Ce pays qui pourrait être

Tribune libre

Ce pays qui pourrait être
(Photo : Archives)

La fête nationale qui s’en vient est pour moi l’occasion de réfléchir sur ce qu’est le Québec en 2022 et, surtout, sur ce qu’il pourrait devenir. Nous avons beaucoup entendu parler de « fierté » au cours des derniers mois, mais je me suis souvent sentie en décalage par rapport à ces discours. Il y a en moi une impression que cette fierté est quelque peu forcée et artificielle. Le sentiment que c’est une fierté de façade, un slogan publicitaire ou électoral qui n’a rien d’authentique.

Si je me réjouis de nos réussites collectives, je ne peux m’empêcher de constater que nous pourrions en faire beaucoup plus si nous étions réellement un pays libre. Je pense à plusieurs domaines qui nous échappent ou à d’autres dans lesquels le bilan n’est pas très glorieux, voire franchement honteux. L’indépendance n’est certainement pas la solution à tous nos problèmes, mais elle nous donne les outils qu’il faut pour en régler plusieurs.

Pour moi, c’est notamment le meilleur moyen de redéfinir et d’approfondir notre démocratie. Le Canada tel qu’on le connaît est encore aujourd’hui une monarchie dont la Constitution n’a jamais été écrite pour ou par le peuple. Jamais les Canadiens et les Canadiennes n’ont pu voter ce document et le Québec n’a d’ailleurs toujours pas signé son rapatriement qui s’est fait dans notre dos. L’indépendance, c’est se donner les moyens d’écrire une nouvelle Constitution qui soit représentative des intérêts du peuple et qui soit réellement démocratique dans son processus d’écriture comme dans son contenu.

Ensuite, c’est la meilleure occasion que nous puissions avoir pour repenser la relation de coexistence entre les différents peuples qui cohabitent ici. L’histoire du Canada et du Québec a une part d’ombre que nous ne pouvons plus nier, surtout après les découvertes atroces de tombes de milliers d’enfants morts dans les pensionnats. Rien n’effacera l’abomination que représente le colonialisme et le génocide des premiers peuples. J’ai par contre la sincère conviction que des gestes politiques de réparation sont possibles et doivent être réalisés. L’indépendance que je souhaite permettrait de repenser nos relations avec les peuples autochtones, de leur reconnaître plus de pouvoirs, d’autonomie et de droits. Ce serait un processus de nation à nation qui offrirait aux premiers peuples des possibilités d’association nouvelles, selon les termes qui leur conviendrait.

Finalement, l’urgence climatique fait de l’indépendance une nécessité. Nous ne pouvons plus accepter ce pétro-État qu’est le Canada et nous ne devons plus accepter que notre argent contribue à la destruction de la planète pour les intérêts d’une poignée d’individus richissimes. Notre Constitution actuelle a parfois été décrite comme « un deal de chemin de fer » servant les intérêts de grandes compagnies de l’époque. Ce passé nous hante encore et nous le voyons chaque fois que le gouvernement emploie la méthode forte pour imposer le passage d’oléoducs. Alors que des pays comme la Finlande adoptent des cibles de réduction de GES qui visent la carboneutralité à court terme, le Québec est empêtré dans un des pires États du G20. Le Québec a les moyens de faire une véritable transition et d’être un leader en Amérique du Nord.

Voici trois domaines pour lesquels l’indépendance est nécessaire. Trois domaines pour lesquels il est difficile d’éprouver autre chose que de la honte actuellement, mais qui pourraient devenir des motifs de fierté pour peu qu’on s’en donne la peine.

Je rêve d’un pays ouvert, fier de sa culture et de sa langue et qui n’a pas besoin d’écraser les autres pour la promouvoir. Nous sommes un peuple créatif et innovant qui a déjà laissé sa marque dans plusieurs domaines, nous continuerons à l’être et nous n’avons rien à craindre de la différence. La diversité est une force, pas une menace.

Je rêve d’un pays réellement féministe, avec une Constitution qui reflète les avancées sociales pour lesquelles tant de femmes se sont battues et qui leur ferait honneur protégeant nos droits les plus chers. Un pays qui serait avant-gardiste et qui poserait les bases pour de nouvelles avancées et qui inspirerait par son exemplarité.

Ce pays n’existe pas encore, mais il est pourtant là, dans nos aspirations les plus profondes. J’aimerais qu’un jour, notre fête nationale ne soit plus celle d’une province, mais bien celle d’un pays libre, démocratique et égalitaire.

Pascale Fortin,

Candidate pour Québec solidaire dans Arthabaska

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