En réponse à Alexandre Ross

Permettez-moi de répondre à la lettre «Principes politiques : du respect envers Alain Rayes», écrite par Alexandre Ross, dans laquelle il m’attaque gratuitement.

D’abord, M. Ross semble me reprocher d’habiter à Montréal. À lire sa signature, on pourrait présumer, peut-être, qu’il étudie le droit à l’Université de Victoriaville? Je n’habite effectivement pas à Victoriaville, mais je n’ai jamais prétendu le contraire. J’y ai cependant passé toute mon enfance et mon adolescence. Dans ma lettre, je parlais d’ailleurs de mon «berceau». Peut-être que M. Ross n’est pas capable de comprendre ce qu’on appelle une figure de style. Ni peut-être le lien qui nous unit à notre lieu d’origine.

Je demeure à Montréal, oui, et puis? À ce que je sache, l’élection dont il s’agit ici n’est pas une élection municipale, mais une élection fédérale! Les gens devraient d’ailleurs se le rappeler. Ce n’est pas Victoriaville qui est en jeu dans cette élection, c’est un pays tout entier. En tant que citoyenne canadienne, je considère tout à fait légitime de commenter ce qui se passe sur la scène victoriavilloise.

Je demeure à Montréal, où j’enseigne notamment le français écrit et oral aux futurs enseignants. Je crois en l’importance de bien savoir s’exprimer, mais aussi en celle de bien savoir lire, ne serait-ce que pour mieux comprendre la valeur des discours reçus. Il semble qu’au-delà de sa capacité à bien comprendre les figures de style, M. Ross éprouve quelques difficultés en lecture, de même que dans le choix des mots qu’il utilise. En effet, tout porte à croire que M. Ross a mal lu ma lettre, en plus d’utiliser des mots dont il ne connaît manifestement pas le sens.

Pour son information, je n’ai jamais nié le fait qu’Alain Rayes a promu l’activité physique à Victo. Je ne m’en suis pas prise au fait qu’il a complété un Ironman (exploit sportif que je reconnais et salue, pour m’adonner moi-même au vélo et à la natation). Mais, de grâce, que l’on me dise en quoi cela a à voir avec la politique! Est-ce que cela méritait une telle médiatisation? Si M. Ross avait bien lu, il aurait compris que je m’en prenais là au phénomène du culte de l’image, pas à la personne de M. Rayes.

La promotion de l’activité physique, c’est bien, je n’ai rien contre. Mais si on pousse un peu plus loin, n’y a-t-il pas une contradiction dans le fait de défendre de saines habitudes de vie tout en endossant les politiques environnementales désastreuses du parti conservateur du Canada, qui ne sont propres qu’à vicier l’air que l’on respire et l’eau que l’on boit?

Dans sa lettre, M. Ross veut m’informer que Victoriaville et toute la région se portent très bien. Ai-je dit le contraire? Je n’ai rien dit du tout à ce sujet, pas plus que j’ai comparé Victo à Sodome et Gomorrhe, comme il l’insinue. Je m’inquiète, certes, dans ma lettre, de ce que ma ville d’origine pourrait devenir, idéologiquement parlant. Les mares de pétrole, ça aussi, c’était une figure de style.

M. Ross m’accuse littéralement d’avoir fait preuve de «harcèlement» envers Alain Rayes. Plus subtilement, il m’accuse de faire preuve de «démagogie». S’il avait ouvert un dictionnaire avant d’écrire sa lettre, il aurait appris que le verbe harceler signifie «attaquer, tourmenter quelqu’un sans répit» et que le mot démagogie signifie «Politique par laquelle on flatte, excite les passions populaires pour accroître sa popularité». J’aimerais informer M. Ross que je n’ai jamais «harcelé» M. Rayes. Je lui ai posé des questions, auxquelles il a toujours refusé de répondre. En quoi chercher à obtenir des réponses à ses questions constitue-t-il du «harcèlement»? Entre mars et juillet, j’ai écrit personnellement à M. Rayes à sept dates différentes. J’ai commenté sa page publique (je dis bien publique) à quelques reprises, jamais «sans répit» (ni sans respect, d’ailleurs), avant qu’il ne me bloque. Pour ce qui est de ma « démagogie», ce n’est certes pas pour accroître ma popularité d’illustre inconnue que j’ai posé des questions à M. Rayes, ni celle d’aucun parti politique, d’ailleurs. C’est parce que j’ai de réelles inquiétudes, de sincères préoccupations qui sont, que vous le croyez ou non, appuyées par des faits, mais surtout ancrées dans mes valeurs profondes.

Je ne peux terminer cette lettre sans parler d’un des mots les plus galvaudés qui soient : «respect». Je n’ai jamais manqué de respect envers la personne d’Alain Rayes. Je m’en prends à ses idées et au fait qu’il soit incapable de répondre à mes questions, incapable de se prononcer sur des enjeux sociaux et humains que je trouve bien plus importants que la sacro-sainte Économie qu’il défend. Non, je n’ai aucun respect pour ses positions politiques, pour les idées du parti conservateur; c’est d’ailleurs précisément la raison pour laquelle je les combats.

Je trouve profondément hypocrite de parler toujours de «respect» des autres alors qu’on vit dans un monde profondément irrespectueux où les inégalités se creusent, où l’environnement se détériore, où on pille le bien commun, où certains pays pillent les richesses des autres, etc. Et ce ne sont certainement pas des personnes qui défendent le parti conservateur du Canada qui sont les mieux placées pour me donner des leçons de respect.

Je terminerai cette lettre en posant ces questions à M. Ross : qu’avez-vous à dire concernant le respect des autochtones, des scientifiques, des réfugiés, des chômeurs, de la planète, des espèces animales? Des populations des pays qui se voient couper l’aide internationale? Et si vraiment, comme vous l’écrivez, vous avez toujours cru que le positif l’emportait sur le négatif, pourquoi alors m’attaquez-vous de la sorte? Si vous prenez réellement parti pour les conservateurs, sachez qu’ils sont les champions des campagnes de salissage et de dénigrement, dans lesquelles ils dépensent des milliers, voire des millions de dollars. De mon côté, je n’ai dépensé aucun fonds public pour écrire ma lettre, qui ne s’en prenait pas à Alain Rayes, mais à son silence, à ses idées et au culte de l’image omniprésent dans sa campagne. Je n’ai dépensé que mon temps et mon énergie.

Voici quelques liens où vous trouverez des exemples très éloquents de la campagne «positive» des conservateurs : http://bit.ly/1Q7vrB6, http://bit.ly/1KqloIE, http://huff.to/1Kqm9l2.

La prochaine fois, M. Ross, réfléchissez avant d’écrire, relisez les textes que vous critiquez et n’oubliez pas, non plus, d’ouvrir votre dictionnaire!

Anne-Hélène Jutras

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