L’erreur éolienne
Hydro-Québec veut lancer au printemps 2026 un appel d’offres pour un approvisionnement de 6400 MW d’énergie éolienne. Confiée à des promoteurs privés depuis 25 ans, au détriment de notre souveraineté énergétique, la filière éolienne a une place dans le bouquet énergétique du Québec, mais pas à n’importe quel prix.
Contrairement à ce qu’affirme l’industrie, l’éolien coûte cher. Cette production a généré jusqu’à présent des pertes de 10 milliards $ qui s’élèveront à terme, en 2041, à plus de 25 milliards $ selon Hydro-Québec. Depuis plus de dix ans, 10 à 15% de notre facture d’électricité sert à éponger une partie de la dette éolienne; Hydro-Québec en assume le reste de cette dette en diminuant ses transferts vers le Trésor public. Cela n’est d’ailleurs pas étranger au fait que sa dette soit passée de 46 milliards $ à 65 milliards $ (+40%) au cours des cinq dernières années.
Le gouvernement et Hydro-Québec affirment que l’appel d’offres contribuera à rapprocher la production des centres de consommation et donc à en réduire les coûts. Pourtant, le facteur d’utilisation dans les régions agricoles n’est que de 20 à 25%, comparativement à plus de 35% pour les meilleurs gisements éoliens déjà identifiés (Baie-James, Côte-Nord, etc.), qui présentent en plus des économies d’échelle importante. Encore faut-il en démontrer la nécessité et l’acceptabilité sociale…
Hydro-Québec et la CAQ tentent de justifier cet appel d’offres en arguant une pénurie d’énergie. Si pénurie il y a, pourquoi signe-t-on avec le Massachusetts et New York des contrats de livraison totalisant 20 TWh/année, soit l’équivalent de la production combinée de tout le parc éolien québécois et du barrage La Romaine, et ce, à un prix inférieur au prix de revient total de l’éolien? De plus, Hydro-Québec se dit prête à octroyer d’importants blocs d’énergie à des compagnies étrangères pour produire de l’hydrogène à un coût sept fois plus élevé que l’hydro-électricité. (TES, Hy2gen)?
Pas n’importe où
L’appel d’offres cible les terres les plus productives de la vallée du Saint-Laurent dans des régions qui sont habitées de façon extensive. Les terres cultivables ne représentant que 2% du territoire et l’Union des producteurs agricoles (UPA-Montérégie) a dénoncé cette pratique comme étant incompatible avec la priorité du gouvernement d’accroître l’autonomie alimentaire. Les éoliennes industrielles projetées (6-7 MW) culminent à plus de 200 mètres (660 pieds, plus haut que la Place Ville-Marie) et sont visibles à plus de 30 km. Pour ajouter à la balafre paysagère, des milliers de kilomètres de nouvelles lignes de transport seraient nécessaires, transformant des milieux de vie de qualité en une vaste zone industrielle.
De surcroît, les bruits générés par les éoliennes de grande puissance voyagent plus loin, en plus de multiplier la production d’infrasons aux effets délétères pour l’homme et les animaux.
C’est donc en toute connaissance de cause qu’Hydro-Québec privilégie un scénario catastrophe : voisins qui ne se parlent plus, familles déchirées, amitiés brisées, élus divisés, etc. À ceux qui croient que les éoliennes n’ont aucun effet sur la valeur des propriétés ou sur la qualité de vie, voici une question pour vous : “Habiteriez-vous à moins de 2 km d’une ou de plusieurs éoliennes de 200 mètres de haut?”.
Pas n’importe comment
Les élus locaux s’en remettent exclusivement au discours des promoteurs et à la politique de l’État, qui a érigé l’éolien en dogme. “La filière éolienne démontre que l’État a mis tout son poids afin de s’assurer de trouver la formule la plus flexible et implacable pour forcer l’implantation d’une production privée d’énergie renouvelable au Québec. Le citoyen se trouve ainsi éjecté du triangle de la justice négociée entre les trois parties que sont l’État, la Municipalité et le promoteur, ce qui remet en question les fondements mêmes de la démocratie municipale.” Le rôle de nos élus n’est pas de promouvoir, financer et imposer des projets diviseurs et coûteux.
Plusieurs mauvaises décisions du gouvernement actuel ont miné sa crédibilité. La vision affairiste des élus en place s’est incrustée jusqu’au sein de la direction d’Hydro-Québec, créant un problème de gouvernance. À preuve, les nombreux PDG qui ont récemment quitté la direction d’Hydro-Québec, la dette qui explose, les pannes qui se multiplient, nos ressources bradées à vil prix. Hydro-Québec nous expose non seulement à un fiasco environnemental et un élargissement du gouffre financier, mais un drame humain inacceptable. Un moratoire éolien immédiat s’impose. Une transition énergétique réfléchie ne peut être ni bousculée ni enfoncée dans la gorge des citoyens. Autant le Québec a besoin d’une nouvelle direction politique, autant il a besoin d’une consultation élargie sur son avenir énergétique (BAPE générique) afin de faire des choix qui tiennent compte des aspirations, des valeurs et des besoins des citoyens.
Nous voulons que nos enfants se développent dans un milieu de vie accueillant, qu’ils souhaitent y demeurer et qu’ils n’aient pas un jour à nous dire: “Ne prétendez pas que vous ne saviez pas”.
Claude Charron,
Membre de Vent d’élus
