Loi 2 : à la PDG du CIUSSS MCQ de se positionner publiquement
Madame la présidente-directrice générale,
Nous, chefs de département médicaux du CIUSSS de la Mauricie–Centre-du-Québec, tenons à vous signaler avec la plus grande clarté que la Loi 2 met sérieusement en péril la mobilisation de nos équipes et l’accès aux soins dans notre région. Les effets ne sont plus théoriques : nous les constatons déjà, chaque semaine, dans nos départements.
Nos milieux fonctionnent depuis longtemps au-delà de leur seuil de tolérance : pénurie de personnel, accès restreint aux plateaux techniques, lits en tension constante, bureaucratie croissante. Dans ce contexte, la Loi 2 ajoute une couche de reddition de comptes individualisée et de surveillance qui ne tient pas compte de la réalité clinique. Il éloigne la pratique médicale de sa nature profonde, qui consiste en des interactions avec les patients, des évaluations cliniques et une collaboration entre disciplines, pour se concentrer sur la réalisation d’indicateurs quantitatifs détachés de la réalité.
Concrètement, nous voyons déjà :
Des départs précipités : retraites devancées, réduction d’horaires, changements de milieu de pratique; Des intentions de départ clairement exprimées par des médecins d’expérience, qui ne souhaitent plus exercer dans ce cadre; Un désinvestissement silencieux : recul de l’enseignement, de la supervision, de la participation aux comités et aux projets d’amélioration, parce que ces activités ne sont ni reconnues ni protégées par la logique de la Loi 2.
Ce mouvement entraîne une érosion réelle de notre capacité médicale : affaiblissement progressif de secteurs clés, perte de compétences difficiles à remplacer et allongement prévisible des délais pour une population déjà fragilisée sur le plan de l’accès. Lorsqu’un tel retrait s’installe, ce ne sont pas seulement des postes qui se vident : ce sont des équipes qui se défont, une relève qui se décourage et un lien de confiance avec l’établissement qui se fissure durablement.
Nous partageons sans réserve l’objectif d’améliorer l’accès et la continuité des soins. Cependant, faire peser l’essentiel du diagnostic et de la réponse sur les médecins, sans reconnaître la part des contraintes organisationnelles et systémiques, revient à désigner un bouc émissaire plutôt qu’à s’attaquer aux véritables causes. Ce message, lorsqu’il se répète dans l’espace public et à travers les mécanismes de la Loi 2, alimente un sentiment d’injustice, d’insécurité et de perte de sens qui mine la volonté de rester, de s’investir et d’enseigner.
Dans ce contexte, la parole de la direction générale n’est pas un détail : elle a un effet direct sur le climat. Une prise de position nette peut stopper une partie de l’hémorragie, envoyer un signal de soutien à ceux qui hésitent à rester et rappeler que l’établissement refuse de cautionner un dispositif qui fragilise sa propre capacité à remplir sa mission.
C’est pourquoi nous vous demandons respectueusement ce qui suit :
De vous opposer publiquement à la Loi 2, en réclamant un moratoire ou une révision en profondeur, afin d’éviter que ne s’installent des dommages institutionnels et humains difficiles à réparer; D’énoncer clairement que les difficultés d’accès aux soins découlent d’abord de contraintes organisationnelles et structurelles et non d’un manque d’engagement des médecins; De réaffirmer sans ambiguïté votre confiance envers les équipes médicales et votre volonté de bâtir avec elles des solutions réalistes, compatibles à la fois avec la qualité et la sécurité des soins, et avec la pérennité de la relève dans notre région.
En vous écrivant aujourd’hui, notre intention est d’alerter, pas de constater après coup. Nous souhaitons vous donner un portrait fidèle de ce qui se joue déjà dans nos équipes, pendant qu’il est encore temps d’infléchir la trajectoire et de protéger la capacité de notre établissement à soigner, à attirer et à garder ses médecins. Nous demeurons disponibles pour vous présenter plus en détail la situation dans nos départements et pour contribuer à toute démarche que vous jugerez nécessaire.
Vous pourrez constater, à la lumière des signatures ci-jointes, que nos collègues du CMDP apportent un appui clair et sans équivoque à cette démarche.
Veuillez recevoir, madame la présidente-directrice générale, l’expression de notre considération distinguée.
Les chefs de département médicaux du CIUSSS de la Mauricie–Centre-du-Québec :
François Chartier, M.D., FRCPC Mathieu Lalancette, M.D.
Chef du département d’anesthésiologie Chef du département de chirurgie
Christian Carrier, M.D. Philippe Nolet-Lévesque, M.D.
Chef du département clinique de Chef du département d’imagerie médicale médecine de laboratoire
Élise Fortier, M.D. Mathieu Larrivée, M.D.
Chef du département de médecine Chef du département de médecine d’urgence générale
Jean-François Arcand-Bossé, M.D. Véronique Babineau, M.D.
Chef du département de médecine Chef du département d’obstétrique- spécialisée gynécologie
Charles Beaurivage, M.D. François-Xavier Roucaut, M.D.
Chef adjoint du département Chef du département de psychiatrie de médecine spécialisée
Anne-Marie Lafrenière, M.D. Mélanie Noël, M.D
Chef adjointe du département Chef du département de pédiatrie de médecine spécialisée
