puisqu’à la suite de leur abandon, ils avaient contracté une grave maladie.

La tristesse s’empara du Grand Nord et tout le monde était dans un état de bouleversement total et indescriptible. Les enfants s’étaient éteints avec un sourire angélique imbriqué dans la douce candeur de leur tempérament enfantin. Un mur de nuages s’éleva et le vieux bonhomme, attristé d’une peine profonde, regagna ses quartiers avec un sentiment de défaite et d’incompréhension entière. Il s’est assis dans sa grande chaise en pensant à ce Noël spécial où le bonheur fit place à l’obscurité.

Et c’est pour ça que le père Noël s’est mis à pleurer.

Yvan La Haye

Victoriaville

 

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