“Chromafils” : à la rencontre du textile et de l’informatique

Le Centre d’art Jacques-et-Michel-Auger du Carré 150 de Victoriaville propose, du 30 mai au 26 juillet, l’exposition d’Antonietta Grassi intitulée “Chromafils”.

L’artiste propose une série de grands formats, des œuvres récentes et de 2022. “Ma peinture, c’est vraiment le lien entre le tissage et l’informatique”, a-t-elle expliqué alors qu’elle procédait à l’installation. Elle a rappelé que les métiers à tisser avaient inspiré les premiers ordinateurs, un lien fascinant qui stimule son travail. Sa formation de designer en textiles vient aussi teinter, on l’aura deviné, ses œuvres artistiques. “Je m’intéresse aussi à l’histoire de la technologie analogue”, ajoute-t-elle.

C’est donc en mariant ses intérêts qu’elle peint. Ses œuvres créées intuitivement, fascinent par les détails qu’elles proposent, faisant penser parfois à des motifs de courtepointes ou encore à des images pixelisées ou même des codes-barres. “Je ne fais pas de croquis ni de travail sur l’ordinateur. Je commence avec le canevas ou le lin belge (pour la majorité des toiles exposées)”, explique-t-elle. Pas de préparation sur la toile avant de peindre puisqu’elle souhaite mettre en valeur le tissu (le lin qui est d’ailleurs un des plus vieux matériaux dans l’histoire de la peinture, comme elle le souligne).

Ça mène à des œuvres qui, si on ne s’y attarde pas trop, semblent être faites de fils de toutes les couleurs tissés ensemble. Mais à y regarder de près, on voit que la peinture et l’encre, de même qu’une grande patience d’exécution, forment un tout cohérent. “Ça prend beaucoup de temps et c’est méditatif”, ajoute-t-elle.

Quant aux couleurs, l’artiste utilise beaucoup le rose et ses nuances, significatif pour elle. “Quand j’ai commencé à faire de la peinture abstraite, j’ai voulu une approche féminine. J’ai mis en valeur le rose et les couleurs associées aux femmes”, fait-elle valoir. Les teintes sont vives et assumées pour la majorité des œuvres de l’exposition, sauf peut-être pour celles en vitrine qui sont plus atténuées, résultant d’une résidence dans Charlevoix où le paysage était plus doux que celui de son atelier montréalais. “Je suis très influencée par mon environnement. Tous les jours, on regarde l’écran, on voit le code-barre. Et avec mon passé, avec les textiles, tout se mélange”, précise-t-elle.

Si certaines oeuvres sont accrochées aux murs du centre d’art, d’autres sont multidimensionnelles et prennent la forme de colonnes, dont les visiteurs peuvent apprécier tous les côtés. Antonietta Grassi espère que les visiteurs feront différentes associations en appréciant son travail. “Je ne veux pas imposer au spectateur ce qu’il doit penser. C’est plus intéressant quand il a sa propre interprétation”, termine-t-il.

Antonietta Grassi s’est engagée dans la pratique de la peinture abstraite pendant la majeure partie de sa carrière. Ses peintures, qui ressemblent souvent à des tissages ou à des textiles, sont composées de surfaces peintes multicouches intuitivement dérivées. Les formes qui ressemblent à des pièces de machine sont entrecoupées de lignes fines et filiformes, créant des œuvres où se heurtent le textile, l’architecture, la technologie analogique et l’histoire de la peinture abstraite. Le travail d’Antonietta Grassi adresse le rôle pionnier des femmes dans la technologie, du travail et de la lignée de l’abstraction. Elle est récipiendaire de plusieurs prix et subventions, notamment de la Fondation Guggenheim, du Conseil des arts du Canada et du Conseil des arts du Québec. Au cours de ses trente années de carrière, le travail de Grassi a été présenté dans des expositions individuelles et collectives dans des musées et des galeries au Canada, aux États-Unis, en Europe et au Moyen-Orient. Ses œuvres font partie de plusieurs collections publiques, notamment du Musée national des beaux-arts du Québec, du Musée d’art contemporain de Baie-Saint-Paul et du Conseil des arts et lettres du Québec.