La grande leçon des jumelages interculturels

Par heleneruel
La grande leçon des jumelages interculturels
Martine Thibodeau favorise ces échanges qui permettent aux collégiens de découvrir la réalité d'autres communautés québécoises.

Les expérimentations de jumelage interculturel ont été tellement emballantes que les profs Martine Thibodeau du cégep de Victoriaville, Philippe Gagné du cégep de Vanier et une autre enseignante du Collège John Abbott, deux établissements anglophones montréalais ont présenté un projet de recherche au ministère de l’Enseignement supérieur. Ils en attendent une réponse en mai, souhaitant pouvoir piloter la recherche dès la session d’automne 2017.

Les trois enseignants souhaiteraient faire vivre à un plus grand nombre, ces échanges entre collégiens francophones et anglophones, gens de région, gens de métropole.

Incluse à la formation générale, l’activité stimulerait ultimement la motivation à apprendre une langue seconde, résume Martine Thibodeau, coordonnatrice du département de langues modernes du cégep de Victoriaville.

De part et d’autre, tant à Victo qu’à Montréal, ces échanges poursuivent un autre objectif, celui de faire tomber ce que Mme Thibodeau appelle le «filtre émotif» qui dissuade l’anglophone de s’essayer à parler en français, de dissiper les idées préconçues, voire les préjugés que l’une et l’autre des deux communautés, francophone et anglophone, entretiennent l’une à l’égard de l’autre.

Mme Thibodeau explique qu’il s’agit parfois d’une seule mauvaise expérience pour que se renforcent les préjugés à l’égard d’une communauté, quelle qu’elle soit. À Victoriaville, on peut penser à tort que parce que l’étudiant est noir, il provient forcément d’un autre pays. À Montréal, un étudiant anglophone qui se fait rabrouer par un francophone lui répondant en français, lui donnera à penser que les francophones veulent l’«assimiler».

La genèse de ces échanges remonte à l’automne 2015. Enseignant depuis 18 ans au cégep de Victoriaville, Martine Thibodeau cherchait un moyen de mettre ses élèves de première année du cours de communication interculturelle – programme de langues et interculturel – en contact direct avec des jeunes de leur âge, eux aussi inscrits dans un programme où ils apprennent une langue seconde.

Elle a appris qu’au cégep de Vanier, il existait un programme interculturel favorisant ce genre de relation pour connaître l’autre, avec un grand A, souligne-t-elle.

À titre expérimental et sur une base volontaire, une douzaine de collégiens de Victoriaville ont participé à un échange par Skype avec une vingtaine de collégiens de Vanier, des jeunes anglophones ou immigrants de première ou de deuxième génération. Pour certains, la rencontre virtuelle a duré cinq minutes, jusqu’à une heure pour d’autres.

À l’automne 2016, inspirés par les travaux sur les Jumelages interculturels de trois profs de l’UQAM, Martine Thibodeau et Philippe Gagné ont répété l’expérience, mais cette fois, en lui donnant plus d’ampleur. Elle a pris la forme de deux rencontres d’une heure par Skype, une troisième rencontre en personne (à Victoriaville) et la tenue d’un journal de bord. L’activité étant notée, elle se déroulait cette fois pendant les heures de cours et a mis en contact 45 collégiens de Victo et 35 de Vanier.

Pour cette deuxième expérience, on avait, cette fois, encadré le jumelage, choisissant pour chacun des participants un interlocuteur ayant les mêmes intérêts que lui. Un joueur des Tigres s’est attiré tout l’intérêt d’un jeune anglophone de Vanier, passionné de sports.

Autant, souligne Mme Thibodeau, s’entendent les divergences lorsque les jeunes se parlent entre eux, autant, elles s’abolissent lors des échanges avec les autres. «Les jeunes s’aperçoivent qu’il n’y a pas beaucoup de différences entre eux lorsqu’ils abordent des questions comme les loisirs, leurs intérêts, le métier qu’ils veulent faire.»

Peut-être, dit-elle, parce que le questionnaire des profs pour guider les échanges n’allait pas suffisamment loin, les enjeux linguistiques n’ont pas vraiment ressorti, non plus que n’a émergé un débat sur les valeurs. Définir les valeurs et la culture québécoises, sortir du discours ambiant sur le «gentil Canada» nécessitent quelques excursions dans l’histoire, observe la prof.

Mais de ce genre d’échanges – là pour rester au cégep de Victoriaville, espère l’enseignante – les collégiens ne peuvent qu’accroître leurs compétences interculturelles et bonifier leurs attitudes envers l’Autre, conclut Martine Thibodeau. «S’ils n’avaient qu’une grande leçon à retenir, c’est celle d’éviter de généraliser.»

 

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