Le Canada «fera sa part» pour aider l’AIE à libérer ses réserves pétrolières
OTTAWA — Le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Tim Hodgson, annonce mercredi que le Canada «fera sa part» pour réduire le coût du pétrole à l’échelle mondiale, alors qu’un groupe de pays cherche à maîtriser la flambée des prix de l’énergie provoquée par la guerre au Moyen-Orient.
L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a accepté de libérer 400 millions de barils de pétrole provenant des stocks des pays membres, ce qui représente la plus importante libération de réserves de l’histoire de l’organisation.
M. Hodgson indique que le Canada contribuera à cette libération, mais n’a pas précisé sous quelle forme.
«Le Canada fera sa part pour contribuer à l’approvisionnement mondial en pétrole. Cela permettra de faire baisser les prix pour les Canadiens. Cela permettra de maintenir des prix abordables pour les Canadiens», dit-il aux journalistes à la sortie de la réunion du caucus libéral.
Le Canada est le seul pays du G7 à ne pas disposer d’une réserve stratégique de pétrole. Bien que le Canada soit membre de l’AIE, son statut d’exportateur net de pétrole signifie qu’il n’a aucune obligation de maintenir une réserve.
Les prix mondiaux du pétrole ont grimpé en flèche parce que la guerre au Moyen-Orient a interrompu les livraisons de pétrole par le détroit d’Ormuz, où transite un cinquième de l’approvisionnement mondial en pétrole.
L’Iran a attaqué des navires commerciaux dans la région du golfe Persique et a pratiquement bloqué le détroit d’Ormuz en réponse aux attaques des États-Unis et d’Israël.
Le premier ministre Mark Carney a rencontré virtuellement les autres dirigeants du G7 mercredi pour discuter de la guerre au Moyen-Orient. Le président américain Donald Trump figurait parmi les participants.
Selon un compte-rendu du cabinet du premier ministre, les prix de l’énergie ont été au centre des discussions. Les dirigeants ont collectivement condamné les actions de l’Iran et ont soutenu la décision de l’AIE «en réponse aux perturbations observées sur le marché du pétrole».
M. Trump indique plus tard dans la journée que son administration va puiser dans la réserve stratégique de pétrole des États-Unis.
Lors d’une entrevue mercredi avec WKRC Local 12 à Cincinnati, interrogé sur le recours à la réserve, M. Trump répond: «Nous allons le faire, puis nous la remplirons à nouveau.»
«Pour l’instant, nous allons la réduire un peu, ce qui fera baisser les prix.»
Le secrétaire à l’Énergie, Chris Wright, a indiqué que les États-Unis allaient libérer 172 millions de barils de pétrole provenant de leurs réserves.
L’Allemagne, l’Autriche et le Japon ont annoncé mercredi qu’ils libéreraient une partie de leurs réserves pétrolières en réponse à la demande de l’AIE.
L’AIE, établie à Paris, prévoit la plus importante libération de réserves depuis sa création en 1974. En 2022, l’organisation a libéré 182,7 millions de barils de pétrole pour faire face au choc énergétique provoqué par l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie.
En pourparlers avec l’industrie
M. Hodgson ajoute que le Canada est en pourparlers avec son industrie énergétique afin de déterminer comment soutenir cette libération et qu’il devrait en dire plus dans les prochains jours.
L’industrie pétrolière canadienne produit déjà au maximum de sa capacité, selon le ministre, mais les options envisagées comprennent le report des périodes d’arrêt ou la demande aux raffineries travaillant avec du pétrole importé de passer à des alternatives nationales afin de libérer l’approvisionnement ailleurs.
Le ministre des Finances de l’Alberta, Nate Horner, précise mercredi aux journalistes à l’Assemblée législative que le simple fait d’évoquer la possibilité de libérer des barils de réserve fait baisser les prix.
«S’ils parviennent à empêcher le pétrole d’atteindre des sommets qui détruisent la demande et augmentent le coût de la vie, c’est-à-dire le prix à la pompe pour tout le monde, c’est sans aucun doute une bonne chose. Des prix soudainement très élevés peuvent être bons pour les recettes de l’Alberta à très court terme, mais ils ne le sont pas à long terme», explique-t-il.
Brian Jean, ministre de l’Énergie de l’Alberta, espère également voir la production augmenter. Il ajoute que la province «n’a jamais eu autant besoin» d’infrastructures supplémentaires pour transporter le pétrole de la province vers la côte ouest.
«Nous allons probablement atteindre des goulots d’étranglement dans un avenir proche», souligne-t-il.
Il ajoute que l’Alberta travaille sans relâche pour développer ses capacités de transport.
«Le monde veut notre produit. Il existe une demande énorme, en particulier en Asie et chez tous nos alliés, et nous devons faire notre part pour les aider», indique M. Jean.
M. Hodgson précise mercredi après-midi dans une déclaration qu’Ottawa s’efforce de diversifier sa capacité d’exportation grâce au protocole d’accord conclu avec l’Alberta et à l’accélération des développements par l’intermédiaire du Bureau des grands projets.
M. Hodgson rapportait plus tôt dans la journée qu’il reçoit des appels de pays intéressés par le pétrole, le gaz naturel liquéfié et l’uranium canadiens. Il ne nomme pas ces pays.
M. Hodgson fait valoir que la réputation du Canada en matière de fiabilité et de protection de l’environnement en fait un fournisseur d’énergie attractif.
«Ce que nous constatons aujourd’hui, c’est que la sécurité énergétique est synonyme de sécurité nationale. Nos alliés ne bénéficient pas actuellement de la sécurité nationale. Nous avons l’occasion de prendre les devants», conclut-il.
— Avec des informations de Nick Murray, de Lisa Johnson à Edmonton et de l’Associated Press.
