Suivre les réfugiés ukrainiens pour leur offrir du soutien au Canada sera difficile

Laura Osman, La Presse Canadienne

OTTAWA — Le plan visant à accueillir des milliers d’Ukrainiens au Canada ne semble jusqu’à présent offrir aucun moyen efficace de suivre les nouveaux arrivants et de les mettre directement en contact avec du soutien communautaire, selon le Congrès ukrainien canadien.

Bon nombre des Ukrainiens qui arriveront au Canada au cours des prochaines semaines et des prochains mois seront des mères et leurs enfants, qui ont quitté leur foyer il y a plusieurs semaines. Beaucoup ne parleront ni anglais ni français, n’auront aucun contact au Canada et très peu de ressources, a déclaré Ihor Michalchyshyn, directeur général national du Congrès ukrainien canadien.

Le gouvernement aura des services de soutien disponibles à l’aéroport, à partir de vendredi, pour offrir des informations importantes sur l’arrivée aux Ukrainiens dans leur langue, a annoncé lundi le ministre de l’Immigration, Sean Fraser.

Mais selon ce que sait M. Michalchyshyn, ce programme sera volontaire et les gens pourraient le manquer, ce qui rendra difficile pour ceux qui arrivent d’accéder au soutien du gouvernement et de la communauté.

Sans registre quelconque, il se demande comment les organismes communautaires et d’établissement communiqueront avec les personnes qui arrivent. Seuls les responsables fédéraux de l’immigration sauront précisément qui vient au Canada, a-t-il déclaré.

Dans l’état actuel des choses, des bénévoles du Congrès ukrainien canadien se tiennent dans les aéroports pour essayer d’arrêter les gens à leur arrivée pour leur offrir de l’aide.

«Nous ne savons même pas quand ces gens arrivent, a-t-il déclaré en entrevue. Nos institutions et nos groupes communautaires ramasseront les morceaux, mais c’est une façon très aléatoire de planifier quelque chose pour tant de gens.»

L’agence des Nations unies pour les réfugiés, le HCR, estime que 3,9 millions de personnes ont fui l’Ukraine vers les pays voisins depuis le 24 février.

Le gouvernement a ouvert les demandes le 17 mars pour permettre à ceux qui fuient l’attaque de la Russie de venir au Canada pendant trois ans avec un visa de visiteur pendant qu’ils décident s’ils rentreront chez eux ou demanderont la résidence permanente.

Jusqu’à présent, près de 60 000 Ukrainiens et leurs familles ont postulé au programme.

Le ministre Fraser a précisé que 12 000 Ukrainiens qui ont postulé par d’autres voies de l’immigration sont également arrivés au Canada depuis janvier.

Il s’agit d’un programme unique en son genre au Canada, conçu pour aider les personnes fuyant la guerre à venir rapidement au pays sans en faire des réfugiés officiels, et leur permettant de travailler et d’étudier pendant qu’ils planifient leurs prochaines étapes.

Les programmes officiels pour les réfugiés, cependant, s’accompagnent de soutiens intégrés, y compris de l’aide pour trouver un logement et une orientation sur la vie au Canada.

Mardi à la Chambre des communes, M. Fraser a indiqué que le gouvernement étendrait aux Ukrainiens qui viennent au Canada les aides à l’établissement, y compris un soutien à la recherche d’un emploi, la formation linguistique et d’autres mesures habituellement disponibles pour les réfugiés.

«Il ne suffit pas qu’ils arrivent, ils doivent être préparés pour réussir une fois arrivés au Canada», a-t-il affirmé lors d’un échange pendant la période des questions.

M. Michalchyshyn craint que ces services ne soient difficiles d’accès pour les personnes sans aide, surtout si personne ne suit les nouveaux arrivants après leur arrivée.

«Si vous voulez parrainer une famille, ou franchement, si vous avez besoin d’aide, il est très difficile de savoir comment cela est censé fonctionner de part et d’autre», a-t-il déclaré.

Le gouvernement a créé un conseil central de l’emploi pour mettre en relation les entreprises qui cherchent à embaucher des Ukrainiens avec ces personnes à leur arrivée.

«Jamais un processus facile»

De nombreux Canadiens ont offert d’autres types d’aide, sous forme de fonds, de dons de biens et d’offres pour parrainer des familles, mais il n’existe actuellement aucun mécanisme pour les mettre en contact avec des personnes dans le besoin, a indiqué M. Michalchyshyn.

L’ancien ministre de l’Immigration de l’Alberta Thomas Lukaszuk a aidé à organiser un vol nolisé pour 60 Ukrainiens de Varsovie, en Pologne, à Edmonton, qui est arrivé lundi soir. Mardi, l’avion est retourné vers l’Europe avec des dons de matériel médical, de médicaments et d’autres fournitures vitales.

Beaucoup de ceux qui sont descendus de l’avion lundi n’avaient avec eux qu’un sac en plastique pour les emplettes rempli d’effets personnels, a relaté M. Lukaszuk.

En Alberta, les municipalités et le gouvernement provincial travaillent pour s’assurer que les familles ukrainiennes ont ce dont elles ont besoin à leur arrivée, a-t-il expliqué.

«Ce ne sera jamais un processus facile. Vous regardez des gens qui sont traumatisés. Ils ont traversé l’enfer, ils ont laissé derrière eux des êtres chers qui se trouvent au milieu d’une zone de guerre, ils ne parleront généralement pas anglais», a témoigné M. Lukaszu, qui a fui la Pologne pour le Canada alors qu’il était enfant il y a 40 ans.

«C’est difficile, mais ils iront bien.»

Il félicite le gouvernement fédéral et le personnel qui travaille pour amener les Ukrainiens au Canada le plus rapidement possible, soulignant que c’est loin d’être une mince tâche.

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