Le Journal des anonymes : poèmes et nouvelles inspirés de photos trouvées au hasard
Couple dans la vie depuis presque 25 ans, la romancière Maureen Martineau et le poète Jean-Guy Lachance signent un premier projet commun. Le Journal des anonymes, qu’ils ont fait imprimer à 3000 copies, sera bientôt disponible dans les cafés et bibliothèques municipales de la région.
Rencontré pour discuter de ce projet qui a bénéficié d’une bourse du CALQ (dans le cadre du programme territorial du Centre-du-Québec et en partenariat avec la MRC d’Arthabaska), le couple résidant à Tingwick a expliqué qu’il a été inspiré par ces photos anonymes qu’on retrouve souvent dans les ventes de garage, les brocantes ou les archives historiques. “Nous écrivons tous les deux et nous n’avions jamais réalisé un projet commun”, explique Jean-Guy.
Et puisque ces projets de couple ou familiaux sont de plus en plus acceptés dans le milieu culturel, ils se sont lancés dans l’aventure. “Nous cherchions une idée et puisque je tombe souvent sur des photos abandonnées dans les brocantes, sans nom, je trouvais ça triste et je voulais leur rendre hommage”, confie-t-il. Le duo a donc décidé, à partir d’une cinquantaine de photos choisies parmi plusieurs, de mettre en lumière ces personnes sans identité, provenant de la région et œuvrant dans différents domaines.
Cela donne donc en même temps une idée de la vie dans les Bois-Francs dans les années allant environ de 1920 à 1960. “Nous avons mêlé nos univers. Jean-Guy a écrit des poèmes et moi des nouvelles, et ce, à partir des mêmes sources d’inspiration”, ajoute Maureen. Tout cela réuni dans un journal imprimé en noir et blanc, un médium qui rappelle aussi une époque et qui a paradoxalement permis aux créateurs de découvrir un nouveau canevas.
Des vies oubliées
Aujourd’hui, alors que la majorité des gens gardent leurs photographies sur leur téléphone, plusieurs clichés en papier se retrouvent abandonnés et c’est ainsi que se perd une part importante de l’histoire des familles aussi. C’est pour garder une trace du passage de ces gens que Maureen et Jean-Guy ont réalisé cette publication. D’ailleurs, ils confient qu’ils ont eux-mêmes des photos dont ils ne savent pas trop quel sera le destin et qu’ils sont ainsi de futurs anonymes (on peut les voir sur des photos présentées dans le journal). “Il y a deux nouvelles qui sont plus personnelles”, indique Maureen Martineau.
“C’est un peu un hommage au passé”, signale Jean-Guy. Les photos d’époque représentent des moments de vie importants et, dans certains cas, des événements rarement croqués sur le vif, comme un enterrement ou encore des soldats (élèves aviateurs) au repos qu’on peut voir dans la publication qui sera lancée au mois de juillet et distribuée au même moment.
De belles photos donc, de lieux que plusieurs connaissent ou ont connus comme le Café Anselme, la boulangerie Charland ou la gare de Victoriaville. Mais aussi des moments de vacances, la vie au chantier ou à la ferme, en ski ou à la pêche. “Les photos rendent hommage tout comme les mots qui témoignent, rendent compte et, à la limite, prennent soin”, note le poète.
Ces trésors de famille sont ainsi mis de l’avant dans ce journal où dans le temps, comme le dit Maureen, on mettait en une les maires et curés alors que les gens ordinaires étaient absents. Un clin d’œil à cet anonymat qui est, grâce à eux, mis à la une.
Ce Journal des anonymes se veut également un bon moyen de rejoindre un grand public qui pourra ainsi découvrir la poésie de Jean-Guy Lachance et les nouvelles de Maureen Martineau. Un médium accessible de 28 pages qui contient ainsi 20 poèmes et 3 nouvelles. Une œuvre commune qui marie deux genres littéraires différents, mais qui se complètent harmonieusement.
Pour réaliser ce projet, le couple a bénéficié notamment de la collaboration de Raymond Tardif (ancien journaliste) et de Gaétan Morin de la Société d’histoire et de généalogie de Victoriaville. Isabelle Vallerand, de son côté, a su mettre en valeur les mots et les photos du journal par son travail graphique.
