Projet Samoht : l’intrigante installation de Gabriel Mondor
Jusqu’au 8 mars, il ne faut pas manquer d’aller vivre le Projet Samoht, l’installation multimédia et artistique présentée au Centre d’art Jacques-et-Michel-Auger du Carré 150 de Victoriaville par Gabriel Mondor.
C’est à une expérience immersive que sont ainsi conviés les visiteurs afin de découvrir les témoignages de 63 personnes qui ont participé à une visite, en 2020, d’une montagne de neige (maintenant disparue) dont l’intérieur était rempli de contenu sensoriel et autres. À la suite de ces visites, dont les paramètres étaient stricts (entre une seule fois dans la montagne et y rester le temps désiré ou vivre l’expérience sans appareil d’enregistrement), Gabriel a recueilli en trois temps (après une journée, une semaine et un mois suivant la visite) les témoignages des participants.
Les visiteurs qui entrent ainsi dans la salle d’exposition doivent choisir une des trois stations vidéographiques qui diffusent simultanément et en continu les témoignages en question. On y voit en grandeur réelle et y entend ces 63 personnes qui cumulent, avec leur récit de mémoire, près de 4 heures de matériel.
Les gens doivent donc se fier à ces témoins et leurs explications afin de dresser une image de l’intérieur de ce monticule mystérieux (qui n’a fait l’objet d’aucune documentation visuelle). Ceux-ci y vont avec leur vocabulaire, leur ressenti, leur expérience pour faire un portrait selon leur perspective de ce qu’ils ont vu et vécu lors de leur visite. “Ils témoignent à partir de leurs souvenirs. C’est de la transmission orale”, a indiqué l’artiste rencontré sur place.
Certains optent pour expliquer dans le détail ce qu’ils ont vu, dressant une image du lieu alors que d’autres y vont davantage avec des souvenirs évoqués par certains objets découverts dans le lieu ou encore des odeurs qu’ils tentent de partager. “J’ai été touché de voir à quel point ceux qui ont témoigné ont été généreux et authentiques”, a-t-il apprécié. Des témoignages sont très élaborés, voire méthodiques, alors que d’autres sont assez courts. C’est au visiteur de choisir la station de son choix et d’accueillir le partage de l’autre.
Il faut donc s’ouvrir aux gens qui se retrouvent devant nous, lors de cette exposition afin de se faire une idée de ce qui se tramait dans cette montagne de neige, qui est d’ailleurs représentée en grand format au fond de la salle. Tout cela fait en sorte que chaque personne qui entre pour cette exposition vit une expérience différente puisque les témoignages changent constamment. Un visiteur pourra découvrir ou choisir certains éléments qu’un autre n’aura pas eu la chance d’entendre. “On travaille aussi un muscle qu’on ne travaille pas assez : l’ouverture d’esprit”, note-t-il.
Le Projet Samoht se veut également un questionnement sur l’œuvre d’art. “C’est quoi? C’est ce qu’il y avait dans la montagne de neige, ce que les gens en disent ou ce que le public vit à travers?”, interroge-t-il. Ce projet, qui est en fait celui de synthèse de son baccalauréat réalisé à l’UQTR (victime de la pandémie) et son premier à titre d’artiste diplômé, aborde le sujet de la fabrication de la mémoire, mais également de la perception et, bien entendu, la transmission orale. Il a été modifié et amélioré (notamment avec les douches sonores) avec le temps pour devenir ce qui est actuellement présenté à Victoriaville.
Et pour ceux qui se demandent ce que signifie le titre du projet, Samoht, il s’agit simplement de l’anagramme du nom Thomas, l’apôtre qui demandait à voir pour croire. Dans l’exposition, impossible de voir de ses propres yeux, il faut croire et se faire une image du lieu décrit, simplement selon ce qu’on choisit d’entendre. Son travail, qui sort de l’ordinaire, a déjà remporté différents prix et cette exposition a été proposée jusqu’à maintenant à Trois-Rivières, Rimouski et Val-d’Or. Après Victoriaville, il ira à Mont-Laurier.
