Denis Houle : “Victo reste dans mon cœur”
C’est véritablement à Victoriaville que le comédien Denis Houle a développé ses talents artistiques. Et même s’il n’habite plus la région depuis plusieurs années, il demeure très attaché à ses racines.
Celui que plusieurs connaissent pour son mythique et coloré personnage de M. Craquepoutte qui a fait les beaux jours de l’émission de télévision Toc Toc Toc, enregistrée au début des années 2000, revient sur ses débuts dans les Bois-Francs et sur sa carrière. Celle-ci, d’ailleurs, l’a ramené récemment du côté du Carré 150 de Victoriaville puisqu’il interprète, dans la pièce de théâtre Les Boys, le personnage de Fern.
Un rôle qu’il apprécie particulièrement puisqu’il lui permet de vivre une belle tournée en gang. Parce qu’en fait, malgré plusieurs rôles à la télévision, au cinéma et au théâtre, Denis Houle demeure un gars d’équipe, mais discret. “Le show est alors réparti sur plusieurs personnes et ça fait bien mon affaire”, confie-t-il d’entrée de jeu.
Ses débuts
Natif de Saint-Rosaire, sa famille a déménagé à Victoriaville alors qu’il avait 5 ans. “Tout a débuté à Victo”, lance-t-il. Denis raconte que sa carrière à commencé ici, dans la région. “À la fin des années 70, on avait construit un théâtre (un chapiteau) derrière le Musée Laurier. Nous étions une petite gang qui aimait jouer. Nous avions tous fait des petits spectacles à la polyvalente et au cégep”, raconte-t-il. Sont ainsi nés deux spectacles, appuyés par Laurence Farley qui était alors à la tête du musée. “Elle nous a ouvert les portes et nous avons joué deux soirs seulement, mais attiré 400 personnes par spectacle”, se souvient-il.
Et même s’il n’a pas souvent la chance de revenir dans le coin, il prend toujours le temps de passer devant son ancienne maison, rue de l’Aqueduc, devant le Cégep de Victoriaville et de marcher au centre-ville lorsqu’il y passe. “Victo reste dans mon cœur”, exprime-t-il.
Denis Houle, comme il le raconte, est un touche-à-tout et même s’il adorait être sur scène ou devant la caméra dès son jeune âge, sa véritable carrière artistique a commencé sur le tard, soit vers 45 ans. “Entre 20 et 30 ans, ce n’était pas clair pour moi que je ferais ce métier-là”, fait-il savoir en ajoutant que sa mère y croyait, son père moins. “J’ai été chanceux, le téléphone sonnait”, explique-t-il. Et bien qu’il n’ait pas fait l’école de théâtre, ayant étudié le cinéma et la publicité, il s’est retrouvé dans ce domaine qu’il aime encore aujourd’hui.
Son apprentissage s’est aussi fait du côté du théâtre Parminou de Victoriaville dans les années 90 où il a travaillé pendant 10 ans. “Ç’a été une très belle école. On faisait des shows qui me convenaient absolument. C’était vraiment le fun d’aller jouer dans les usines, dans les places où la plupart des gens n’avaient jamais vu de théâtre”, note le comédien. En parallèle, il faisait aussi partie de la défunte Troupe à Wilfrid. “Victo, c’est où tout s’est passé entre 20 et 35 ans jusqu’à ce que j’aie plus de travail à Montréal”, précise-t-il.
Craquepoutte
Parmi ses rôles marquants, on ne peut en faire abstraction, il y a ce M. Craquepoutte qui lui colle encore à la peau, ce qui ne le dérange pas du tout, bien au contraire. Le public de cette émission pour enfant est désormais âgé d’environ 20 ans et plusieurs l’abordent toujours avec le nom de ce personnage. “Ç’a été une aventure extraordinaire qui a duré 8 ans et 525 épisodes. C’était du bonheur total”, se souvient-il.
Et même s’il est rendu ailleurs dans sa carrière aujourd’hui lorsqu’il sort, ce qu’il ne fait pas si souvent, on le reconnaît encore pour M. Craquepoutte. Ça lui est notamment arrivé avec la tournée actuelle, du côté de Chicoutimi où des jeunes l’ont reconnu dans un bar. “Une dose d’amour assez intense”, apprécie-t-il. Cette émission, il faut le préciser, a marqué une génération entière.
Aujourd’hui, Denis Houle ressort de temps en temps, notamment pour ses petits-enfants, le personnage dont il a conservé le costume. Son petit-fils de 4 ans, pour qui il a incarné le personnage il y a quelque temps, ne l’a jamais reconnu ainsi vêtu.
Ce rôle marquant, il l’a obtenu à l’âge de 45 ans alors qu’il était à un tournant de sa vie et s’interrogeait sur la suite. Jusqu’alors, il obtenait des petits rôles dans différents projets sans pouvoir véritablement en vivre. Il avait confiance qu’il pourrait faire autre chose. Mais est arrivée cette audition pour M. Craquepoutte et en lisant le texte, qui lui correspondait entièrement, il s’est alors dit que s’il n’obtenait pas ce rôle, il fermait les livres… Heureusement, il l’a obtenu et à la suite de cette émission, les choses ont déboulé jusqu’à aujourd’hui.
Il a tenu plusieurs rôles au cinéma, théâtre et télévision et a même tourné un spectacle d’humour qu’il présentait seul, dans les bars. “Avec le recul, je me rends compte que c’était un show moyen et que j’étais mal entouré”, explique-t-il en ajoutant qu’il lui manquait aussi, à ce moment, l’esprit d’équipe si important pour lui.
Dans un autre ordre d’idées et pour s’assurer des revenus, il a même démarré, avec sa conjointe et ses deux filles en 1992, une cabane à sucre mobile qu’il a opéré pendant 28 ans. “On faisait de la tire sur la neige un peu partout aux alentours de Montréal et dans les villes avoisinantes ce qui faisait un revenu d’appoint”, raconte-t-il. Mais cette entreprise lui offrait quelque chose de tout à fait différent pour lui et qu’il appréciait. “Ça me faisait du bien, ça remplaçait le psychologue”, compare-t-il.
“Je n’ai pas à me plaindre, j’ai de beaux rôles et plein de belles choses arrivent pour moi. Ce qui est le plus dommage, c’est que tout a commencé tard”, note-t-il. Denis Houle se considère chanceux de pouvoir vivre de son art, mais il reconnaît que pour les jeunes actuellement les choses ne sont pas faciles et il n’est pas sûr que s’il avait 20 ans aujourd’hui, il choisirait ce métier.
Les Boys
Un autre beau cadeau de la vie aura été cette tournée avec Les Boys, un beau trip de gang comme il les aime tant. “Une équipe absolument extraordinaire. Nous sommes 12 sur scène, tous des comédiens de talent. J’ai un maudit bon billet pour voir les autres jouer”, apprécie-t-il.
En tournée depuis le début de janvier, les spectateurs sont au rendez-vous pour ce qu’il qualifie de spectacle-événement plutôt que de théâtre. “Les gens participent, ça crie, ça chante, ça donne les répliques, c’est magnifique”, indique-t-il en ajoutant qu’il est assez rare au théâtre d’avoir de telles réactions.
En plus, comme il a pu le constater, une partie de la clientèle n’a jamais été au théâtre. “Ça rejoint encore un peu le Parminou où il y a une justification à ce qu’on fait”, insiste-t-il. Une belle façon de démocratiser le théâtre.
Denis Houle est donc bien heureux de sa carrière même s’il a choisi de ralentir un peu au cours des derniers mois. Il n’a d’ailleurs pas l’intention de faire de théâtre l’été prochain, préférant prendre des vacances au lac Nicolet avec sa famille. Il sera alors tout près de ses racines victoriavilloises et ne manquera pas de venir faire un petit tour où tout a commencé pour lui.
