Ondes, oracles et objets cachés en exposition au CAJEMA
Le Centre d’art Jacques-et-Michel-Auger du Carré 150 (CAJEMA) propose, du 26 mars au 25 avril, l’exposition de la Taïwanaise d’origine Yen-Chao Lin intitulée Ondes, oracles et objets cachés.
C’est la directrice du CAJEMA, Alexandra Tourigny-Fleury, qui agit à titre de commissaire pour cette exposition. En l’absence de l’artiste qui habite Montréal, mais qui est en résidence de six mois à Londres, c’est elle qui a procédé à l’installation de ce triptyque de la radiesthésie.
Alexandra explique donc que l’exposition propose trois installations. Une première est formée de ces deux ondes superposées. Une deuxième formée de pièces d’un sou écrasées et l’autre faite d’acier émaillé en noir s’intitule As above so bellow. La seconde installation, au fond de la galerie, porte le titre de Paradis anonyme et est également réalisée à partir de sous noirs émaillés, cette fois de différentes teintes pâles, posés sur un grand panneau. “Et la troisième, nous sommes très contents de l’avoir puisqu’elle a été empruntée au Musée d’art contemporain à Montréal. Elle complète le Triptyque de la radiesthésie”, précise Alexandra.
Cette troisième œuvre est constituée de moulages de paires de mains dans différentes poses qui tiennent une baguette. On y retrouve aussi la réplique d’un bol et des baguettes que la grand-mère de l’artiste utilisait pour communiquer avec les défunts. “On est encore dans l’instinct, la sensibilité, la perception, l’invisible et le mystère”, note la commissaire.
Il convient de préciser que la radiesthésie (ou hydromancie) est cette pseudoscience des sourciers qui trouvaient dans les villages les sources souterraines afin d’y creuser des puits. “C’est son corpus complet sur la radiesthésie, sujet auquel s’intéresse l’artiste depuis plusieurs années”, ajoute la commissaire.
Les trois œuvres traitent ainsi de ce sujet. “C’est la perception des choses qu’on ne voit pas. Laisser notre instinct, notre sensibilisé, notre intuition guider le fait de capter des ondes ou radiations”, explique-t-elle.
Le thème permet à l’artiste d’aborder le lien avec le territoire, aux ressources exploitables. Il rappelle aussi qu’avec les outils plus technologiques, les humains ont peut-être perdu la manière de prendre soin du territoire, son sens. Si avant il fallait marcher, ressentir afin de trouver une source d’eau (et de vie), cela amenait à en prendre soin. “En délaissant cette pseudoscience, la radiesthésie se veut un commentaire plus large sur la perte de l’intuition, de la lenteur et avec notre lien affectif à l’environnement, ce qui a permis davantage de dérives.
Dès qu’on met les pieds dans la salle d’exposition, le flottement des œuvres impressionne. Les deux vagues semblent suspendues dans le vide, tout comme les mains. Cela donne une ambiance mystérieuse et invite à réfléchir aux “effets de l’héritage colonial sur l’intuition et l’identité ainsi qu’aux enjeux éthiques propres à l’extraction sans limites des ressources naturelles et à la crise climatique”, comme on peut le lire dans le descriptif de l’exposition.
Plusieurs autres significations s’ajoutent à cette exposition qui utilise une méthodologie créative comme savoir alternatif. Parmi eux, il y a le train, qui a été construit pour le transport des matières premières à travers le Canada, mais qui représenta aussi l’exploitation des travailleurs chinois et dont les rails ont été utilisés pour écraser les sous noirs en cuivre. Bref, plusieurs réflexions sur l’utilisation du territoire et des ressources qui s’y trouvent.
Un atelier inspiré de cette exposition sera proposé le 18 avril.
