Un câlleur en résidence
Le câlleur victoriavillois Ghislain Jutras a récemment complété une résidence du côté du pavillon du Boisé-des-Frères-du-Sacré-Cœur de Victoriaville. Une occasion pour lui d’expliquer ce métier inhabituel qu’il a choisi, mais aussi de créer des phrases qu’il pourra utiliser lors de ses prochaines soirées.
Rencontré sur les lieux, qu’il avait garnis de panneaux explicatifs, mais également d’un tourne-disque ancien avec quelques 33 tours et même des cassettes 8 pistes, sans oublier quelques indications sur le sol pour bien expliquer les différentes danses traditionnelles (dont le plus connu set carré), Ghislain a voulu explorer afin de trouver de nouvelles phrases d’appel à utiliser pour la danse.
Le câlleur, indispensable pour les soirées de danse Trad, est un peu méconnu de nos jours, mais il fait partie de la tradition québécoise. C’est un art que de diriger des danseurs afin qu’ils découvrent et puissent interpréter des danses traditionnelles.
D’ailleurs, si Ghislain arrive à vivre de cette fonction depuis trois ans maintenant, ce ne sont pas tous les câlleurs qui ont ce privilège. En fait, ils ne sont pas très nombreux. En effet, l’organisme Danse Trad Québec a fait un sondage il y a quelque temps. Celui-ci relève que sur 250 personnes interrogées dans le domaine du Trad, environ 50 d’entre elles disaient avoir câllé une fois par année. “De ce nombre, une dizaine le font régulièrement et moins de trois en vivent”, a-t-il indiqué.
Si de son côté, il parvient à en tirer des revenus, il doit toutefois faire le tour du Québec et même aller en France où il est d’ailleurs bien exotique avec ses “Swing la bacaisse dans le fond de la boîte à bois”, faut-il le préciser. Cela ne l’empêche pas de poursuivre dans ce domaine qui semble le passionner et tenter d’amener des nouveautés dans cet espace d’expression peu investi que certains ont décrit comme le “rap traditionnel québécois”.
Ghislain Jutras veut aussi amener du contemporain dans ses câlls. Il est d’ailleurs parvenu, au cours de sa résidence, à élaborer quelques phrases, seul ou accompagné de visiteurs qu’il n’a pas hésité à faire entrer dans son univers méconnu. “On peut créer des phrasés en lien avec l’histoire ou le territoire”, souligne-t-il. Il n’hésite pas non plus à utiliser de vieilles “parlures”, comme il le dit lui-même, question de les garder dans la mémoire collective. L’artiste du câll ose aussi y aller dans l’actualité. À preuve, il propose désormais un “Swing ton écran dans le fond de la boîte à gants, swing ton téléphone et vient te faire du fun”.
Il a découvert sa passion pour les danses traditionnelles en même temps qu’il a fait connaissance avec l’agriculture alors qu’il a travaillé dans une ferme à l’âge de 12 ans. Le producteur agricole qui l’avait accueilli était aussi, à ses heures, un câlleur. C’est par imitation et par imprégnation, comme Ghislain aime le dire, qu’il a appris. “Dix ans plus tard alors que j’étudiais l’agronomie à l’Université Laval, j’ai rencontré d’autres adeptes de musique Trad et nous avons formé un groupe. J’ai alors pris le “lead” de câller”, se souvient-il.
Depuis, son art s’est élaboré et aujourd’hui il l’enseigne même à d’autres. Ceux qui souhaitent découvrir les résultats de sa résidence d’artiste pourront le voir à l’œuvre lors de la dernière présentation des Veillées d’Arthabaska de l’année qui aura lieu le 15 novembre à Saint-Albert. Aucune expérience n’est requise pour y participer puisque Ghislain se fait toujours un devoir de bien expliquer les pas afin que tous passent une belle soirée.
