Les fonctionnaires fédéraux devront travailler au bureau quatre jours par semaine
OTTAWA — Le gouvernement fédéral ordonne aux fonctionnaires de se rendre au bureau au moins quatre jours par semaine à compter de cet été, les cadres supérieurs devant y retourner à temps plein en mai.
Un message du Conseil du Trésor adressé aux sous-chefs de ministère et publié jeudi indique que les cadres supérieurs devront travailler sur place cinq jours par semaine à compter du 4 mai. Tous les autres employés devront se rendre au bureau quatre jours par semaine à compter du 6 juillet.
Cette directive s’applique aux fonctionnaires des ministères et organismes relevant du Conseil du Trésor. Le gouvernement a toutefois précisé que les autres organismes fédéraux, dont l’Agence du revenu du Canada et l’Agence canadienne d’inspection des aliments, sont «fortement encouragés» à adopter une approche similaire.
Les règles relatives au télétravail constituent un enjeu constant dans la fonction publique depuis que la COVID-19 a forcé la plupart des fonctionnaires fédéraux à travailler à distance en 2020. Après l’assouplissement des restrictions sanitaires, le gouvernement fédéral a instauré, en 2023, le retour au bureau des employés deux à trois jours par semaine.
La règle actuelle, en vigueur depuis septembre 2024, exige que les fonctionnaires travaillent au moins trois jours par semaine au bureau, et les cadres supérieurs quatre jours. L’arrêté de jeudi met à jour cette règle.
«Le gouvernement a présenté des plans ambitieux pour répondre aux priorités des Canadiens et renforcer notre pays, indique le message du Conseil du Trésor. Le travail en présentiel est essentiel à la solidité des équipes, à la collaboration et à la culture nécessaires en cette période charnière et pour l’avenir.»
Le message a été signé par le secrétaire du Conseil du Trésor, Bill Matthews, la dirigeante principale des ressources humaines, Jacqueline Bogden, et le dirigeant principal adjoint des ressources humaines, Francis Trudel.
Il précise que le gouvernement consultera les syndicats pour la mise en œuvre du plan, les discussions portant notamment sur l’attribution des places assises et la santé et la sécurité au travail.
Le message indique également que Services publics et Approvisionnement Canada travaillera en étroite collaboration avec les ministères pour veiller à ce que tous les employés disposent d’espace de bureau suffisant.
Services publics et Approvisionnement Canada a publié un communiqué jeudi, indiquant qu’il collaborera avec les organisations clientes afin de «répondre aux nouvelles exigences de présence sur place en ce qui concerne les espaces de bureaux».
«Lorsque l’espace disponible est insuffisant, nous nous efforcerons de trouver des solutions potentielles le plus rapidement possible», précise le communiqué.
Une décision «insultante et irrespectueuse»
Sean O’Reilly, président de l’Institut professionnel de la fonction publique du Canada, a déclaré à La Presse Canadienne qu’il trouvait la décision du gouvernement «insultante et irrespectueuse».
«Je voudrais dire que j’étais surpris, mais je ne le suis pas», a affirmé M. O’Reilly, qui a été informé de la mesure moins d’une heure avant que le message ne soit diffusé aux employés. «Je suis vraiment consterné par le choix de prendre cette décision maintenant.»
M. O’Reilly s’est dit sceptique quant aux discussions que le gouvernement mènera avec les agents négociateurs, ajoutant que son syndicat se fera entendre sur la question et s’opposera fermement au gouvernement.
«Je ne vois pas en quoi cela aide le gouvernement du Canada. Cela ne lui permet pas d’économiser de l’argent. Cela n’augmente pas la productivité, a-t-il dit. Je ne vois pas en quoi cela aide mes membres ni les Canadiens.»
Nathan Prier, président de l’Association canadienne des employés professionnels, a affirmé que cette annonce démontre que le gouvernement fait preuve «d’un mépris délibéré de la réalité et d’un mépris absolu pour ses employés et les contribuables».
«Alors que des milliers de fonctionnaires voient leur emploi disparaître et que les Canadiens constatent la réduction drastique des programmes de santé et autres, ce gouvernement s’engage à diminuer la productivité des fonctionnaires tout en gaspillant des milliards de dollars de l’argent des contribuables, a expliqué M. Prier. Si les travailleurs avaient besoin d’une autre preuve que ce gouvernement n’est pas digne de confiance, la voici.»
Le syndicat a indiqué que cette décision fait suite à une récente décision de la Commission des relations de travail et de l’emploi dans le secteur public fédéral, selon laquelle le télétravail peut être négocié à la table de négociation.
L’Alliance de la Fonction publique du Canada a déclaré que l’annonce par le gouvernement fédéral de l’obligation de présence au bureau de quatre jours est un véritable affront pour tous les fonctionnaires fédéraux.
«Il est insultant pour tout employeur, et a fortiori pour le gouvernement, de modifier les conditions de travail pendant que ses employés négocient», a affirmé Mme DeSousa.
Selon elle, la modification de cette obligation en pleine négociation est un motif de poursuites judiciaires et «toutes les options sont envisagées, a-t-elle ajouté. Le premier ministre Carney a clairement indiqué quelles sont ses priorités, et elles ne sont pas les intérêts des travailleurs.»
Le message aux employés précise que de plus amples renseignements seront communiqués «en temps voulu».
