Guylaine Tremblay échange avec le milieu des affaires

La populaire comédienne Guylaine Tremblay a pris la parole, mardi midi, au Club de golf de Victoriaville à l’occasion d’un dîner-conférence organisée par la Chambre de commerce et d’industrie des Bois-Francs et de L’Érable (CCIBFE).

La comédienne apprécie ce rôle de conférencière qu’elle ne joue pas souvent cependant. « On m’a demandé et j’ai accepté avec plaisir. J’aime rencontrer les gens. Je trouve cela très agréable », a-t-elle confié au www.lanouvelle.net. C’est le président de la CCIBFE, Patrick Laroche, qui a présenté la conférencière aux convives, saluant « son talent exceptionnel et polyvalent » qui s’est exprimé dans une variété de projets au théâtre, à la télévision et au cinéma, un talent qui lui a valu de nombreuses distinctions, dont 8 Gémeaux et 23 trophées Artis en plus de la médaille de l’Ordre du Canada en 2022. Elle a aussi été sacrée Chevalière de l’Ordre du Québec en 2023. « Une femme talentueuse, charismatique et inspirante », a-t-il exprimé en l’invitant au micro.

D’entrée de jeu, la comédienne, bien connue notamment pour ses rôles dans Unité 9, Annie et ses hommes et La Petite Vie, a fait valoir que les artistes et les gens d’affaires n’ont pas une vie si différente. « Les artistes et les gens d’affaires ont beaucoup de choses en commun, mais je ne le comprenais pas au départ. J’étais là pour l’art et le plaisir de jouer, a-t-elle souligné. Mais je me suis rendu compte très vite que j’étais mon propre produit, ma propre petite compagnie. Il fallait que je croie en moi, que je me fasse confiance et que j’aie envie de me dépasser pour que cette compagnie survive et traverse les époques. »

Guylaine Tremblay a su très tôt dans la vie, à l’âge de 5 ans, qu’elle voulait être comédienne. Son rêve d’enfance, toutefois, s’est quelque peu évaporé à l’adolescence. Mais au Cégep, inscrite en éducation spécialisée, son rêve a ressurgi grâce à un prof qui a bien vu qu’elle adorait s’impliquer pour jouer certaines situations. « J’étais toujours volontaire. Le prof m’a demandé si je n’avais jamais pensé à devenir comédienne. Ses propos ont eu l’effet de faire tomber le mur que j’avais érigé à cause de mes complexes d’adolescente. Mon rêve a pu ressurgir », a-t-elle raconté.

Elle a quand même terminé sa formation, « avoir un plan B n’est jamais mauvais », a-t-elle dit, et a travaillé avec des délinquants pendant un an avant de se présenter au conservatoire où elle a été choisie à la première occasion. Guylaine Tremblay avait 24 ans à sa sortie de l’école de théâtre. « Ça fait 40 ans que je travaille. J’ai encore la même passion, la même envie de me dépasser. Ça demeure intact avec les années », a-t-elle soutenu.

Cette passion et ce plaisir de jouer constituent, selon elle, les moteurs principaux. Il importe de bien identifier ces moteurs qui invitent au dépassement. « Souvent, les moteurs ne sont pas les bons, comme vouloir être connu ou être riche. Il faut surtout avoir du plaisir, de la passion et y croire. Et même de se laisser surprendre par ce qui va arriver à cause de ce que j’ai choisi. Ça doit être ça, je pense, le moteur principal d’une carrière peu importe laquelle. »

Le respect

Guylaine Tremblay a appris à se faire respecter dans le métier, elle pour qui l’égalité hommes femmes a constitué un grand cheval de bataille. « À l’UDA (Union des artistes), les hommes étaient payés beaucoup plus cher que les femmes, parfois pour des rôles moins grands. Ça a été une grande bataille dans ma vie d’exiger d’être payée autant que mon partenaire masculin. J’ai eu des partenaires formidables avec lesquels on discutait des cachets versés », a-t-elle confié.

Des comédiens comme Roy Dupuis et Denis Bouchard l’ont soutenue et ont même menacé de se retirer d’une production si elle n’obtenait pas le même salaire. « J’étais capable de dire non, a fait savoir la comédienne. Il faut exiger d’être reconnu pour notre valeur. Faut toujours bien examiner ce qu’on vaut, il faut se connaître, connaître nos forces et nos faiblesses. Voilà un apprentissage que j’ai eu à faire comme artiste. Comment bien se connaître, c’est le grand travail de toute une vie, a-t-elle formulé, mais comme travailleur autonome, on se doit de le savoir plus rapidement que d’autres, car nous sommes le produit. »

Dès son premier contrat au théâtre, se souvient-elle, on lui a fait comprendre l’importance de négocier, de ne pas accepter tout de suite. « Ce fut un enseignement. Cela m’a forcée à m’évaluer comme produit. » La comédienne a réellement compris qu’elle était un produit après La Petite Vie.

« Avant j’envoyais mes cassettes pour faire des voix à la radio, mais personne ne me rappelait. J’étais une nobody. Après, tout le monde s’est mis à me rappeler.

C’est là que j’ai constaté que j’étais un produit. Plus les gens me connaissaient, plus ils voulaient m’avoir », a-t-elle souligné. Guylaine Tremblay invite au courage, à la détermination et à l’honnêteté. « Être honnête avec soi et avec les autres, et toujours faire de son mieux. J’ai vécu des échecs, mais j’ai toujours pu me regarder dans le miroir en me disant que j’avais donné le meilleur de moi-même. » À maintes occasions, la comédienne a connu la gloire et les honneurs. Oui, un trophée constitue « une cerise sur le sundae », une marque de reconnaissance, mais, prévient-elle, « cela ne doit pas être le moteur de ta vie ». « La vraie brillance se trouve en dedans, dans ta passion, dans ta foi », a-t-elle plaidé.

Des questions

La conférencière avait fait savoir qu’elle tenait à ce que la rencontre soit un exercice d’échanges et de discussions avec les participants. Les questions n’ont pas manqué. À savoir si elle avait déjà refusé un rôle, Guylaine Tremblay a rappelé le Bye Bye 1992 auquel elle a finalement participé après avoir fermement tenu son bout. « À l’époque, je vivais modestement. J’avais besoin d’argent, mais j’ai refusé en sachant qu’on m’offrait la moitié moins que les hommes. J’ai fait savoir que j’étais hyper dégoûtée par leur comportement. »

La comédienne a finalement obtenu justice, mais pour une question de valeurs, même pour un seul sou de différence, elle se serait retirée. « Ça a été une grande leçon de vie. L’avoir fait au départ, alors que j’avais besoin d’argent, j’aurais été très frustrée, en colère. Je ne serais pas allée travailler dans le plaisir, mais plutôt dans l’humiliation. Le respect de soi est beaucoup plus important que le cachet, a-t-elle signalé, et ça m’a donné confiance par la suite pour toutes mes autres négociations. »

En cas d’échec, Guylaine Tremblay a révélé un truc à son auditoire. « Tu as le droit d’avoir de la grosse peine pendant 24 heures, mais ensuite, on est ailleurs, on passe à autre chose. La vie est tellement plus surprenante que tous les plans de carrière qu’on se fait. Parfois, c’est la chose insoupçonnée qui va nous faire grandir, qui nous amènera ailleurs, qui nous fera découvrir des aspects de soi inconnus. » Au cours de sa carrière professionnelle, la comédienne n’a pas tellement connu de creux de vague, elle qui a beaucoup travaillé. « Les 10 premières années cependant, je prenais l’autobus et je m’habillais souvent au Village des valeurs. Mais je faisais ce que j’aimais. »

Quand survient une période moins rose, la conférencière invite à réfléchir aux buts premiers. « À ce qu’on voulait au départ. Si les buts premiers correspondent toujours, c’est juste une question de temps. Il faut éviter le piège de paniquer. Il se peut que la solution soit juste de tenir le coup. La panique est la pire chose quand tu es travailleur autonome », a-t-elle affirmé.

Elle-même a vécu, en raison de la pandémie, une période d’inactivité. Tout a été arrêté. Plus aucun revenu pour une période indéterminée. « Oui, un petit vent de panique se fait sentir au début, a-t-elle reconnu. Mais ça faisait 10 ans que je voulais faire un spectacle sur scène avec les chansons d’Yvon Deschamps. » Elle a écrit le spectacle qu’elle présente depuis deux ans maintenant. « Je n’aurais pu imaginer cela il y a 20 ans. C’est un des moments les plus agréables de ma carrière et c’est arrivé à cause d’une pause. »

Sortir de sa zone de confort, par ailleurs, constitue pour elle une véritable cure de jeunesse. « C’est une fontaine de Jouvence incroyable. J’ai 20 ans quand je présente sur scène mon spectacle avec les chansons d’Yvon Deschamps. » Interrogée sur ce qu’elle ressent à la fin des projets, Guylaine Tremblay ne s’en fait pas trop avec l’idée de la fin d’un rôle. « J’ai le cerveau d’une pigiste. J’ai vite compris que les choses commencent et finissent. En signant un contrat, on sait qu’on s’en va vers la fin. »

Le plus difficile, admet-elle, c’est de quitter l’équipe, les comédiens et les techniciens. « Ils deviennent ta famille. On tourne avec eux 12 heures par jour ». Mais, avec philosophie, elle souligne que dans ce métier, « il faut que tu fermes une porte pour en ouvrir une autre ». Par ailleurs, la comédienne dit n’éprouver aucun regret. « Même les pires flops m’ont appris quelque chose, premièrement l’humilité », dit-elle en riant. L’échec nous mène toujours quelque part. Ce n’est pas l’échec qui compte, c’est comment on s’en sort et ce qu’on apprend. Je ne regrette pas, ce n’est pas dans ma nature. J’aime mieux avoir des souvenirs que des regrets. » Guylaine Tremblay ne peut répondre quand on la questionne sur son rôle préféré. Ce serait comme choisir son enfant préféré.

« Souvent, il y a des personnages qui sont rendus plus loin que toi dans la vie et qui t’aident à comprendre des choses. Parfois c’est l’inverse. Je les aime mes personnages. Même Caro (La Petite Vie), elle m’apprend que cette espèce d’intensité n’a pas d’âge, qu’il faut la conserver. Je suis contente de toutes les femmes que j’ai eu la chance d’être », a-t-elle énoncé. Concernant ses projets à venir, la comédienne tourne actuellement dans des sketches du prochain Bye Bye. Mais ensuite, c’est un peu le néant. « Après l’hiver, je ne sais pas ce qui arrivera. Il y aura du théâtre en avril 2025, mais c’est loin. Il y a des affaires qui se parlent. À cause de la pandémie, plusieurs trucs ont été mis sur la glace. Mais la vie est plus surprenante que ce que l’on peut imaginer. Je n’ai pas d’angoisse », a-t-elle conclu, tout en invitant les gens à croire en eux, à tenir le coup, à persister quoi qu’il arrive.