Un grand jury américain inculpe pour meurtre le père de la fillette montréalaise

ELIZABETHTOWN — Le père d’une fillette montréalaise de 9 ans, retrouvée noyée dans un étang du nord de l’État de New York, a été inculpé par un grand jury et subira son procès pour meurtre au deuxième degré.

Luciano Frattolin a comparu mercredi devant un tribunal d’Elizabethtown, dans l’État de New York, où il a plaidé non coupable de meurtre au deuxième degré et de dissimulation de cadavre. Il a réclamé une libération sous caution, mais sa demande a été refusée.

Le corps de Melina Frattolin, 9 ans, a été retrouvé dans un étang peu profond le 20 juillet à Ticonderoga, dans l’État de New York, près de la frontière avec le Vermont.

La police de l’État de New York a déclaré que Luciano Frattolin, 45 ans, avait initialement signalé la disparition et le possible enlèvement de sa fille, mais que les policiers avaient conclu que cette information était fausse. Ils l’ont arrêté pour le meurtre de l’enfant le 21 juillet.

La juge Tatiana Coffinger a ordonné son placement en détention provisoire sans possibilité de libération sous caution, affirmant que sa décision «est le seul moyen de garantir sa comparution devant le tribunal».

«Je ne peux pas garantir son retour», a-t-elle affirmé.

Une porte-parole du procureur a confirmé que le dossier du père avait été présenté à un grand jury, qui a rendu un acte d’accusation après avoir déterminé qu’il y avait suffisamment d’éléments pour la tenue d’un procès.

L’affaire reviendra devant le tribunal le 19 août, date à laquelle les procureurs devraient faire le point sur la divulgation des preuves.

Lors de l’audience de mercredi, Michael Langey, procureur du comté d’Essex, a soutenu que l’accusé risquait de fuir et n’avait aucun lien avec les États-Unis. Il est citoyen italien et éthiopien, a-t-il précisé, et possède des passeports des deux pays, ainsi qu’un permis de conduire international. Luciano Frattolin réside au Canada et en Éthiopie, et possède des entreprises dans ces deux pays, a précisé Me Langey.

Emily Evatt, avocate commise d’office du père, a affirmé au tribunal que son client ne détient pas de passeport éthiopien.

Me Langey a allégué que Luciano Frattolin avait fait une offre pour une propriété de 5 millions $ CAN à Montréal et avait présenté à un agent immobilier un relevé bancaire de 30 millions $ CAN. L’accusé aurait également tenté de vendre une exploitation minière, a ajouté le procureur.

«Compte tenu de son absence de liens avec notre pays et l’État, et de la possible peine de prison à vie qu’il encourt actuellement, la partie civile demande sa mise en détention provisoire sans caution, a requis Michael Langey. De l’avis général, aucune somme d’argent ne garantirait son retour, compte tenu de son absence de liens.»

Emily Evatt a toutefois déclaré que son client n’avait aucun antécédent judiciaire et qu’en attendant son procès, il serait hébergé chez un ami à New York, à près de 430 kilomètres au sud. Elle a ajouté qu’il devrait être libéré sous caution, qu’il devrait remettre son passeport italien et se soumettre à une surveillance électronique.

«Il n’a aucune raison de fuir ces allégations; il maintient son innocence et est innocent jusqu’à preuve du contraire», a souligné Me Evatt au tribunal.

Finalement, la juge Coffinger a déclaré que trop d’informations concernant l’accusé étaient inconnues pour justifier sa libération.

Selon l’acte d’accusation, le père aurait noyé sa fille dans un étang entre 19 h 35 et 21 h 05 le 19 juillet, dans un boisé près de la route 74. Il est également accusé d’avoir tenté de dissimuler son corps : l’acte d’accusation indique qu’elle a été retrouvée dans l’eau, près d’un arbre tombé, une pierre sur le corps.

Les résultats préliminaires de l’autopsie ont conclu que la fillette de neuf ans était morte d’asphyxie par noyade, et le décès a été qualifié d’homicide.

Luciano Frattolin et la mère de Melina sont séparés depuis 2019. Melina vivait à temps plein avec sa mère, qui n’avait pas exprimé d’inquiétude quant au fait de laisser sa fille passer du temps avec son père, a indiqué la police.

Melina et son père sont arrivés aux États-Unis le 11 juillet pour des vacances dans les États de New York et du Connecticut et devaient être de retour à Montréal le 20 juillet.

Le jour de sa mort, Melina a parlé à sa mère au téléphone vers 18 h 30 et ne semblait pas être sous une quelconque menace, ont indiqué les forces de l’ordre. Environ trois heures et demie plus tard, le père a appelé le 911 et a signalé la disparition et le possible enlèvement de sa fille de 9 ans. Mais au fil de l’enquête, les policiers ont constaté des incohérences dans le récit des événements fait par le père et dans la chronologie de la disparition de Melina.

La police a ajouté que le mobile du meurtre de la jeune fille faisait l’objet d’une enquête.

Mercredi, la juge a fixé plusieurs dates de traitement de l’affaire pour les mois à venir, le procès devant jury étant provisoirement fixé au 5 janvier 2026.