Un scientifique torontois parle de ses proches récemment libérés du Hamas

TORONTO — La petite Ofri Brodutch était à peine libérée de sa captivité par le Hamas qu’elle parlait déjà de son prochain séjour au Canada.

Toutefois, selon Aharon Brodutch, son oncle scientifique installé à Toronto, l’enthousiasme de la gamine âgée de 10 ans à rencontrer sa parenté canadienne ne dissimulait pas son état de santé physique et mental.

Ofri, ses deux plus jeunes frères et sa mère figuraient parmi les otages capturés par le Hamas après sa brutale attaque du 7 octobre contre Israël. Selon les autorités israéliennes, l’attaque a coûté la vie à environ 1200 personnes. Elle a déclenché une sanglante riposte de l’armée israélienne qui dure depuis près de deux mois au cours desquels plus de 15 500 personnes ont péri, selon le ministère de la Santé de Gaza, contrôlé par le Hamas.

La famille Brodutch a été libérée la semaine prochaine. L’oncle Aharon l’a rencontrée dans un hôpital israélien.

«Ils sont fonctionnels, a-t-il fait savoir. Il leur est difficile de parler de ce qui leur est arrivé parce que cela est extrêmement traumatisant. Ils avaient perdu beaucoup de poids. Ils étaient en mauvais état.»

Aharon Brodutch était chez lui à Toronto lorsqu’il a reçu de nombreux messages de son jeune frère Avihai qui demeure dans un kibboutz près de la frontière de Gaza. Il décrivait deux combattants du Hamas qui venaient de sauter en parapente.

La petite fille âgée de 3 ans de leurs voisins et meilleurs amis a cogné à sa porte pour réclamer de l’aide.

Aharon Brodutch raconte à son frère qu’il a demandé à sa femme de s’occuper de la fille avant de se précipiter vers l’armurerie locale. En chemin, il a vu de proches amis être tués en luttant contre des combattants du Hamas. Il a ensuite reçu un message de sa femme disant que des intrus venaient d’entrer dans la maison familiale. À son retour, celle-ci était vide.

Les frères Brodutch ont craint le pire. Toutefois, ils ont appris un jour et demi plus tard que tout espoir de les revoir vivants n’était pas perdu.

«Nous avons appris que quelqu’un les avait vus être emmenés à l’extérieur et installés dans une automobile. Le véhicule s’est dirigé vers Gaza», mentionne Aharon Broducth au sujet de sa belle-sœur Hagar, de sa nièce Ofri et de ses neveux Yuval et Uriah.

Le scientifique torontois a pris un vol pour Israël quelques jours plus tard pour être avec son frère.

Il ajoute que le gouvernement israélien semblait dans un premier temps plus préoccupé par la destruction du Hamas que par la libération des otages. Son frère et lui ont manifesté devant le quartier général de l’armée en portant des pancartes. La fille d’Aharon a commencé à écrire des lettres à l’ONU et à «quiconque voulait nous entendre». pour exprimer leurs inquiétudes sur la vie de leurs proches et des autres otages

Une trêve est intervenue entre le Hamas et Israël afin de permettre l’échange d’otages et de prisonniers. Les Brodutch ont été libérés le 26 novembre sans blessure grave. Toutefois, la mésaventure les a profondément traumatisés. Leur petite voisine a aussi été libérée.

Aharon Brodutch ne veut pas donner trop de précisions sur ce que ses proches ont vécu, de peur de compromettre la sûreté de ceux qui demeurent en captivité, mais soutient qu’ils ont des difficultés à composer avec la réalité, surtout les deux garçons.

Si Yuval, âgé de 8 ans, semblait comprendre un peu ce qui lui arrivait, Uriah, de quatre ans son benjamin, n’en avait aucune idée.

«Il ne comprend pas ce qui est arrivé, sauf qu’il a été très maltraité. Il ne comprend pas pourquoi», narre M. Brodutch tout en louangeant sa belle-sœur. 

Il ajoute que l’attaque du 7 octobre a détruit le sentiment de sécurité que sa famille ressentait dans leur kibboutz. 

«Plus de 50 personnes ont été tuées dans cette communauté dont les membres étaient proches les uns des autres. C’est une grande part de la communauté qui a été annihilée», lance M. Brodutch.

S’il est facile d’organiser le prochain séjour estival d’Ori à Toronto, l’avenir des Brodutch dans leur pays natal est loin d’être clair.

«Le retour à la maison sera très difficile pour eux», avance le Torontois.