“Votre première mission, c’est de m’envoyer Daniel à Ottawa”

La tenue du caucus du Bloc québécois à Victoriaville, mardi et mercredi, ne relève pas du hasard. Le chef bloquiste Yves-François Blanchet a été, on ne peut plus clair, mardi soir, lors d’un rassemblement militant au Complexe Évasion. 

“Dans Richmond-Arthabaska, on a l’intention de gagner. On veut ramener le Bloc dans Richmond-Arthabaska. Pourquoi pensez-vous que nous sommes ici?”, a lancé le chef à ses militants.

Yves-François Blanchet a fait son entrée dans la salle en compagnie notamment de son candidat dans Richmond-Arthabaska, Daniel Lebel, appelé à dire quelques mots tout juste avant son chef.

“Merci d’être là, c’est la première fois depuis que je suis candidat à l’investiture que je ressens toute cette énergie-là, je l’apprécie énormément. Je veux devenir le nouveau visage de Richmond-Arthabaska. Il y en a un qui est là depuis trop longtemps, alors c’est moi le prochain”, a-t-il exprimé.

Le chef du Bloc québécois a souligné l’excellente relation qu’il avait avec l’actuel député Alain Rayes qui a su résister aux attaques des conservateurs. “Alain était en désaccord avec le nouveau chef du Parti conservateur, M. Poilievre. Il l’a exprimé et ça lui a valu l’organisation par le Parti conservateur d’une chaîne téléphonique d’intimidation pour l’inciter à démissionner de son poste auquel il avait été élu sous un autre chef, a-t-il rappelé. C’est là une pratique devenue banale chez les conservateurs. Il faut connaître la culture des conservateurs de Pierre Poilievre à laquelle Alain Rayes a résisté.” 

Pour Yves-François Blanchet, la prochaine élection représente une belle occasion pour son parti “de ramener Richmond-Arthabaska au Bloc québécois, un comté qui a été l’un des quatre derniers ayant résisté à la vague de 2011 avec André Bellavance”.

Par ailleurs, le chef bloquiste, pour qui la dignité est nécessaire, n’a pas été tendre avec l’actuel député provincial d’Arthabaska, Eric Lefebvre qui représentera le parti de Pierre Poilievre dans Richmond-Arthabaska. “La dignité, c’est le contraire d’un député élu dans un parlement qui garde le salaire de l’Assemblée nationale du Québec pour faire campagne pour les conservateurs d’Ottawa. Et l’indignité, c’est un chef conservateur qui, en toute connaissance de cause, sait très bien que son candidat abuse de l’Assemblée nationale du Québec pour aller le rejoindre à Ottawa. Je ne crois pas que les gens de Richmond-Arthabaska vont accepter ça”, a-t-il soutenu alors que quelques huées se sont fait entendre.

Yves-François Blanchet se prépare avec enthousiasme à la prochaine campagne qui se pointe. “On va vivre huit semaines de campagne d’une importance incroyable avec de sérieux enjeux. Pour nous tous, ce seront également deux mois parmi les plus excitants de notre vie compte tenu de l’importance de la mission que nous avons. Votre première mission, mes amis, c’est de m’envoyer Daniel à Ottawa”, a-t-il dit à ses militants.

“Qui va parler pour le Québec?”

Le chef du Bloc québécois est revenu sur le débat en français des quatre candidats à la chefferie du Parti libéral du Canada, rappelant “l’absence complète de contenu relatif au Québec”.

“On a parlé de rien de ce qui touche et intéresse les Québécois. L’aluminium n’a pas été abordé, la gestion de l’offre non plus. L’aéronautique n’a pas été abordée ni la culture québécoise. Même chose pour la laïcité propre et chère au Québec, les minéraux stratégiques, l’énergie propre, a-t-il énuméré. C’était quoi ce débat si ce de nous dire, nous les quatre aspirants à la direction du Parti libéral, on n’en a rien à faire du Québec. Mais qui va parler pour le Québec? Il faudra que cette question-là soit partout, tout le temps”, a plaidé le chef.

Le Bloc québécois verra, a-t-il souligné, à défendre “les pêches de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine, l’industrie forestière, le lait, les œufs, la volaille protégés par la gestion de l’offre au Québec, la spécialité québécoise reconnue mondialement en intelligence artificielle…”

“Qui va se porter en avant dans le seul but de s’assurer que dans la négociation, nous ne soyons pas une monnaie d’échange?”, a-t-il questionné, tout en invitant à se préparer à faire face aux tarifs du président américain.

Au-delà de véritables enjeux soulevés par Donald Trump relativement à la gestion de la frontière et à la lutte aux drogues, le pays doit préparer la réponse tarifaire, a signalé le chef du Bloc. “Il faut réagir aux tarifs imposés par les États-Unis dollar par dollar. Et cela se planifie. Il faut cesser d’accorder plus d’importance aux mots qu’aux gestes. En politique, on peut dire n’importe quoi, mais on ne peut pas toujours faire n’importe quoi.”

Les revenus découlant des différents modèles de tarifs possibles doivent être évalués, selon lui. “Il faut déterminer à qui l’argent ira, a-t-il souligné. Est-ce que ce seront des liquidités transitoires pour des industries comme le milieu de la forêt le demande? Des sommes seront-elles attribuées à l’adaptation des entreprises dans un moment de passage vers d’autres types de marchés? Va-t-on investir dans la transformation sur le territoire de nos propres ressources? Va-t-on travailler sur la diversification des marchés, sur la productivité? Fera-t-on des efforts pour préserver les sièges sociaux au Québec et au Canada? Va-t-on assurer une voix forte pour le Québec? Qui va le faire, sinon le Bloc québécois?

Personne à part le Bloc québécois ne se portera à la défense du Québec.”

Dans le contexte actuel, avec le retour de Donald Trump à la tête des États-Unis, des réflexions sérieuses s’imposent, a fait valoir Yves-François Blanchet. “Il y a des conversations sérieuses à avoir et des propositions sérieuses à déployer. Le Bloc québécois ne veut ni slogans vides ni messie autoproclamé”, a-t-il noté, tout en reprenant des mots de Jacques Parizeau. “N’ayons pas peur, a-t-il confié. Le courage est de bien meilleur conseil que la peur. Notre conscience doit dicter nos choix. La certitude de faire la chose juste. N’abandonner personne derrière nous. Ne pas sacrifier les intérêts des plus vulnérables à la prétention de l’intérêt supérieur de l’État. Développer des expertises économiques proches des gens. Moi, je connais un gars qui a travaillé à aider des PME à se mettre en place, à se déployer, à innover, à créer des emplois. Et c’est le candidat Daniel Lebel dans Richmond-Arthabaska.”

Musique

Pour entamer la soirée, le Bloc québécois avait invité l’auteur-compositeur-interprète Gaith Boucher qui a réchauffé la salle avec trois chansons. 

L’auditoire l’a chaleureusement applaudi.

Le caucus du Bloc québécois se poursuivra en matinée, mercredi, à l’Hôtel Le Victorin. Il prendra fin à 11 h avec un point de presse du chef Yves-François Blanchet.