Le Ranch Kiméyan créateur d’étincelles et de petits miracles
Niché dans la montagne à Saint-Christophe-d’Arthabaska, à l’endroit même où se trouvait jadis un centre de ski, le Ranch Kiméyan, le projet de Marco Turcotte, passionné des chevaux depuis l’enfance, accueille depuis 2013 des passionnés d’équitation. Mais le volet équitation thérapeutique n’a cessé de gagner en popularité et deviendra en septembre la mission première du ranch.
L’arrivée de Maude Lemay, psychoéducatrice et instructrice d’équitation western et thérapeutique, a permis la mise en place du programme visant l’amélioration de la vie des gens grâce au pouvoir transformateur de l’équitation.
Le Ranch Kiméyan possède différents équipements, lève-personne, ascenseur et selle adaptée, pour répondre aux besoins de sa vaste clientèle. “Nous sommes un de ses seuls ranchs au Québec autant développé pour les personnes vivant avec des limitations ou à mobilité réduite”, indique Marco Turcotte.
Des gens de tous âges et de différentes conditions viennent au ranch pour bénéficier de l’équitation thérapeutique. “Notre clientèle se compose autant de personnes vivant avec un handicap physique que des gens provenant de la DPJ, de l’IVAC (des victimes d’actes criminels), des personnes aux prises avec une séparation difficile, par exemple, et aussi des personnes en fin de vie”, précise-t-il.
L’équitation thérapeutique porte fruit. La selle adaptée, se réjouit Marco, a permis à une petite fille de pouvoir marcher. “Cela a renforcé ses muscles à force d’en faire. Ensuite elle a été capable de tenir sa marchette, de se tenir debout et de marcher.”
Maude Lemay explique que le mouvement du bassin à cheval est le même mouvement lorsque nous marchons, musculairement, et même au niveau du système nerveux qui envoie les petits messages dans le corps. “On vient réveiller de nouveaux messages, de nouveaux mouvements et renforcer une musculature parce qu’ils ne sont pas debout, ils ne sont pas capables d’aller renforcer leurs muscles. Ça procure vraiment un gain”, note la psychothérapeute.
La rapidité des résultats dépend, dit-elle, de la problématique des gens et de leur âge. “Ça va vraiment plus vite avec les jeunes”, constate-t-elle.
Le concept de l’équitation thérapeutique
La grande force du Ranch Kiméyan réside dans son équipe, estime la directrice générale Karine Fournier. “Ce qui différencie, ici, l’équitation thérapeutique, c’est le professionnalisme des équipes en place. Des gens qui ont une solide expérience équestre, des gens qualifiés”, observe-t-elle.
“On n’improvise pas, ajoute Maude. On s’appuie non seulement sur notre pratique professionnelle, mais aussi sur des études et des expériences.”
L’équitation thérapeutique existe peut-être depuis une vingtaine d’années au Québec, selon Maude, mais le concept est utilisé depuis plus longtemps en Europe.
On peut agir sur différentes problématiques, comme le stress, l’anxiété, les chocs post-traumatiques. Et on choisira le cheval adéquat. Ce choix revient d’ailleurs à la psychoéducatrice selon l’objectif du client et ce qu’il a à travailler. “Les chevaux sont des animaux relationnels et, selon ce qu’on est comme humains, ils auront un comportement différent. Les chevaux ont besoin qu’on impose des limites claires”, fait-elle remarquer.
La clientèle est vaste, de l’âge de 5 ans jusqu’à… “On avait une dame en fin de vie, 82 ans. C’était son activité, elle avait toujours eu des chevaux et avec sa maladie, il lui était impossible de monter à cheval. Ils sont venus faire une petite activité familiale. Le spectre est large, observe Maude. Tant que les gens ont le goût de travailler avec les chevaux, qu’ils sont à l’aise, qu’ils veulent travailler avec eux, on est là pour ça.”
On l’a déjà dit, le Ranch Kiméyan emploie des professionnels qui ne laissent rien au hasard. Dans certaines situations, l’accord du médecin sera nécessaire pour éviter que l’activité qui doit être bénéfique ne devienne négative.
L’équipe se compose de trois personnes à temps plein, de deux autres instructeurs à temps partiel en plus d’un groupe de bénévoles.
“Concernant nos chevaux, ils sont au ranch, non pour leur beauté, mais bien pour leur caractère, affirme Marco Turcotte. On possède différentes races. Certains en avaient qu’ils étaient incapables de monter. Ils les ont amenés chez nous et en un mois, ils ont adopté notre rythme. Ils sont calmes. C’est comme les humains, si un cheval se trouve dans un environnement stressant, il sera stressé.”
“Un cheval a besoin que ce soit clair, explique Maude. Nous travaillons avec un cadre de travail précis et on travaille toujours de la même façon. Nos routines sont pareilles. C’est rassurant. Et puis pour les chevaux, on se rapproche de leur environnement naturel.”
La Fondation Kiméyan
Afin de rendre l’équitation thérapeutique accessible, la Fondation Kiméyan (https://fondationkimeyan.com/) a été mise en place il y a quelques années. “La Fondation a pour mission de soutenir financièrement les personnes et les familles incapables de s’offrir des séances d’équitation thérapeutique”, précise la directrice générale de la Fondation, Karine Fournier.
L’organisme tient annuellement son souper-bénéfice La Chevauchée. La troisième édition a été tenue récemment en présence notamment des musiciens Rick Hughes, porte-parole de la Fondation, Breen Leboeuf, de la chanteuse Gabriella, gagnante du concours The Voice en France et de Steven Cade, venu directement de Nashville pour l’occasion. “Il avait entendu parler du ranch, raconte Marco. Un jour, il est venu ici un après-midi, on a soupé ensemble et il m’a dit : je veux être à votre souper pour la Fondation.”
Au cours des précédentes éditions, l’événement a réuni Éric Lapointe, Martin Deschamps et Lulu Hughes.
Ce souper-bénéfice constitue pour le moment la seule activité de financement pour l’organisme, mais les choses pourraient changer. “On aimerait tenir trois événements par année : un souper, une promenade en moto et une dégustation de bières comme on l’a déjà fait. Et je veux aller chercher aussi des partenaires financiers qui contribueront une fois par année à soutenir le ranch et nous permettront d’offrir des heures gratuites”, confie Marco Turcotte.
Bref, la Fondation, comme l’affirme sa directrice générale, en est rendue à l’étape de rayonner. “Il est important de la faire connaître aux spécialistes, aux ergothérapeutes et de promouvoir l’équitation thérapeutique, de dire que tout s’appuie sur des recherches et que cela se pratique avec des gens qualifiés”, indique Karine Fournier.
Comme certaines personnes viennent d’aussi loin que Rimouski, Rivière-du-Loup et Montréal pour retrouver le cadre enchanteur et bénéfique du Ranch Kiméyan, Marco Turcotte aimerait voir l’équitation thérapeutique s’établir un peu partout, tellement la demande est grande. Il se dit même prêt à donner un coup de main aux intéressés à se lancer dans l’aventure. “On ne veut pas reproduire des petits Kiméyan. On veut aider à ouvrir des portes, note-t-il. Il y en a tellement qui ne savent pas où cogner, qui ne savent pas comment faire et quoi faire. Moi, je suis gestionnaire de projet dans la vie, je veux aider et leur montrer comment faire.”
Pour promouvoir l’équitation thérapeutique, Marco Turcotte souhaite la diffusion d’une vidéo dans tous les rodéos au Québec, notamment celui de Saint-Tite “pour montrer ce que peuvent faire nos chevaux”.
Ils peuvent justement être à l’origine de petits miracles, comme en font foi les témoignages de certaines personnes. «C’est beau à voir les étincelles dans les yeux des enfants», exprime Marie-Pier qui constate les progrès tant au plan physique que psychologique chez sa fille atteinte de paralysie cérébrale. «Avec elle, je vois plein de petits miracles se produire”, confie-t-elle dans une vidéo produite par le Ranch Kiméyan et présentée lors du souper-bénéfice.
L’équitation thérapeutique a aussi contribué à une belle transition pour Méghan lors de son passage du primaire au secondaire. “On a vu une évolution dans sa capacité à nommer ses émotions. Ça a été bénéfique”, a confié la maman.
Jeanne, 15 ans, qui a vécu un état dépressif, s’est découvert une passion avec les chevaux. “Sincèrement, ça m’a aidé à reprendre confiance en moi, à mieux gérer les conflits. Ça a vraiment changé ma vie au quotidien”.
Et la maman a de quoi se réjouir. “C’est plaisant pour un parent de voir son enfant recommencer à sourire et être capable de commencer à se projeter dans l’avenir”.
L’équitation thérapeutique a aussi fait grand bien à Mélanie, 49 ans, aux prises avec des problèmes d’anxiété et de gestion des émotions. “J’ai opté pour l’équitation thérapeutique pour reprendre mon estime, ma confiance en moi et m’aider à gérer le stress. C’est un endroit merveilleux, le personnel est super gentil, il nous met à l’aise. C’est une de mes meilleures thérapies à vie qui mène à des résultats plus rapides. Je me sens mieux, j’ai davantage confiance en moi et je me dénigre moins.”
Marco Turcotte peut être fier de ce qu’il accomplit, lui qui a toujours voulu aider dans la vie. “Au départ, je voulais aider, mais je ne pensais pas que le ranch allait prendre une telle expansion.
