Transition énergétique : «surplace» au Québec, «bêtise» à Ottawa

Par heleneruel
Transition énergétique : «surplace» au Québec, «bêtise» à Ottawa
Professeur de physique à l'Université de Montréal, Normand Mousseau dirige l'Institut de l'énergie Trottier à Polytechnique Montréal. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages sur les questions énergétiques. (Photo : www.lanouvelle.net)

«C’est une bêtise politique» que l’achat par le gouvernement fédéral du pipeline Trans Mountain de l’entreprise américaine Kinder Morgan, a répondu Normand Mousseau, professeur de physique à l’Université de Montréal et directeur de l’Institut de l’énergie Trottier à Polytechnique Montréal.

Il était de passage au Manoir du Lac William, appelé à prononcer la conférence du conseil général de la Fédération des enseignantes et enseignants de cégep (CSQ).

La FEC-CSQ tient un conseil général de ses membres quatre fois par année.

La question de la récente décision du gouvernement fédéral était inévitable.

Si le pilote de l’initiative «Le climat, l’État et nous» s’est permis ce bref «éditorial politique», en disant que c’était une bêtise pour le gouvernement Trudeau d’acheter «un pipeline qu’on ne connaît pas», sa réponse s’inscrivait dans un plus vaste contexte, celui de sa conférence justement.

S’il dénonce la décision fédérale, ce n’est pas parce qu’il se range du côté des environnementalistes qui, dit-il, ont une «fixation maladive» sur les sables bitumineux et qui considèrent les «Albertains comme des gros méchants».

C’est parce qu’il considère que le gouvernement fédéral n’a pas de véritable plan de réduction des gaz à effet de serre (GES). «Si c’était le cas «on pourrait s’en foutre de l’exploitation des sables bitumineux. Ce n’est pas pire qu’une nouvelle cimenterie ou une nouvelle autoroute pour favoriser les gros chars. Avec cette décision, le fédéral recule parce qu’il n’y a pas de contrepartie à son geste, n’offrant pas de couper ailleurs les émissions de GES.»

L’exploitation des sables bitumineux, a-t-il précisé, représente 25% des gaz à effet de serre au Canada. Pendant, poursuit-il, qu’on a les yeux rivés sur ces 25%, «on ne parle pas des 75% des autres».

Le problème du pétrole, a-t-il ajouté, ne se trouve pas du côté de ceux qui le produisent. «Le problème, c’est la demande.»

Auteur de plusieurs ouvrages, dont le plus récent «Gagner la guerre du climat – Douze mythes à déboulonner», Normand Mousseau, entouré d’une équipe d’une vingtaine d’experts, propose une toute nouvelle «gouvernance environnementale».

Cela parce que, en matière de transition énergétique, de réduction des gaz à effet de serre, le Québec, malgré des gains importants dans le passé, fait actuellement du surplace, a-t-il noté. En trois ans, souligne-t-il, on a dépensé 1,2 milliard $ pour réduire de 0,7% les émissions de GES. «Il faut se rassurer en se disant que c’est pire au fédéral!», a-t-il signalé sur un ton moqueur.

À la toute veille des élections provinciales, l’initiative «Le climat, l’État et nous» propose toute une série de changements afin que le gouvernement se dote d’une véritable stratégie énergétique.

Les experts s’inspirent du modèle de l’Angleterre où, soutient M. Mousseau, la stratégie énergétique transcende les partis politiques.

Les chercheurs préconisent de sortir le développement durable du ministère de l’Environnement. «Actuellement, le ministère de l’Environnement n’est là que pour emmerder ses collègues», a commenté M. Mousseau, ajoutant que tous les ministères travaillent en silos.

Le gouvernement devrait créer une Agence qui rapatrierait sous sa gouverne le Fonds vert, la gestion de l’eau, la transition énergétique et qui accompagnerait les ministères.

Normand Mousseau a déploré, à l’instar du vérificateur général du Canada, que, maintenant, l’appareil de l’État ne joue plus un rôle de contrepoids au politique. Un sous-ministre qui ne reste en poste que pour un an ne peut maîtriser les fins enjeux, a soutenu le conférencier.

Les experts recommandent aussi que les cibles que le gouvernement se fixe devraient s’appuyer sur de véritables indicateurs, ce qui ne serait pas le cas actuellement, selon eux. M. Mousseau a entre autres donné l’exemple de cet objectif du plan de mobilité durable visant à réduire de 20% la durée du transport entre la maison et le travail. «Mais personne ne peut nous dire quelle est actuellement la durée!».

Un dialogue avec les citoyens serait également nécessaire. Quant aux municipalités, elles ne possèdent pas les compétences pour intervenir.

Les solutions et la déclaration de l’initiative Le climat, l’État et nous ont été présentées aux différents partis politiques à l’aube d’un scrutin provincial.

Des organisations et des individus sont appelés à signer la déclaration (https://bit.ly/2Lf99kr), ce que pourrait faire la FEC-CSQ, selon sa présidente Lucie Piché.

Lors du conseil général, il a été question des prochaines négos, de la réforme des programmes des sciences de la nature, de l’enseignement en anglais. Sur la photo, la vice-présidente Silvie Lemelin (à gauche) a présenté un rapport sur la conciliation famille-travail. Elle pose ici en compagnie de la présidente de la FEC Lucie Piché.

Elle a rappelé que l’organisation qu’elle préside avait pris position dans le dossier des hydrocarbures et appelé à la mobilisation pour présenter un contre-discours au Sommet du G7 qui se tiendra dans quelques jours.

 

 

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