Onze enseignants de l’école Bedford voient leur brevet révoqué
MONTRÉAL — Onze enseignants de l’école Bedford, à Montréal, ont vu leur brevet révoqué par le ministère de l’Éducation, dans la foulée de dérives religieuses qui avaient mené à l’adoption d’une nouvelle loi au Québec.
Le bureau de la ministre de l’Éducation, Sonia LeBel, a confirmé mardi matin la nouvelle, qui circulait déjà dans plusieurs médias.
Étant donné que ces décisions «font l’objet de contestation», le ministère ne commentera pas davantage pour l’instant, a indiqué l’attachée de presse de la ministre LeBel, Marylène Le Houillier.
Le syndicat des professeurs de l’école, l’Alliance des professeures et professeurs de Montréal, n’avait pas répondu à un courriel de La Presse Canadienne au moment d’écrire ces lignes.
Un rapport dévastateur publié en 2024 faisait état d’un climat toxique à l’école du quartier Côte-des-Neiges. Une clique d’enseignants, que le rapport décrivait comme étant «surtout composée d’enseignants d’origine maghrébine», avait fait régner un climat d’intimidation tant envers des élèves que d’autres enseignants qui s’opposaient à leurs façons de faire, selon le document.
Des filles s’étaient vu interdire de jouer au soccer, des enfants sur le spectre de l’autisme n’avaient pas reçu de services spécialisés, tandis que les sciences et l’éducation à la sexualité étaient peu ou pas enseignées.
Soulagement à Québec
En point de presse à Québec mardi matin, le Parti libéral du Québec s’est dit soulagé de la nouvelle.
«Heureusement pour les enfants, ces enseignants ne sont pas plus là. L’équipe-école s’est renouvelée», a affirmé la députée de Mont-Royal–Outremont, Michelle Setlakwe, dont la circonscription couvre l’école Bedford.
«Je trouve ça épouvantable ce qu’on a fait à des jeunes filles. Je trouve ça épouvantable qu’on n’ait pas offert tous les services à des élèves qui étaient vulnérables. (…) Leur brevet leur a été retiré de façon définitive? Parfait.»
Le Parti québécois a abondé dans le même sens. «C’était la chose à faire, a souligné le député péquiste Pascal Bérubé. C’est un privilège», a-t-il indiqué.
Une nouvelle loi en vigueur
Le ministre de l’Éducation de l’époque, Bernard Drainville, avait déployé des mesures de redressement à l’école en octobre 2024 et commandé des enquêtes dans plusieurs autres établissements du Québec. Onze enseignants avaient été suspendus, tout comme leur brevet d’enseignement.
M. Drainville avait fait adopter l’année suivante le projet de loi 94, visant à renforcer la laïcité dans le réseau scolaire québécois.
La loi prévoit que les élèves devront fréquenter l’école à visage découvert, tout comme pratiquement tout le personnel scolaire. L’usage du français à l’école est également obligatoire lorsque le personnel communique avec les élèves ou lorsque les collègues se parlent entre eux.
Le porte-parole de Québec solidaire, Sol Zanetti, s’est dit satisfait du retrait des brevets aux enseignants, mais selon lui, le gouvernement n’avait pas à aller aussi loin pour remédier au problème.
«Il fallait renvoyer ces personnes-là. Qu’est-ce qu’a été la réponse de la CAQ? Faire une loi qui fait perdre leur emploi à des femmes. C’est particulier, c’est grave», a-t-il soutenu.
La libérale Michelle Setlakwe a également noté que les enseignants visés ne portaient pas de signes religieux. «Ça, il faut toujours l’avoir à l’esprit aussi», a-t-elle soulevé.
