Meurtres en série: le suspect représentait un «risque important» pour la sécurité

La Presse Canadienne
Meurtres en série: le suspect représentait un «risque important» pour la sécurité

MONTRÉAL — Une récente décision de la Commission d’examen des troubles mentaux indique que l’homme soupçonné d’avoir abattu au hasard trois personnes dans la région de Montréal cette semaine représentait un «risque important» pour la sécurité publique.

La police a abattu le suspect de 26 ans, Abdulla Shaikh, jeudi matin dans un motel, après qu’il eut prétendument abattu trois hommes en environ 24 heures.

La Commission d’examen des troubles mentaux a déclaré en mars que le psychiatre du suspect s’inquiétait du «déni et de la banalisation des troubles de comportements, de la violence et de la pathologie psychiatrique» d’Abdulla Shaikh.

La commission d’examen a toutefois reconnu que le suspect avait fait des progrès au cours des six mois précédents et a convenu avec son psychiatre qu’il devait rester en liberté sous certaines conditions.

Ces conditions comprenaient le fait de vivre dans un lieu approuvé par l’hôpital, de suivre les recommandations d’une équipe de santé mentale, de maintenir la paix, de s’abstenir de consommer de la drogue et de se soumettre à des tests d’urine.

«La Commission conclut qu’une libération assortie de modalités est la mesure appropriée, dans le présent cas, pour arriver à contrôler le risque important que représente monsieur pour la sécurité du public, en raison de son état mental, dans la mesure où il respecte le suivi et l’encadrement mis en place», peut-on lire dans la décision.

L’hôpital serait autorisé à intervenir «si l’état mental de monsieur venait à se détériorer, mettant en danger la sécurité du public».

Une série de méfaits et des accusations

Abdulla Shaikh a été déclaré non responsable criminellement en novembre 2018 dans une affaire de méfait pour avoir «avoir empêché, interrompu ou gêné l’exploitation de l’aéroport de Montréal» lors d’une série d’incidents sur quatre jours en juillet de la même année.

Selon un résumé des incidents dans la décision, il a mis le feu à son passeport canadien avec une chandelle près des clôtures d’entrées de l’aéroport, avant de se faire expulser une première fois.

«Il affirme que la prochaine fois qu’il viendra, (l’aéroport) s’en rendrait compte. Il fait allusion à un projet, mais il reste évasif», peut-on lire dans le document de la commission d’examen.

Dans les jours qui ont suivi, il a été expulsé après être entré dans un entrepôt près des portes d’une zone contrôlée avant de se faire expulser à nouveau pour s’être retrouvé sans autorisation dans la zone réglementée passée le point de fouille du terminal. Il a également été intercepté à l’aéroport de Mirabel, au nord de Montréal.

La Commission d’examen des troubles mentaux a noté qu’Abdulla Shaikh avait été suivi pour des problèmes psychiatriques depuis mai 2018.

Selon des documents judiciaires, il attendait son procès à Laval prévu en janvier 2023 pour des accusations portées en 2016 pour voies de fait causant des lésions corporelles, agression sexuelle, voies de fait et profération de menaces.

L’avocat questionne le travail de la police

L’avocat François Legault, qui a représenté Abdulla Shaikh lors de l’audience de mars, se demande si la police aurait pu être plus patiente avant de lui tirer dessus jeudi au Motel Pierre dans l’arrondissement de Saint-Laurent.

«Est-ce que c’était si urgent de l’abattre? Est-ce qu’on a utilisé tous les moyens nécessaires pour procéder à une arrestation sécuritaire, sachant pertinemment qu’il avait des problèmes sérieux de santé mentale?» a demandé l’avocat en entrevue avec La Presse Canadienne.

Il a déclaré qu’il était évidemment attristé pour les trois victimes, mais a rappelé que «les gens qui doivent être arrêtés ont le droit d’être arrêtés selon des règles qui vont garantir leur sécurité et qui vont faire en sorte qu’ils vont pouvoir être jugés par la suite» avant d’ajouter:

«C’est horrible ce qu’il a fait si c’est lui qu’il l’a fait, et il aurait dû être jugé pour ce qu’il a fait, et on aurait sans doute pris en compte le fait qu’il avait des problèmes de santé mentale et c’est un régime différent qui s’applique en pareille circonstance».

Il se demande également si l’arrestation aurait pu impliquer des personnes expérimentées dans des cas de santé mentale.

«Je me pose des questions, est-ce qu’on aurait pu évacuer de façon plus rapide les autres occupants des chambres du motel? Est-ce qu’on aurait pu entamer avec lui une procédure de communication, lente, avec des gens spécialisés en matière de santé mentale? Les policiers ont plus de formation qu’autrefois, mais on sait aussi que les policiers, souvent, ne sont pas équipés pour faire face à des situations aussi difficiles», a fait valoir l’avocat en ajoutant que «même si ça prend deux heures de plus pour arrêter quelqu’un, ce n’est pas la fin du monde».

L’avocat François Legault ne connait pas les détails entourant l’opération policière qui a mené à la mort d’Abdulla Shaikh, le Bureau des enquêtes indépendantes devrait éventuellement rendre public le récit de l’événement.

Il a déclaré que la situation d’Abdulla Shaikh s’améliorait en mars dernier et que le psychiatre avait fait des recommandations à la commission d’examen pour qu’il puisse être suivi par une équipe médicale ambulatoire.

Il ne l’avait pas vue depuis le mois de mars denier.

Trois meurtres en près de 24 heures

Abdulla Shaikh aurait abattu deux hommes à Montréal à quelques kilomètres l’un de l’autre et en moins de 65 minutes mardi soir. 

André Fernand Lemieux, 64 ans, père du boxeur professionnel canadien David Lemieux, a été tué dans un abribus de l’arrondissement de Saint-Laurent. 

Mohamed Salah Belhaj, 48 ans, agent d’intervention dans un hôpital local en santé mentale, a été tué dans l’arrondissement Ahuntsic-Cartierville.

Environ 24 heures plus tard, un troisième homme, Alex Lévis Crevier, 22 ans, a été tué à Laval. Sa famille a utilisé les réseaux sociaux pour confirmer le décès.

Questionné vendredi au sujet de l’opération policière qui a permis de neutraliser le suspect, le premier ministre François Legault a félicité les policiers et offert ses condoléances aux familles des victimes.

Il a également ajouté ceci à propos d’Abdulla Shaikh:

«Je suis content qu’on se soit débarrassé de cet individu-là, mais il faut voir aussi ce qui est arrivé, étant donné que c’est quelqu’un qui était déjà ciblé, pourquoi il a été relâché, est-ce que qu’il faut resserrer?»

Vendredi, la Sûreté du Québec a déclaré qu’elle n’avait aucune nouvelle information à divulguer concernant son enquête sur les trois homicides.

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