Élections au Canada : les bulletins de vote resteront en papier

Élections au Canada : les bulletins de vote resteront en papier

Crédit photo : depositphotos

Face à la menace de plus en plus grande de cyberattaques pendant des élections au Canada, les Canadiens peuvent se rassurer en se disant que les scrutins au pays se déroulent selon l’ancienne méthode.

Le Canada n’est pas à l’abri des méfaits visant à diminuer le nombre d’électeurs qui se déplacent pour aller voter ou à manipuler comment ils votent. Mais une fois que les bulletins de vote sont remplis, même l’attaque la plus sophistiquée ne pourrait pas influencer les résultats.

C’est que le Canada se fie encore aux traditionnels bulletins de vote en papier, qui sont remplis à la main par les électeurs et comptés à la main dans les quelque 25 000 bureaux de vote au Canada, sous l’oeil attentif des scrutateurs de chaque parti politique.

Marc Mayrand, l’ancien directeur général des élections du Canada, souligne qu’il s’agit d’un système «hautement décentralisé» basé sur le papier, ce qui est pratique pour contre-vérifier après coup.

M. Mayrand, qui a pris sa retraite il y a un an, reconnaît qu’il pourrait y avoir des problèmes dans la transmission des résultats, qui pourraient également être trafiqués sur le web. Mais il est toujours possible d’aller vérifier le papier, peu importe ce qui se passe sur la toile, nuance-t-il.

On ne peut pas dire la même chose d’autres pays qui ont été la cible de cyberattaques pendant leurs élections, dont les États-Unis.

Plusieurs villes canadiennes se sont montrées toutefois plus enthousiastes à implanter plus de technologie dans le processus de vote, ce qui les rend plus vulnérables aux cyberattaques, selon Marc Mayrand.

La ministre des Institutions démocratiques, Karina Gould, a affirmé que les experts en matière de sécurité recommandaient de conserver la manière traditionnelle de voter aux élections canadiennes «en raison de la fiabilité des bulletins de vote en papier».

Toutefois, il s’agit d’une maigre consolation lorsqu’on considère que les électeurs pourraient être influencés avant de voter — et qu’ils pourraient ne même pas se rendre au bureau de scrutin.

L’épisode des appels automatisés

Jusqu’ici, le seul réel méfait au Canada a été commis lorsque des appels automatisés ont été diffusés en 2011 pendant l’élection fédérale. Des milliers d’électeurs dans près de 250 circonscriptions au pays disaient avoir reçu un message automatisé pour les informer, faussement, que le lieu de leur bureau de scrutin avait changé.

Un employé conservateur, qui a toujours clamé son innocence, a éventuellement été condamné pour avoir utilisé ce stratagème dans une circonscription ontarienne.

«Je ne vais pas le cacher. L’incident des appels automatisés nous a ouvert les yeux. Comme nous l’avons appris de l’incident des appels automatisés, la technologie est très peu coûteuse et facile à utiliser pour manipuler le processus électoral et les électeurs, dans ce cas», a expliqué M. Mayrand.

Cet événement a encouragé M. Mayrand à mettre sur pied un bureau d’intégrité au sein d’Élections Canada, dont la mission est d’identifier les tendances en matière de cyberattaques ici et ailleurs, de mesurer les risques et d’établir des procédures pour surveiller et éviter ces activités illicites.

L’agence fédérale a sans doute mis les bouchées doubles dans la foulée de l’élection présidentielle de 2016 aux États-Unis. Des responsables russes sont accusés d’avoir piraté les courriels du Parti démocrate et de l’organisation de la candidate Hillary Clinton, ainsi que les systèmes électroniques de vote dans quelque 39 États.

On reproche aussi au Kremlin d’avoir mis en place des robots sur les médias sociaux pour propager de fausses nouvelles, amplifier certains messages et aggraver les divisions et les tensions.

La Russie, qui nie les allégations, est accusée d’avoir orchestré des attaques semblables en République tchèque, en France, en Allemagne, puis au Mexique.

M. Mayrand doute que le Canada soit une cible si attrayante pour ceux qui veulent s’ingérer dans les élections étrangères. Il s’inquiète davantage d’individus qui pourraient vouloir perturber des élections seulement pour affecter la confiance qu’ont les citoyens envers leurs institutions démocratiques ou d’employés politiques qui pourraient vouloir manipuler les résultats pour avantager un parti.

Les robots présents au Québec et au Canada

Sur ce point, les robots sur le web ont déjà été présents lors des dernières campagnes.

Une étude réalisée par les professeurs de communications Fenwick McKelvey et Elizabeth Dubois, qui a été publiée en novembre dans la revue «Options politiques», a révélé que des robots avaient été utilisés pendant les élections de 2015 pour mousser la popularité de sites de nouvelles alternatifs. Des robots auraient également été utilisés en 2012 pour amplifier l’appui à la Coalition avenir Québec.

Les robots amplificateurs peuvent «gonfler le positionnement sur les médias sociaux, ainsi que tromper les journalistes, le public et les politiciens qui pourraient penser qu’un message a plus de soutien qu’il ne l’a réellement», ont écrit les chercheurs.

Avec le déclin des médias traditionnels comme première source d’information, la ministre Gould, qui est responsable de s’assurer que le système électoral soit protégé des attaques, a une autre inquiétude: que les électeurs s’abreuvent d’informations provenant seulement de ceux qui partagent leur point de vue.

«Quand on affronte le monde, on interagit en personne avec les gens qui ont vécu différentes expériences, qui ont des antécédents différents et qui ont des opinions différentes de nous. Ces individus peuvent défier nos croyances et nous influencer à penser différemment», a-t-elle indiqué.

«Mais en ligne, les algorithmes peuvent créer un filtre dans lequel nous sommes seulement exposés aux idées qui renforcent nos propres croyances.»

Les médias sociaux sont pour l’instant restés bien timides pour punir ceux qui utilisent leur plateforme pour manipuler les électeurs. Mais selon Marc Mayrand, il est temps de leur demander des comptes.

«Ils ne peuvent pas juste fonctionner sur une autoroute et ignorer tous les dangers sur cette autoroute. C’est un enjeu complexe, c’est difficile. Mais nous commençons à réaliser, je crois, que l’érosion des médias traditionnels et l’ouverture à tous types d’informations, non filtrées, sans entrave, doivent être considérées», a-t-il soutenu.

«Si vous fournissez un véhicule pour commettre un crime, je ne crois pas que vous devriez être libre de toute accusation.»

L’an dernier, l’Allemagne a présenté une loi qui obligerait les géants des médias sociaux à retirer rapidement le contenu criminel et les fausses nouvelles qui incitent à la haine, sans quoi ils feraient face à des amendes de plusieurs millions de dollars.

Mme Gould n’a pas précisé si le Canada adoptera la même approche. «Nous devons faire l’équilibre entre le droit des individus à la liberté d’expression avec le droit individuel à ne pas être induit en erreur et à faire prendre des décisions par eux-mêmes», a-t-elle déclaré.

Les partis politiques plus contrôlés?

M. Mayrand croit également qu’il serait temps que les partis politiques soient soumis aux mêmes normes juridiques que toutes les entreprises privées concernant la collecte, l’utilisation et la protection des données personnelles.

Sur ce point, la ministre Gould semble vouloir laisser les partis se réguler eux-mêmes, bien qu’elle ait organisé des rencontres entre le Centre de la sécurité des télécommunications (CST) et les formations politiques, afin de leur donner des conseils pour éviter toute cyberattaque.

«Aucun parti ne veut être responsable d’un vol de données. C’est dans leur meilleur intérêt de protéger les données qu’ils ont et de les utiliser de façon responsable», a-t-elle indiqué.

Dans un document publié au mois de juin sur les risques de cyberattaques lors des élections canadiennes, le CST a déclaré que les partis politiques, les politiciens eux-mêmes et les médias étaient les plus vulnérables.

L’agence avait conclu qu’il y avait eu des cyberattaques modestes et non sophistiquées lors des élections de 2015. Celles-ci n’auraient pas eu d’impact réel, mais le CST a prévenu que d’autres attaques plus élaborées pourraient survenir au prochain scrutin en 2019.

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