Le gouvernement fédéral veut créer 125 000 emplois dans l’industrie militaire
OTTAWA — Le gouvernement fédéral compte apporter des changements radicaux à sa manière d’appuyer l’industrie militaire au Canada afin de réduire sa dépendance excessive envers les États-Unis.
«Dans ce monde incertain, il est plus important que jamais que le Canada ait la capacité de soutenir sa propre défense et de sauvegarder sa propre souveraineté, peut-on lire dans la stratégie industrielle de défense qu’Ottawa s’apprête à publier la semaine prochaine. Cela est particulièrement important lorsqu’il s’agit de protéger la souveraineté du Canada dans l’Arctique et de promouvoir un Nord sûr»
Le gouvernement devait annoncer cette semaine sa stratégie, mais il a repoussé l’annonce à la semaine prochaine en raison de la tuerie de Tumbler Ridge en Colombie-Britannique, même si les médias en ont déjà publié certains éléments.
Cette stratégie de 6,6 milliards $ vise à aider les petites et moyennes entreprises canadiennes à percer dans l’industrie militaire et à réorienter les décisions en matière de dépenses afin de donner la priorité aux équipements fabriqués au Canada.
Le document avance qu’elle permettra de créer 125 000 emplois et promet de restructurer la politique d’avantages technologiques industriels d’Ottawa, qui détermine la manière dont le gouvernement évalue les entreprises lorsqu’elles soumissionnent pour des contrats en fonction de leur contribution à l’économie canadienne. Selon un communiqué de presse du gouvernement publié en décembre dernier, l’industrie canadienne de la défense «soutient» actuellement plus de 81 000 emplois.
Tout cela intervient alors que le gouvernement fédéral s’apprête à augmenter rapidement ses dépenses de défense afin de respecter ses engagements envers l’OTAN, un objectif auquel travaille l’ensemble de l’alliance après des années de menaces belliqueuses de la part du président américain Donald Trump.
La stratégie promet de restructurer la manière dont Ottawa prend en considération les avantages pour l’économie canadienne lorsqu’il attribue des contrats, ce que l’on appelle une politique d’avantages technologiques industriels.
Le Canada a l’intention de s’associer à des «champions nationaux» qui respectent les budgets et les délais fixés, en échange d’avantages tels que le financement de la recherche, la promotion des exportations, le financement et l’accès à des infrastructures d’essai.
«On s’attendra à ce qu’ils livrent leurs capacités dans le respect des délais et du budget et soutiennent la souveraineté nationale par l’entremise de leurs chaînes d’approvisionnement canadiennes, tout en assurant l’optimisation continue des ressources», indique le document.
On ne précise pas comment Ottawa veillera à ce que les entreprises ne prennent pas l’habitude de dépasser les coûts.
Le document préconise d’augmenter la part des contrats d’approvisionnement en matière de défense attribués à des entreprises canadiennes, qui passerait d’environ la moitié à 70% des acquisitions, dans le but de soutenir les secteurs manufacturiers canadiens durement touchés par les droits de douane américains.
La stratégie vise à «augmenter de 50 % les exportations de défense du Canada [et à] augmenter de plus de 240 % les recettes totales de l’industrie canadienne de la défense».
Cette annonce intervient alors que le gouvernement fédéral s’apprête à augmenter rapidement les dépenses de défense afin de respecter ses engagements envers l’OTAN, un objectif auquel travaille l’ensemble de l’alliance après des années de menaces belliqueuses de la part du président américain Donald Trump.
Le document souligne que le Canada a besoin d’une «infrastructure essentielle» dans le nord et d’une autonomie suffisante. Il rappelle que «les hypothèses de longue date ont été bouleversées – sur la fin de la conquête impériale, la durabilité de la paix en Europe et la résilience des anciennes alliances». Il précise toutefois que le Canada demeure attaché à une relation de défense forte avec les États-Unis.
Le député conservateur responsable des dossiers de défense nationale, James Bezan, a répondu dans un communiqué que l’opposition examinerait la politique, mais a souligné que le «manque de volonté politique et de leadership» des libéraux avait laissé l’armée en déclin.
M. Bezan a affirmé que le gouvernement avait créé de nouvelles bureaucraties, alors qu’il faudrait plutôt supprimer les processus d’approvisionnement qui prennent beaucoup de temps.
«Après avoir traîné les pieds pendant une décennie et ignoré les appels répétés de nos forces armées et de l’industrie de la défense, les libéraux publient une nouvelle «stratégie». Mais les conservateurs savent que lorsqu’il s’agit de défense et de sécurité nationales, les libéraux ont toujours été prompts à parler mais lents à agir», a déclaré M. Bezan.
La stratégie ne mentionne pas la Chine et fait une seule fois référence à la Russie, qui sape l’ordre mondial par son invasion de l’Ukraine. Elle indique que le Canada souhaite renforcer sa coopération dans le domaine de l’industrie de la défense avec l’Union européenne, le Royaume-Uni, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Japon et la Corée du Sud.
À cette fin, le Canada déploiera davantage de délégués commerciaux, participera à des salons professionnels militaro-industriels et s’efforcera de renforcer la chaîne d’approvisionnement nationale dans des domaines tels que l’aérospatiale, les drones, les munitions et les capteurs.
La stratégie préconise de fabriquer les équipements au pays dans la mesure du possible, puis de les produire avec des alliés, et enfin de les acheter à l’étranger.
La montée de nouvelles puissances, le protectionnisme croissant et l’évolution de la dynamique dans les relations internationales ont également souligné la nécessité de penser différemment à l’intersection de la souveraineté canadienne, des besoins en matière de défense et du développement économique, soutient le document.
La stratégie devait initialement être publiée au début de l’automne dernier, puis Ottawa s’était engagé publiquement à la rendre publique avant Noël, mais le gouvernement a finalement dépassé son propre délai de plus d’un mois.
