Le Québec, un pays de gosseux
Il y a une expression que l’on entend fréquemment au Québec et qui est souvent utilisée à plusieurs sauces. La famille Bourgault gossait après le bois pour ainsi devenir une grande famille de sculpteurs.
Luc Plamondon gossait avec les mots pour arriver à écrire de grandes chansons. Guy Laliberté gossait sur des échasses avant de créer le Cirque du Soleil. Joseph-Armand Bombardier gossait avec des pièces mécaniques pour ensuite nous donner la motoneige. Céline Dion gossait avec les diverses tonalités de sa voix jusqu’à arriver à nous donner de très grandes interprétations.
Tout cela est bien beau, mais qu’en est-il du terme gosser. Le dictionnaire de la langue française nous donne plusieurs éclaircissements sur ce mot, à savoir :
– Sculpter grossièrement un objet dans du bois à l’aide d’un couteau, généralement pour passer le temps
– Créer manuellement un objet ou élaborer une solution à un problème par des moyens improvisés ou artisanaux
– Tripoter ou manipuler quelque chose avec difficultés sans objectif précis et avec une efficacité incertaine
– Déranger quelqu’un en agissant de manière inopportune ou importune
– Effectuer des actions peu définies qui impliquent souvent la perte de temps ou la procrastination
Je me souviens très bien du temps ou ma filleule n’était encore qu’une enfant. Je m’amusais souvent à l’agacer, la taquiner, la déranger, jusqu’au jour où elle me regarde droit dans les yeux et qu’elle me dit tout de go que j’étais gossant. Tout cela pour dire que l’on emploie le terme à plusieurs sauces.
En examinant la situation du Québec dans l’histoire de la Confédération, il m’est venu une réflexion que j’aimerais vous partager. Le peuple québécois s’est exprimé à deux reprises lors des référendums pour maintenir sa position actuelle au sein du Canada. Certains diront que nous nous sommes fait voler le deuxième référendum, mais là n’est pas mon propos.
En partant du principe que le Québec est un terreau très fertile pour la création d’humoristes avec un nombre incalculable de nouveaux chaque année, que nous aimons bien rire et nous divertir collectivement, serait-il envisageable de penser au fait suivant : plutôt que de prendre et d’affirmer notre indépendance à l’égard du Canada anglais, pourrions-nous envisager la possibilité que, nous les Québécois, ne prenons pas un malin plaisir à agacer et déranger les Canadiens anglais? Nous conservons le statu quo dans lequel nous sommes habitués et nous continuons à agacer le pouvoir anglais. N’était-ce pas là ce que faisait le Docteur et romancier Jacques Ferron, dans les années soixante, avec la création de son célèbre Parti Rhinocéros. Se moquer du pouvoir anglais tout en démontrant parfois les absurdités du système fédéral.
Serait-ce à dire que nous gossons les Canadiens anglais par malin plaisir? Plutôt que de nous affirmer comme peuple tout en ne sachant point les conséquences futures de ce geste, nous préférons nous accommoder de cette situation. En conformité avec notre tempérament, nous aimons bien rire, taquiner, agacer au point de devenir gossants.
François Morneau
Victoriaville
