Nicolas Boucher : le recrutement, une façon de voir le hockey autrement
Après sa carrière de hockeyeur, qui a pris fin en 2015, Nicolas Boucher s’est immédiatement retrouvé derrière un banc. Il a dirigé une dizaine d’années avant d’accepter, en juillet dernier, le poste de recruteur-chef des Foreurs de Val-d’Or. Une fonction qui lui permet d’apprécier le hockey… différemment.
Il avait brièvement touché au recrutement lorsque le défunt Daniel Fréchette occupait le poste de directeur général des Tigres de Victoriaville. L’époque où la formation des Bois-Francs avait notamment repêché l’attaquant Maxime Comtois.
En juillet dernier, à l’invitation de son compatriote victoriavillois Maxime Desruisseaux, entraîneur-chef et directeur général des Foreurs, il a accepté le défi de prendre la relève de Sébastien Charpentier comme recruteur-chef.
Un mandat qu’il a accepté par passion. Il reconnaît d’emblée que la charge de travail est énorme, tout comme le territoire pour épier les meilleurs espoirs admissibles au prochain repêchage de la Ligue de hockey junior Martimes Québec. Ce dernier se tiendra, les 5 et 6 juin, à Halifax.
“Être recruteur, c’est être constamment sur la route, loin de la maison. Non seulement on parcourt le Québec, mais on doit également scruter le talent de jeunes des Maritimes et des États-Unis. C’est très demandant. Encore plus que ce que je m’étais imaginé”, a laissé entendre l’homme de hockey de 38 ans.
L’an dernier, il a vu et dirigé plusieurs joueurs qui seront admissibles à la prochaine séance de sélection de la LHJMQ. Il a laissé entendre que le développement des jeunes varie beaucoup en une seule année. Certains ont affiché une progression vertigineuse, alors que d’autres ont plutôt fait du surplace.
Il anticipe que la prochaine cuvée promet des surprises. Les espoirs du top 5, de son propre aveu, ne font pas nécessairement l’unanimité d’une équipe à l’autre. “Dans l’ensemble, on retrouve une profondeur appréciable. Des choix 10 à 30, entre autres, il y a une qualité de joueurs qui se ressemble”, a-t-il soulevé.
À la ligne bleue, les défenseurs offensifs, capables notamment de piloter l’avantage numérique, sont plutôt rares, a-t-il avancé, alors qu’une dizaine de gardiens de but se démarquent à leur position.
“Le recrutement m’a vraiment amené à regarder le hockey différemment. Comparativement au coaching, on n’est pas dans l’émotion. On est davantage dans l’analyse. C’est de déceler les outils de chaque joueur et arriver à mesurer le potentiel que chacun peut atteindre”, a mentionné Nicolas Boucher.
Si les derniers mois ont permis à l’équipe de recruteurs des Foreurs de mettre en lumière les forces et les faiblesses des meilleurs espoirs sur la patinoire, les rencontres individuelles avec les jeunes avant la séance de sélection ne sont également pas à négliger.
Comme l’a fait remarquer le recruteur-chef de la formation abitibienne, le caractère, l’attitude, l’éducation et les parents, entre autres, sont des facteurs à considérer quand vient le temps de réclamer un joueur.
La nouvelle génération a bien changé comparativement à l’époque où Nicolas Boucher foulait les surfaces glacées. “J’ai été dirigé à la dure. Aujourd’hui, les parents font tout en leur possible pour éviter que les jeunes vivent des échecs. C’est pourtant sain de faire face à de l’adversité, de tomber pour mieux se relever. Il reste que dans tout ça, il est important de bien communiquer.”
Les associations régionales doivent investir
Dans les dernières années, très peu de joueurs de la région ont été choisis par une équipe de la LHJMQ et encore moins sont parvenus à faire le saut dans le circuit. “Et ça n’ira pas en s’améliorant”, a prédit Nicolas Boucher. Il a fait remarquer que les grands centres, comme Montréal et Québec, détiennent une avance marquée sur le développement des joueurs comparativement à ceux qui évoluent en région.
À titre d’exemple, il a souligné que des équipes novices à Victoriaville connaissent du succès sur la scène régionale, mais elles ne font pas le poids lorsqu’elles affrontent des formations de Montréal et Québec. C’est que dans les grands centres, le hockey privé se développe à vitesse grand V. Les jeunes ont accès à des entraînements et des entraîneurs de première qualité. Le hic, c’est que les parents doivent débourser des sommes colossales pour permettre à leurs enfants de bénéficier d’un encadrement optimal.
C’est dans cette optique que Nicolas Boucher a fait valoir que les associations régionales doivent s’engager en investissant dans le talent, dans l’élite, afin que les meilleurs jeunes joueurs en région puissent avoir accès à un encadrement supérieur, et ce, à un coût raisonnable.
“Dans les faits, des entraînements supplémentaires, plus spécifiques, pourraient être offerts à l’ensemble des joueurs et pas seulement aux meilleurs. Le hockey mineur a les moyens d’investir dans le développement. Ça devient une question de volonté. En attendant, l’écart se creuse entre les grands centres et le hockey en région”, a-t-il déploré.
Un peu de recul
Depuis son enfance, le hockey occupe une grande partie de sa vie. Cette passion l’habite, mais Nicolas Boucher, à l’aube de la quarantaine, n’est pas prêt à faire les sacrifices qui s’imposent pour “avancer davantage dans le hockey”. Au contraire, le père de deux jeunes garçons a fait savoir qu’il aimerait explorer autre chose, tout en précisant qu’il ne veut néanmoins pas s’éloigner du hockey complètement.
Il aime toujours travailler avec les jeunes de la région. Il œuvre au sein du programme sport-études de l’école secondaire Le boisé depuis de nombreuses années. Par le fait même, son expertise est mise à profit au sein de l’organisation des Cascades élites Drummond/Bois-Francs. Il travaille aussi avec les étudiants des Pionniers de la polyvalente La Samare à Plessisville.
“Je veux continuer à m’impliquer avec les jeunes joueurs de la région, mais je suis aussi ouvert à expérimenter d’autres avenues. Quand mes enfants auront vieilli, peut-être que je serai tenté de pousser plus loin le hockey”, a-t-il partagé.
Une feuille de route garnie
Après sa carrière de joueur, où il a notamment évolué au sein de la Ligue de hockey junior AAA du Québec, la Ligue nord-américaine de hockey et la Ligue de hockey élite de France, division 2, Nicolas Boucher a pris place derrière le banc. Il a dirigé des équipes du Graal du Collège Clarétain de Victoriaville et des Filons du Cégep de Thetford Mines. Il a également été entraîneur adjoint des Tigres de Victoriaville dans la Ligue de hockey junior Maritimes Québec. Il a ensuite piloté les Vulkins du Cégep de Victoriaville et, l’an dernier, il a soulevé la Coupe Chevrolet avec les Cascades M15 AAA élite de Drummond/Bois-Francs.
