Investissement de 200 M$ pour des lancements spatiaux canadiens depuis la N.-É.

OTTAWA — Le gouvernement fédéral a annoncé un investissement de 200 millions $ pour la construction d’une rampe de lancement canadienne destinée à mettre des satellites en orbite, sans l’aide d’autres pays ou de tiers étrangers.

Au cours de la prochaine décennie, Ottawa utilisera ces fonds pour louer une rampe de lancement spatiale en Nouvelle-Écosse, qui servira de base à un futur port spatial, une capacité souveraine clé figurant dans la nouvelle stratégie industrielle de défense du gouvernement fédéral.

Le Canada n’a actuellement pas la capacité de mener à bien des projets spatiaux de manière autonome et dépend des États-Unis pour mettre ses satellites en orbite. La nouvelle rampe de lancement devrait être opérationnelle d’ici la fin de l’année.

Le ministre de la Défense, David McGuinty, a dévoilé ce projet lundi depuis un laboratoire de l’Agence spatiale canadienne situé à Ottawa, où les chercheurs utilisent une chambre à vide de cinq étages de profondeur pour tester la technologie satellitaire.

«Environ 20% de l’économie canadienne repose sur les satellites: nos systèmes bancaires, nos réseaux de téléphonie mobile, nos transactions», a mentionné M. McGuinty.

«Nous voulons donc être en mesure de nous assurer davantage de souveraineté et de sécurité dans ce domaine», a-t-il précisé.

Il a ajouté qu’Ottawa ne souhaitait pas dépendre entièrement de tiers pour lancer des fusées dans l’espace, mais il n’a cité aucun nom en particulier.

M. McGuinty a également annoncé que le Canada prévoyait de devenir membre à part entière de l’initiative STARLIFT de l’OTAN, un projet visant à créer un réseau de lancement spatial permettant aux alliés d’envoyer des charges utiles dans l’espace à court terme.

La société Maritime Launch Services, établie à Halifax, qui construit le Spaceport Nova Scotia, installera le site près de Canso, en Nouvelle-Écosse.

Stephen Matier, PDG de cette société cotée en bourse, a souligné que le contrat fédéral donnerait un coup de pouce à son entreprise en envoyant un signal fort au marché concernant le développement du port spatial.

Il a ajouté qu’une capacité de lancement souveraine constituait une avancée majeure pour le Canada.

«Depuis des années, nous confions nos satellites à MDA Space, Kepler ou à des entreprises canadiennes, et nous signons des chèques importants à Space X pour qu’ils les lancent depuis la Floride ou la Californie», a expliqué M. Matier.

«SpaceX vend de l’espace supplémentaire sur ses fusées (…), mais on ne peut pas aller où on veut ni quand on veut», a-t-il ajouté.

Cette annonce intervient alors que le nombre de vaisseaux spatiaux mis en orbite continue d’augmenter à un rythme effréné.

M. McGuinty a avancé que le monde pouvait s’attendre à voir jusqu’à 70 000 satellites lancés en orbite terrestre basse au cours des cinq prochaines années.

Plus de contrôle sur le calendrier

David Perry, président de l’Institut canadien des affaires mondiales, a indiqué que la capacité de lancement souveraine permettra d’éviter aux satellites canadiens d’attendre des années dans une file d’attente pour être lancés.

«Nous avons tout simplement beaucoup plus de contrôle sur notre propre destin. Nous ne sommes pas à la merci des priorités et des calendriers de quelqu’un d’autre, a-t-il déclaré. Ainsi, les priorités nationales canadiennes sont mises en œuvre plus rapidement que si nous dépendions des infrastructures d’autres pays.»

Sarah Gallagher, ancienne conseillère de l’Agence spatiale canadienne et aujourd’hui directrice de l’Institut d’exploration terrestre et spatiale de l’Université Western, a expliqué qu’il n’y avait pas beaucoup de pays dans le monde dotés de capacités de lancement souveraines.

«Nous disposons de nos propres ressources spatiales dans l’espace, et il est donc très important de pouvoir y accéder immédiatement grâce à des moyens que nous contrôlons. De plus, le fait d’avoir un site de lancement en Nouvelle-Écosse est vraiment avantageux», a-t-elle précisé.

«La latitude de la Nouvelle-Écosse permet d’accéder à différents types d’orbites, ce qui est utile selon ce que l’on cherche à faire. Il est évident que nous accordons une grande importance au Nord, et disposer d’un site de lancement situé à des latitudes nordiques peut donc servir à cela», a-t-elle affirmé.

Cette nouvelle initiative s’inscrit dans le cadre de la stratégie industrielle de défense du gouvernement libéral, son plan d’action visant à renforcer les Forces armées canadiennes et le secteur de la défense nationale.

Le budget 2025 a alloué 183 millions $ sur les trois prochaines années pour la mise en place de capacités de lancement spatial souverain, bien que le gouvernement fédéral n’ait donné aucune précision sur ses intentions lors de la publication du budget l’automne dernier.