Julie Champagne cultive l’esprit de partage

Julie Champagne cultive l’esprit de partage

Julie Champagne et sa petite Lucy qui a aussi participé à choisir les fleurs de son jardin.

On pourrait dire de Julie Champagne qu’elle est audacieuse, elle qui a presque complètement fait disparaître le gazon du parterre de sa maison pour cultiver fleurs, fruits et légumes dans une dizaine de bacs en bois. Fervente adepte du mouvement des Incroyables comestibles de Victoriaville, ses récoltes, elle les offrira gracieusement aux passants. En un mot, elle résume ses motivations. Le mot «partage» lui vient immédiatement à la bouche.

Au 44, rue Piché à Victoriaville, on ne peut rater son spectaculaire potager de 444 pieds carrés. Il est particulièrement visible par la grandeur de son aire et parce que situé dans un vieux quartier résidentiel de Victoriaville, au coin des rues Piché et Thibodeau. Il a été très «visité» sur le compte Facebook des Incroyables comestibles de Victoriaville où il avait déjà enregistré 45 000 vues. En compagnie de sa petite et loquace Lucy (3 ans), Julie fait le tour de ses bacs où tout a commencé à pousser, mais où il manque encore le vert du trèfle qui fera comme un tapis entre les 11 bacs. La chaleur des derniers jours a donné toute une impulsion aux plants.

Julie Champagne, aide-cuisinière de métier, maman de Lucy et de Rose (10 mois), avait, l’an dernier, adhéré au mouvement des Incroyables comestibles. Dans deux petits bacs de quatre pieds par quatre pieds, elle avait cultivé laitue, tomates et fines herbes, installant l’affichette des Incroyables, offrant aux passants la possibilité de se servir. Elle proposait aussi les surplus de son potager clôturé.

«Les gens sont gênés»

L’expérience 2016 a été «discrète» et, admet-elle, pas aussi couronnée de succès qu’elle l’aurait souhaité. «Les gens sont gênés, n’ont pas encore la culture du cueilleur. Ils croient qu’en cueillant, ils seront redevables et devront participer à la culture.» Mais cette année, dès l’installation au printemps des grands bacs en bois (dont 9 de 4 pieds par 8 pieds), l’arrivée des 18 verges de terre et de compost fournis par la Ville de Victoriaville, Julie a attiré la visite, les coups de main de ses proches et de quelques voisins. Beaucoup de curiosité, des commentaires et des questions aussi.

«Tu te crées de l’ouvrage!», lui a-t-on dit. Ce qu’elle ne nie pas, elle qui y consacre une quinzaine d’heures par semaine, souvent contente de n’avoir pas besoin de jouer de l’arrosoir, le ciel s’en chargeant. «Mais c’est zen pour moi de travailler au jardin», dit-elle. Et puis, il y a des gens qui lui ont demandé si la Ville était d’accord pour troquer son parterre gazonné contre un immense potager. «Les gens ont encore en tête ce qui s’est passé à Drummondville où, il n’y a pas si longtemps, la Ville interdisait les cultures en façade. Ça ne l’est pas à Victoriaville, une ville ouverte à ce mouvement, elle-même participative avec ses espaces publics dont le Jardin des rendez-vous tout près de l’École du meuble.»

Julie Champagne ne possède pas une longue expérience du maraîchage. Elle cultive ses connaissances par ses recherches personnelles et par les trucs et conseils que lui prodigue sa belle-mère Lucie Boisvert. L’achat local, la possibilité de combler à même sa cour ses besoins en produits bio et frais pour sa famille ont été le premier aiguillon. L’esprit de partage s’est amplifié, dit-elle. Parce que les tomates ou les haricots, «ça arrive tout en même temps» et que la production dépasse largement ses besoins. Aussi bien faire profiter les autres de ses surplus. Cette année, elle a semé et planté des fleurs comestibles, toute une variété de légumes (tomates, poivrons, piment, ail, laitues, épinards, aubergines, choux de Bruxelles), même des pois et des arachides, du basilic rouge (une demande spéciale!), des melons souris.

Un plan de trois ans

Elle a élaboré un «plan» de trois ans, elle qui vise à faire disparaître le petit bout de gazon qui subsiste encore à la façade de la maison qui appartenait encore à ses parents il y a trois ans. D’autres fleurs comestibles y pousseront. Les asperges seront disponibles dans trois ans et des arbres fruitiers ont aussi été implantés. C’est la présence de l’immense érable argenté qui l’a «contrainte» à cultiver dans des bacs en pruche qu’a fabriqués son conjoint Nicolas Simoneau et son père Robert Champagne. «Les radicelles de l’érable m’empêchaient de cultiver à même le sol. Reste que pour l’arrosage, c’est plus pratique.»

Elle estime à 600 $ les investissements requis pour son grand jardin… s’inscrivant à contre-courant de la «très forte culture du gazon», observe-t-elle encore, préférant l’utilitaire à l’ornemental. Elle n’en conserve qu’une partie, à côté de la maison, pour permettre à ses filles de s’y amuser.

«Si on veut changer quelque chose, il faut commencer par chez soi», soutient-elle. En adhérant au mouvement des Incroyables comestibles, elle partage non seulement ses surplus, mais profite de toutes sortes d’occasions d’échanges avec les autres, des proches comme des plus lointains.

Elle cultive l’un des 43 espaces citoyens de Victoriaville qui dénombre, par ailleurs, 11 espaces partenaires (entreprises ou organismes) et quatre espaces publics. Au centre-ville, on devrait aussi voir apparaître les gros pots où aura planté du comestible plutôt que de l’ornemental. Le mouvement victoriavillois des Incroyables comestibles a pu bénéficier de 15 000 $ du Fonds communautaire pour le 150e du Canada, ce qui lui permettra d’offrir du support à domicile pour les citoyens, de bonifier le site Internet et d’organiser une fête des récoltes. On peut prendre des informations sur le http://icvicto.org ou communiquer avec Carline Ghazal à la Ville de Victoriaville (carline.ghazal@victoriaville.ca).

Poster un Commentaire

avatar