Jean-Guy Vincent récolte les honneurs

En octobre prochain, le producteur porcin de Sainte-Séraphine, Jean-Guy Vincent, sera admis au Temple de la renommée de l’agriculture du Québec. Un honneur grandement mérité pour un homme qui n’a jamais hésité à s’impliquer afin d’améliorer les conditions de ceux qui, comme lui, ont choisi un métier relié à la terre.

Rencontré chez lui, l’homme, qui a aujourd’hui 75 ans, n’a pas hésité à relater tout ce long parcours qui fait en sorte qu’il accède aujourd’hui à cette grande reconnaissance qu’il recevra bien humblement. Bien installé dans cette ferme qu’il possède depuis 1971, acquise de ses parents, il rappelle qu’au départ l’endroit accueillait 15 vaches, une vingtaine de cochons et environ 40 acres en culture. “À l’achat, on a construit un bâtiment pour la ferme laitière qui a pris de l’expansion”, commence M. Vincent en ajoutant que cette étable avait la particularité d’être peinte entièrement à l’intérieur et était munie à l’entrée de la laiterie, d’une douche et d’une toilette, ce qui était rare à l’époque.

Jean-Guy Vincent (le fils d’Émile et le père de David l’actuel maire de Sainte-Séraphine) s’est marié à Lise Trépanier en 1974. Elle est à ses côtés depuis. D’ailleurs, il ne manque pas de dire que tous les honneurs qui rejaillissent sur lui doivent aussi aller du côté de son épouse sans qui toutes ses implications auraient été impossibles. “Elle s’est initiée à l’agriculture en embarquant sur le tracteur pour les foins et au niveau du troupeau pour la traite. Elle a pris des cours de comptabilité, entre autres, et c’est elle qui s’est principalement occupée des cinq enfants”, apprécie-t-il.

De nombreuses implications

Vincent confie qu’il a souhaité, dès le départ, modifier la perception négative qu’avaient, selon lui, les gens de sa municipalité. “Ça m’a marqué et je me suis dit que je voulais qu’on aille plus loin”, a-t-il fait savoir. Il a voulu faire changer les choses dans un secteur qui a connu des hauts et surtout des bas et a mis les efforts nécessaires afin d’y arriver.

Si aujourd’hui il se dit retraité, même s’il est toujours actionnaire de l’entreprise familiale dirigée par ses fils, il garde un œil sur les opérations et pose des questions lorsque nécessaire. Il a une longue expérience du domaine, autant par son entreprise que par le travail qu’il a réalisé dans les différents organismes où il a œuvré jusqu’à l’âge de 70 ans.

Comme en témoigne sa longue et bien garnie feuille de route, il a été impliqué au sein du Syndicat des producteurs de porcs du Centre-du-Québec comme président (de 1996 à 2007) et au même titre à la Fédération des producteurs de porcs du Québec (2007-2011). Au sein de cet organisme, il a joué un rôle important dans la modernisation de la mise en marché avec la négociation d’une convention historique qui a permis aux éleveurs d’obtenir un prix basé sur le marché américain ainsi que des garanties d’abattage et aussi une meilleure équité. “C’était la première convention, en 2009, à être négociée depuis 20 ans”, a-t-il précisé.

Au niveau national, Jean-Guy s’est retrouvé à la présidence (encore) du Conseil canadien du porc (2012-2015), où il a mené des missions stratégiques en Europe et en Asie et contribuant aussi à l’abolition du règlement américain Bountry of Origin Labeling (COOL) en 2003 qui mettait des bâtons dans les roues des éleveurs canadiens.

Il est également à l’origine du règlement sur la gestion équilibrée de l’élevage de 2010 qui assure une stabilité pour les éleveurs. M. Vincent a aussi, il faut le souligner, entrepris des démarches qui ont mené à la formation, en 2013, de l’Équipe québécoise de santé porcine (EQSP) qui joue un rôle important dans la santé des troupeaux. “C’est le meilleur en Amérique du Nord”, estime-t-il.

Dans toutes ces implications, il a toujours pu compter, rappelons-le, sur son épouse Lise qui, dans l’entreprise agricole, tenait le fort pendant ses absences. Jean-Guy Vincent a également, comme il le dit si bien, su s’entourer de gens d’expérience et de qualité afin de mener à bien tous les projets d’avancement du secteur porcin. “C’était toujours avec le même objectif, soit d’améliorer les conditions pour ma ferme et celle des autres”, dit-il avec honnêteté. Cela n’empêche pas qu’il a permis à ce secteur névralgique, par ses efforts et sa détermination, d’avancer et de prospérer.

Il a donc toujours travaillé afin d’améliorer les conditions économiques des producteurs agricoles, privilégiant le dialogue et la négociation et s’assurant aussi du soutien de ses pairs. Et comme si ce n’était pas assez, M. Vincent a trouvé du temps pour le milieu politique, intégrant notamment le Parti libéral où il a été président pendant plus de huit ans dans le comté, avant de siéger à l’exécutif provincial du parti, où il mettait toujours de l’avant l’agriculture. Il peut même se targuer d’avoir intéressé le premier ministre de l’époque, Robert Bourassa, à ce secteur agricole et tous ses défis.

Une feuille de route bien garnie donc pour cet homme qui, aujourd’hui, prend le temps de vivre. Il lit beaucoup et se promène sur sa terre, à pied ou au volant de sa Jeep Willys 1948 avec son chien Moka. “J’en ai fait un bout, là j’encourage les autres. Mais je vais toujours aux assemblées annuelles des Éleveurs de porcs. C’est dans mon ADN”, souligne-t-il. Il prend aussi grand soin de conserver ses racines et ses origines. Son grand-père Joseph Vincent a fondé la paroisse de Saint-Séraphine, son père Émile en a écrit l’histoire. Ses parents lui ont transmis aussi cette passion de la terre et de l’élevage qu’il conserve encore profondément.

C’est pourquoi avec Lise, il a transformé un ancien bâtiment désuet sur sa terre, l’étable à vaches de l’époque, en salle de rencontres pour la famille des Trépanier-Vincent, la Countrythèque. Il y tient des réunions de travail avec les employés ou des fêtes et événements. Dans l’autre aile du bâtiment rénové, il a installé un impressionnant musée qui relate bien sa passion pour l’agriculture et tout ce qui l’entoure. Tout cela pour ses petits-enfants afin qu’ils sachent bien d’où ils viennent et ce qui a forgé leur histoire.