Le Canada annonce son adhésion officielle au programme européen SAFE

OTTAWA — Le Canada a officiellement adhéré au programme européen d’approvisionnement en matière de défense auquel il avait déjà annoncé l’été dernier son intention de participer alors que les bouleversements géopolitiques provoqués par Washington éclipsent la plus importante conférence mondiale sur la sécurité.

Le ministre de la Défense, David McGuinty, a annoncé samedi, lors de la conférence sur la sécurité de Munich, qu’Ottawa avait adhéré au programme de 150 milliards d’euros de l’Union européenne intitulé «Action pour la sécurité en Europe» (SAFE).

Ce programme permet aux pays de l’UE d’accéder à des prêts à faible taux d’intérêt pour acheter du matériel militaire et des armes, dans le cadre des efforts visant à affranchir le continent de sa dépendance vis-à-vis des États-Unis.

Le Canada étant le premier pays non européen à participer au programme SAFE, les entreprises d’ici peuvent s’associer à leurs homologues européennes pour soumissionner à des projets communs et bénéficier de conditions de financement avantageuses.

L’entrée du Canada dans cet accord avait été pratiquement confirmée en juin dernier, lorsque le premier ministre Mark Carney a signé un partenariat en matière de sécurité et de défense avec l’Union européenne lors d’une visite à Bruxelles.

En décembre, l’Union européenne a révélé que les frais que le Canada devrait payer pour adhérer à ce programme s’élevaient à 10 millions d’euros (16 millions $ CAN), ce qui amène les observateurs à s’interroger sur le montant des investissements que cet accord générera.

Les frais sont proportionnels à l’ampleur des contrats que l’Union européenne s’attend à ce qu’un pays génère pour son industrie nationale, et les frais évalués pour le Royaume-Uni sont plusieurs fois supérieurs à ceux du Canada.

«Cet accord continue de renforcer la sécurité collective, de consolider la coopération avec les alliés et les partenaires, et d’appuyer le développement de capacités de défense essentielles qui améliorent la sécurité internationale», peut-on lire dans le communiqué publié dimanche par le ministère de la Défense nationale.

Le premier ministre Mark Carney devait se rendre à Munich, mais il a soudainement annulé son voyage à la suite de la tuerie survenue à Tumbler Ridge, en Colombie-Britannique.

Andrea Charron, directrice du Centre d’études sur la défense et la sécurité de l’Université du Manitoba, juge que le discours de M. Carney à Davos s’est avéré un «point d’inflexion vraiment important».

«Avant ce discours, je pensais peut-être que tous les Européens et les autres acteurs allaient essayer de se surpasser pour flatter Donald Trump afin d’éviter une nouvelle série de droits de douane, commente-t-elle. Le discours de Carney était en quelque sorte un appel à l’action, invitant notamment les puissances moyennes à cesser d’essayer d’apaiser un tyran et à forger leur propre avenir. »

Le président américain Donald Trump a mis à rude épreuve les relations transatlantiques en particulier, en menaçant constamment d’annexer le Groenland, un territoire autonome du Danemark, membre fondateur de l’OTAN.

Roland Paris, qui dirige l’École supérieure des affaires internationales de l’université d’Ottawa, affirme que la menace américaine contre un autre membre de l’OTAN signifie que la conférence de Munich se déroule dans des circonstances extraordinaires.

«Cela a été un signal d’alarme pour beaucoup de gens en Europe qui espéraient peut-être que cette période étrange de la politique américaine passerait, souligne M. Paris. C’est la partie du discours de Carney qui, je pense, a fait réagir les gens, en particulier en Europe, en leur faisant prendre conscience d’un monde fondamentalement changé et de ce que cela signifie pour l’Europe, y compris pour sa sécurité.»

L’Europe et le Canada augmentent tous deux leurs dépenses de défense après que Trump les a accusés de profiter des dépenses de défense américaines. Il a parfois laissé entendre que la Russie devrait envahir les membres de l’OTAN qui ne paient pas leur contribution.

La Conférence de Munich sur la sécurité est «le plus grand rassemblement au monde de personnalités du monde de la sécurité et de la politique étrangère», explique le sénateur Peter Boehm, ancien diplomate qui a occupé le poste d’ambassadeur en Allemagne. Il l’a décrite comme étant similaire à Davos, mais axée sur la sécurité et la politique étrangère.

Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis le discours du vice-président américain J. D. Vance à Munich, l’an dernier.

«Après une année passée à essayer de trouver la meilleure façon de satisfaire Trump et de ne pas le contrarier, ils ont maintenant commencé à prendre en compte sa colère et sont prêts à aller de l’avant même si cela agace les États-Unis», dit Stephen Saideman, de l’École Norman-Paterson des Affaires internationales de l’Université Carleton.

Avant que Carney n’annule son voyage, le sénateur Boehm avait prédit que le Canada ferait l’objet de pressions concernant son prochain achat de sous-marins.

Le constructeur allemand de sous-marins TKMS et la société sud-coréenne Hanwha Oceans sont en concurrence pour un contrat lucratif de plusieurs milliards de dollars visant à fournir au Canada jusqu’à 12 nouveaux sous-marins.

Le Canada est également à la recherche d’avions de combat. En 2025, Carney a demandé une révision du projet canadien d’achat d’une flotte d’avions de combat F-35 fabriqués aux États-Unis.