Meurtre de Renée Vaudreuil : Robert Godbout en attente d’une décision du tribunal

Faute de salle disponible à Victoriaville, la cause a été plaidée, mardi avant-midi, au palais de justice de Shawinigan devant le juge Raymond W. Pronovost de la Cour supérieure du Québec. Robert Godbout, condamné à la prison à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle avant 25 ans pour le sordide meurtre de Renée Vaudreuil en janvier 2008 à Saint-Rémi-de-Tingwick, souhaite une réduction du délai d’admissibilité à une libération.

Ce qui n’est pas chose faite cependant. Le juge Pronovost, après avoir entendu les parties, doit déterminer si les éléments soulevés, si les différents critères sont atteints pour justifier que la demande soit analysée par un jury de 12 personnes qui doit en arriver à une décision unanime. Par la suite, la décision ultime revient à la Commission des libérations conditionnelles du Canada. Le juge Pronovost a pris l’affaire en délibéré. Comme il doit prendre sa retraite en juillet, a-t-il dit, il rendra sa décision d’ici là.

L’audience

D’une durée d’un peu moins de trois heures, excluant une pause d’une vingtaine de minutes, l’audience a pris son envol avec Anne-Marie et Émilie, deux des quatre enfants de Renée Vaudreuil, directrice générale de la Municipalité de Saint-Rémi-de-Tingwick tuée à son travail à l’intérieur du bureau municipal. Avec émotions, les deux femmes ont procédé à la lecture des lettres qu’elles ont écrites.

“Le 14 janvier 2008 est une journée que jamais je n’aurais voulu vivre où mon monde s’est écroulé. Il n’est pas normal de perdre sa maman, le pilier de toute la famille, de cette façon, a exprimé Anne-Marie. J’étais révoltée de ne pas comprendre, dévastée par le vide qui s’installait. Aujourd’hui, la douleur de son absence dans les moments les plus marquants de ma vie reste vive. Elle m’a été arrachée alors qu’elle faisait simplement son travail. Seize ans plus tard, ce vide en moi reste très présent. C’est pourquoi je m’oppose fermement à la demande de l’homme qui a enlevé la vie d’une mère de quatre enfants de façon si violente et qui n’a jamais été capable d’assumer ses actes. Aujourd’hui, je suis encore bouleversée, mais ma mère reste ma force, mon intégrité et ma fierté.”

Pour Émilie aussi tout a basculé le 14 janvier 2008 alors qu’elle revenait de l’école. Une amie lui a appris par téléphone la mort de sa maman dans des circonstances violentes. “J’avais seulement 16 ans, j’étais une adolescente en apprentissage de la vie vers l’âge adulte. J’ai perdu tous mes repères, ma boussole, celle qui me guidait et me rassurait quand j’en avais besoin, a-t-elle confié. J’aurais tant aimé revenir en arrière pour avoir la chance de lui dire à quel point elle était une bonne mère et combien je l’aime. Son absence est insupportable dans les moments qui devraient être les plus heureux de ma vie, mon mariage, la naissance de mes filles, elle n’était pas là. Elle aurait dû. J’avais besoin d’aide et elle m’a été enlevée. Ce que j’ai perdu ne pourra jamais être réparé.”

Par la suite, chacune des parties a fait valoir ses arguments, à commencer par Me Cynthia Chénier représentant Robert Godbout. Différents documents, des rapports ont été présentés. On y a fait état de l’enfance difficile de Robert Godbout, de son parcours scolaire, des emplois qu’il a occupés, de ses antécédents criminels et de certains problèmes de santé. On a fait également mention de son parcours carcéral, des établissements qu’il a fréquentés, Donnacona, Drummondville, notamment. Il est actuellement détenu à Cowansville.

L’avocate a soulevé certains passages de rapports indiquant que Robert Godbout a toujours nié les faits jusqu’en septembre 2019. Puis, il se serait montré émotif pour une première fois lorsque le sujet du crime a été abordé. Il aurait admis ressentir de la tristesse parce qu’il disait connaître la victime et qu’elle ne méritait pas ça. Il aurait admis avoir commis le délit en raison de son entêtement et de la rage accumulée et aurait précisé que si le maire avait été présent, il y aurait passé aussi.

En 2020, en approfondissant sa réflexion, Robert Godbout aurait reconnu avoir ressenti de forts sentiments d’injustice, de colère et un désir de vengeance, se sentant de plus en plus persécuté, reconnaissant avoir fait preuve d’un geste d’une ultime violence en tuant sa victime. Mais en 2026, il aurait avancé l’hypothèse d’une tierce personne sur les lieux du crime qui aurait joué un rôle actif dans les événements.

Me Chénier, évoquant un rapport, a souligné que Robert Godbout aurait admis s’être présenté au bureau municipal avec un fusil de calibre .12 chargé d’une seule cartouche dans le but de faire peur au maire. Mais selon lui, le coup de feu serait parti tout seul lorsque la victime se dirigeait vers lui. Quant à l’incendie, il en nierait être l’auteur. L’avocate a fait valoir que le prisonnier s’est investi de manière sérieuse dans les programmes avec un engagement réel.

Il dit avoir travaillé sur son impulsivité, avoir pris conscience de la nécessité de modifier profondément ses comportements. Le fait d’avoir un suivi psychologique lui aurait permis d’améliorer la gestion de ses émotions, dont son anxiété. Au cours des années, il a su privilégier des moyens alternatifs pour résoudre les difficultés. Il aurait démontré une volonté d’utiliser le dialogue et identifié des moyens appropriés pour faire face aux difficultés, a souligné l’avocate.

Robert Godbout motive sa demande en soutenant que les services correctionnels lui ont permis de changer considérablement et de comprendre ses comportements délinquants de façon à améliorer son comportement par la conscientisation de ses lacunes. Il a bénéficié de tous les acquis de programmes disponibles en institution. Ainsi, à la suite de son cheminement, il affirme ne plus être une personne violente et ne plus représenter un danger pour la société.

Me Chénier, évoquant la jurisprudence, a souligné qu’il est possible d’accéder à la demande même s’il y a encore place à l’amélioration et même si la reconnaissance du délit apparaît souvent de manière graduelle après une condamnation. “Avec M. Godbout, on est passé d’un homme qui nie, qui nie un peu et qui éventuellement reconnaît de plus en plus”, a-t-elle signalé. Cette possibilité qu’offre le Code criminel, a précisé l’avocate, constitue un espoir que les gens puissent changer, que les prisonniers puissent être réformés, que de tels efforts doivent être encouragés et récompensés.

Le ministère public

D’entrée de jeu, Me Julien Beauchamp-Laliberté, le représentant du ministère public, a fait valoir que si Robert Godbout se conforme à sa peine, il commence seulement à se responsabiliser, selon lui. Des changements significatifs doivent apparaître dans la situation du requérant pour qu’on puisse songer à une peine moins sévère, à une forme de clémence, a-t-il soulevé. Il faut aussi qu’il y ait une probabilité marquée qu’un jury décide unanimement de réduire entièrement ou partiellement le délai préalable à la libération conditionnelle.

Même si Robert Godbout s’est investi de manière sérieuse et engagé dans différents programmes, les autorités, note le procureur, l’invitent à s’ouvrir davantage pour approfondir sa réflexion. Me Beauchamp-Laliberté a observé que les conclusions en matière d’évaluation du risque de récidive, de faible à modéré, demeurent les mêmes en 2026 qu’en 2023. L’avocat estime aussi que les 12 condamnations entre 1975 et 1995, dont sept pour des infractions avec violence, militent pour le maintien de Robert Godbout en incarcération.

Le procureur a aussi mis en lumière la gravité du crime commis en janvier 2008. “Un crime motivé par la haine du délinquant. En s’attaquant à l’administration municipale, il s’est aussi attaqué au système démocratique de notre société. Il voulait initialement tuer un maire élu, mais il n’y était pas. Il a choisi délibérément de tuer une personne qui n’était pas directement reliée au conflit qu’il avait. Il a non seulement commis un meurtre sordide, mais il a enlevé la vie à une personne qui exerçait ses fonctions professionnelles dans le cadre du système démocratique”, a plaidé Me Beauchamp-Laliberté. Selon lui, la gravité du geste milite pour le maintien en détention.

Quant à la responsabilisation de Robert Godbout, le procureur soutient qu’elle a varié jusqu’à récemment. “L’ensemble des faits démontre que le délinquant ne s’est pas réellement responsabilisé en regard du crime qu’il a commis. Clairement, on n’est pas dans un cas flagrant de réhabilitation, de responsabilisation”, a-t-il dit, ajoutant qu’il n’a fait ressortir “aucun changement significatif qui serait survenu dans sa situation pour justifier une peine moins sévère”.

En conclusion, Me Beauchamp-Laliberté ne croit pas qu’un jury accepterait la requête. “Il n’y a pas de probabilité marquée qu’un jury décide unanimement de réduire le délai d’admissibilité à une libération conditionnelle. Il est plus probable qu’un ou plusieurs membres du jury décident que le délinquant doive continuer de purger sa peine en considérant les circonstances du crime, le caractère du délinquant, sa démarche de réhabilitation peu avancée et l’absence de plan concret de libération permettant de démontrer une gestion acceptable du risque”, a-t-il conclu.