L’incertitude demeure sur le manque d’espace pour les fonctionnaires fédéraux

OTTAWA — Les syndicats et les employés de la fonction publique fédérale avertissent qu’il n’y a pas suffisamment d’espace de bureau pour répondre aux nouvelles exigences du gouvernement fédéral en matière de travail au bureau.

L’Alliance de la fonction publique du Canada a affirmé qu’il y avait déjà une pénurie d’espace de bureau et prévient que «le chaos ne fera qu’empirer» à mesure que le temps passé au bureau par les employés augmentera.

Sylvain Routier, fonctionnaire fédéral vivant dans la région d’Ottawa, explique que la réservation d’un espace de bureau est difficile dans le cadre des règles actuelles et que les travailleurs doivent s’inscrire un mois à l’avance.

«Il n’y a qu’un nombre limité de places pour un grand nombre d’employés. Il y aura toujours des personnes qui seront laissées de côté», a-t-il avancé.

M. Routier a souligné que les problèmes actuels liés à l’espace rendent la politique de retour au bureau «beaucoup plus confuse».

«S’il n’y a pas de place, je rentre chez moi et je travaille à domicile, a-t-il expliqué. La situation va empirer.»

La plupart des fonctionnaires doivent être présents au bureau trois jours par semaine et les cadres supérieurs quatre jours par semaine, les jours restants étant consacrés au télétravail.

Toutefois, les cadres devront être présents au bureau à temps plein à partir du mois de mai, et le gouvernement fédéral indique que les autres fonctionnaires devront être présents au bureau au moins quatre jours par semaine à partir du mois de juillet.

Services publics et Approvisionnement Canada ne répondra pas aux questions répétées visant à savoir s’il y aura suffisamment d’espace de bureau pour accueillir la nouvelle politique du gouvernement fédéral sur le travail au bureau.

Depuis 2020, lorsque le télétravail a commencé pendant la COVID-19, la fonction publique a vu ses effectifs augmenter de plus de 57 000 employés, soit une hausse de près de 20 %. Certains de ces employés n’ont jamais travaillé à temps plein au bureau.

Dans le même temps, Ottawa tente de se débarrasser de ses locaux.

Le budget 2024 engageait Services publics et Approvisionnement Canada à réduire son parc immobilier de bureaux de 50 % sur 10 ans par le biais de ventes ou de baux.

Le ministère a indiqué que cet objectif serait ajusté pour tenir compte du fait que les fonctionnaires passeront plus de temps au bureau.

«La planification à cet égard est en cours», a précisé Nicole Allen, porte-parole de Services publics et Approvisionnement Canada.

Nathan Prier, président de l’Association canadienne des employés professionnels, a mentionné que plusieurs ministères n’avaient toujours pas mis en œuvre les règles actuelles en matière de télétravail en raison d’un manque d’espace.

Il s’est dit sceptique quant aux chances du gouvernement de réussir à mettre en œuvre les nouvelles règles.

Des bureaux en mauvais état

Plusieurs syndicats ont lancé des avertissements concernant l’état des bâtiments fédéraux. Certains ont mentionné la présence de nuisibles et ont fait valoir que de nombreux espaces étaient en mauvais état.

Des nuisibles ont été repérés dans des bâtiments fédéraux à travers le pays plus de 960 fois entre avril et novembre 2025. Services publics et Approvisionnement Canada a déclaré à la fin de l’année dernière que les nuisibles comprenaient, sans s’y limiter, des chauves-souris, des oiseaux, des fourmis, des punaises de lit, des abeilles, des guêpes et autres petits insectes, des souris et autres rongeurs.

Services publics et Approvisionnement Canada a également indiqué que 58 % des immeubles de bureaux appartenant à la Couronne avaient été évalués comme étant dans un «état passable ou meilleur» en mars 2025.

Le ministère a précisé que cela incluait les bâtiments faisant l’objet de travaux de rénovation majeurs et à long terme, comme Place du Portage III et l’édifice Lester B. Pearson.

Services publics et Approvisionnement Canada (SPAC) a souligné qu’il accordait la priorité aux réparations dans les immeubles occupés. Il a ajouté qu’il veillerait à ce que les immeubles de bureaux occupés par les fonctionnaires soient sûrs, fonctionnels et conformes aux exigences en matière de santé et de sécurité.

«Comme beaucoup de grands portefeuilles immobiliers, SPAC gère un nombre important d’immeubles vieillissants, a déclaré le ministère. À mesure que les actifs vieillissent, les systèmes tels que le chauffage, la ventilation, l’infrastructure électrique, les toitures, les ascenseurs et les finitions intérieures doivent être régulièrement modernisés.»

«Ces dernières années, nous nous sommes concentrés sur les réparations essentielles afin de traiter les risques les plus critiques. Cela a entraîné le report de certains travaux non essentiels, tandis que nous en avons priorisé d’autres», a-t-il précisé.

Le député libéral Bruce Fanjoy, qui représente une circonscription de la région d’Ottawa, a demandé au gouvernement au début du mois de reconsidérer sa politique de retour au bureau pour les fonctionnaires.

M. Fanjoy a avancé dans un message publié sur les réseaux sociaux qu’il n’y avait aucune preuve que cette politique allait stimuler la productivité et a averti qu’elle allait augmenter la pollution.

Il a également souligné que la nouvelle politique rendait plus difficile pour le gouvernement de réduire ses coûts de fonctionnement, d’améliorer l’accessibilité financière et de protéger l’environnement.

La directive fédérale s’applique aux fonctionnaires travaillant dans les principaux ministères et organismes relevant du Conseil du Trésor, bien que certains organismes distincts, comme l’Agence du revenu du Canada et le Conseil national de recherches du Canada, aient fait part de leur intention de suivre la même approche.

Le Conseil du Trésor a soutenu que le gouvernement collaborera avec les syndicats pour mettre en œuvre le nouveau plan de retour au bureau afin de régler des questions, telles que l’attribution des places assises et la santé et la sécurité au travail.