Chanter pour oublier la maladie

Le Réseau Autonomie Santé (RAS), de concert avec la Société Alzheimer Centre-du-Québec, a organisé, au cours du dernier mois, des ateliers de chant à Victoriaville. Intitulés Mémoires en chantées, ils s’adressent aux personnes atteintes d’Alzheimer, mais aussi à leurs accompagnateurs. Une belle occasion de chanter ensemble et d’oublier ou de mettre de côté, quelques instants, la maladie d’Alzheimer.

Éric Sévellec, directeur général du RAS, explique que son organisme, qu’on connaît bien pour l’organisation d’activités sportives et d’aventures pour les personnes en situation de handicap, voulait élargir ses horizons. L’idée d’offrir des ateliers de chant s’est imposée après avoir vu le documentaire de Gregory Charles, Tous en chœur. Et c’est aussi tout naturellement qu’il est entré en contact avec la Société Alzheimer Centre-du-Québec, dont la directrice des services-conseils Suzie Anctil avait eu la même idée presque au même moment. “Notre but était simplement de faire chanter les gens atteints de la maladie et leur proche aidant”, explique Éric.

En partant de cette simple idée, sans gros budget, le projet s’est mis en place. Éric du RAS, accompagné de Denis Laliberté du même organisme et de Suzie Anctil de la Société Alzheimer ont fait appel à Audrey Garneau-Angers directrice musicale du Chœur Daveluy afin qu’elle propose des choristes qui seraient susceptibles, en leur nom personnel, de participer au projet. “Six ou sept ont accepté de participer”, apprécie le DG du RAS. Parmi eux, Suzanne Lainesse qui accompagne à la guitare et Lyne Desrosiers qui dirige le tout.

Le premier atelier a eu lieu le 9 avril et pour quatre jeudis consécutifs. Rencontrés récemment dans le local qu’on leur prête gracieusement, les représentants des deux organismes ont indiqué que ce projet pilote, auquel participent une dizaine de duo (la personne malade et son proche aidant qu’il s’agisse du conjoint, conjointe, ami ou enfant) connaît un réel succès.

“On commence à 13 h 15, mais je dois être là à 12 h 30 parce que les gens commencent à arriver, à discuter ensemble”, note Éric. En effet, plusieurs minutes avant le début de l’atelier, tous sont réunis, échangent, rient et racontent des histoires. De beaux moments autant de la part des participants que des bénévoles.

Tous semblent enthousiastes de chanter ensemble des airs qu’ils connaissent bien. En effet, le répertoire est constitué de grands classiques de la chanson québécoise ou francophone et même des chansons à répondre. Du Phoque en Alaska en passant par Une chance qu’on s’a ou La mer, ces chansons et leurs paroles font partie des souvenirs encore bien vivants des nouveaux choristes.

Tout le monde porte un petit carton sur son chandail, indiquant son prénom afin de faciliter les contacts, autant pour ceux qui sont atteint de la maladie que les autres. Pour les proches aidants, il s’agit d’une belle sortie qu’ils apprécient puisqu’ils participent aussi au chœur ainsi formé dans lequel sont dispersés des choristes expérimentés qui enlèvent la pression aux autres participants qui chantent peut-être un peu moins juste.

Il faut voir le sourire de tous les participants qui, grâce à la chanson, vivent des moments positifs et agréables. Les choristes bénévoles apprécient également ce moment de rencontre, comme l’indique Jean-François Lépine. “Pour moi, ça a du sens d’utiliser l’art pour toucher le cœur des gens. La musique réveille une partie d’eux-mêmes”, explique-t-il.

“L’objectif est simplement d’avoir du plaisir et de chanter. C’est une activité de loisir qui vient mettre une petite lumière dans leur vie”, estime Éric.

Gilles apporte toujours sa musique à bouche et propose, au début de la rencontre, un petit air qui met tout le monde en joie. “C’est son moment”, note encore Éric. Une autre a son violon et accompagne les choristes. Tout se fait simplement et cordialement.

Pour Suzie Anctil de la Société Alzheimer Centre-du-Québec, les ateliers de chants ont des bienfaits sur les personnes atteintes de la maladie. “Ça leur apporte beaucoup”, estime-t-elle en ajoutant que les chansons et la musique ont la capacité de raviver les souvenirs et à faire jaillir des émotions positives. La chorale devient une occasion sociale très riche pour ces gens, autant pour la personne proche aidante que pour la personne qui vit avec un trouble neurocognitif, qui bien souvent s’isole peu à peu avec l’évolution de la maladie.

Et d’avoir aussi sur place les proches aidants, qui soit dit en passant ont aussi beaucoup de plaisir à participer, permet d’avoir leur point de vue sur les impacts positifs des rencontres.

S’il s’agit d’un projet pilote, certains aimeraient bien qu’il se poursuive à l’automne. Les deux organismes ne sont pas contre une reprise à l’automne, mais aimeraient bien que les ateliers deviennent un projet de communauté que d’autres organismes pourraient porter. Même que le concept, comme le note Éric Sévellec, pourrait être exporté assez facilement dans d’autres villes. “Déjà, il y a des intéressés du côté de Thetford Mines.”