Alzheimer, une «maladie qui nous mystifie depuis plus d’un siècle»

Alzheimer, une «maladie qui nous mystifie depuis plus d’un siècle»

Dr Alain Robillard

Crédit photo : www.lanouvelle.net

Par leurs conférences, les neuropsychologue et neurologue Louis Bherer et Alain Robillard ont su capter l’attention de leur auditoire pendant un peu plus de deux heures en brossant un large portrait des connaissances et des avancées dans le domaine de la recherche sur la maladie d’Alzheimer, devenue une «véritable épidémie mondiale», a dit Dr Robillard.

«C’est une maladie qui nous mystifie depuis plus d’un siècle», a précisé ce dernier, évoquant le premier cas, celui d’Auguste D, diagnostiqué en 1906 par le docteur Alois Alzheimer.

Un peu plus de 200 personnes, des femmes en majorité, des professionnels de la santé, des proches aidants et des «aidés», ont répondu à cette invitation de la Société Alzheimer Centre-du-Québec, de la Fédération québécoise des sociétés Alzheimer et de la FADOQ Centre-du-Québec pour cette conférence publique et gratuite le jeudi soir 1er mars à la Place 4213.

Avait été aussi invité à prendre la parole l’astronaute Steve MacLean, ambassadeur de la Fédération. Mais le décès tout récent de sa belle-mère, atteinte d’Alzheimer, l’a empêché de se rendre à Victoriaville.

Les deux médecins spécialistes de la maladie d’Alzheimer et des troubles cognitifs ont su vulgariser leur conférence, «on en a l’habitude», a dit, en souriant le docteur Robillard en entrevue avec lanouvelle.net.

Par le large panorama que les chercheurs ont présenté, il y a tout autant de désespérance que de notes d’espoir.

Toujours pas de traitement

Malgré le grand nombre de recherches menées dans le domaine, malgré les progrès dans les connaissances du fonctionnement du cerveau et de l’installation de la maladie, malgré l’évolution des moyens technologiques pour confirmer un diagnostic d’Alzheimer, aucun médicament ne parvient à la traiter.

Et parmi les quatre médicaments généralement administrés aux personnes atteintes, trois ne parviennent qu’à en soulager les symptômes alors que le quatrième sert à inhiber certains comportements. La maladie d’Alzheimer exacerbe les traits de la personnalité, a répondu le docteur Robillard à une proche aidante qui se demandait pourquoi certaines personnes atteintes étaient si agressives.

Même si, pour l’instant, les médicaments ne servent qu’à atténuer les symptômes, le médecin recommande de continuer à y recourir tant que le malade a une certaine qualité de vie.

L’espoir du neurologue et chercheur clinicien de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont repose sur ces nouvelles avenues qui pourraient faire en sorte de stopper la progression de la maladie chez les gens encore fonctionnels. D’autres avenues qu’un vaccin. Évidemment, il souhaiterait aussi qu’un jour, on puisse la faire régresser, voire la prévenir.

L’activité physique

C’est le professeur au département de médecine de l’Université de Montréal et chercheur à l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal, Louis Bherer, qui a semé quelques espoirs sur les moyens de prévenir la maladie. Tout au moins de prolonger l’espérance de vie… en bonne santé.

Il est tout aussi faux de penser que le vieillissement entraîne automatiquement un vieillissement des capacités cognitives que d’imaginer que tous les garçons ont un trouble d’attention, a expliqué le chercheur.

Le cerveau est un organe complexe, a-t-il ajouté. Certaines de ses portions sont plus sensibles au vieillissement que d’autres.

Plusieurs études tendent à démontrer qu’un mode de vie sain et actif a des effets bénéfiques sur le cerveau, peut améliorer les fonctions cognitives et cela même pour les personnes présentant déjà des troubles.

«Le sport est dangereux pour les personnes âgées? Il est plus dangereux pour elles de ne pas en faire», a dit le chercheur.

Il dit qu’il n’est jamais trop tard pour bouger, pour s’adonner à l’activité physique (un combiné d’aérobie et d’exercices sollicitant les muscles), a-t-il recommandé. Il n’est pas si important d’atteindre l’objectif d’en faire 150 minutes par semaine, a-t-il ajouté; ce qui importe c’est de bouger régulièrement.

Il dit que comme on le fait pour le portefeuille de sa retraite, il faudrait penser à se doter d’un plan de retraite cérébral, d’un plan pour entretenir sa «richesse cérébrale», de miser sur des placements «diversifiés».

Ses inquiétudes quant au futur reposent sur le constat «que jamais on n’a été aussi sédentaires que maintenant, même chez les adolescents».

S’il a abordé d’autres aspects bénéfiques pour le cerveau, comme de maintenir un réseau social, il n’a pas abordé la question de l’alimentation.

En entrevue après sa conférence, il a dit que peu d’études sont menées à ce sujet, l’alimentation étant plus difficile à mesurer pour les chercheurs que la forme physique.

«Pas le droit de rester seuls»

Invitée à témoigner de sa triste expérience auprès d’un conjoint atteint de la maladie d’Alzheimer, Ginette Lavertu a imploré les proches aidants, affirmant qu’ils n’avaient «pas le droit de rester seuls».

Elle a appris le diagnostic de son mari par un coup de fil d’un médecin le 31 décembre 2013 à 8 h 15.

Mme Lavertu dit avoir «capoté», «paniqué» en l’apprenant et en feuilletant plein d’ouvrages sur le sujet à la bibliothèque. Elle a trouvé une bouée de sauvetage à la Société Alzheimer Centre-du-Québec et en l’oreille de Thérèse Houle qui y travaille à Victoriaville. Elle se souvient avoir pleuré pendant toute la première rencontre organisée avec d’autres proches aidants à la Société. Mais au moins, a-t-elle dit, elle a trouvé du réconfort dans ces rencontres auxquelles elle est restée fidèle. «Chaque cas est unique, mais j’avais fini d’être toute seule», a-t-elle poursuivi, disant que la maladie éloigne souvent la famille et les amis.

Ginette Lavertu s’est aussi adressée à ceux qui, plus éloignés, peuvent, par de toutes petites attentions, permettent aux proches aidants de «ventiler». Cette aide, il faut la demander, ce qui a été difficile pour la «petite orgueilleuse» qu’elle était. À plusieurs moments, elle dit avoir profité de moments de répit… simplement pour pleurer en paix. «Et on a prouvé que la maladie n’est pas contagieuse!»

Et plus rarement héréditaire, a confirmé le docteur Alain Robillard.

 

 

À propos du Dr Louis Bherer

Dr Louis Bherer a récemment été nommé professeur titulaire au département de médecine de l’Université de Montréal et chercheur à l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal. Il a complété une maîtrise en psychologie cognitive (Université Laval), un doctorat en neuropsychologie (Université de Montréal) et un postdoc en vieillissement et en neurosciences à l’Institut Beckman pour les sciences et technologies avancées (Université de l’Illinois à Urbana-Champaign). Avant septembre 2016, Dr Bherer a été le premier directeur scientifique du Centre PERFORM de l’Université Concordia à Montréal et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur le vieillissement et la prévention du déclin cognitif à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Son programme de recherche étudie l’effet de la stimulation cognitive, de l’activité physique et de l’exercice sur la cognition et le déclin cognitif, associés au vieillissement et aux maladies chroniques. Il est notamment appuyé par l’Institut canadien de recherche en santé, le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada et la Fondation canadienne pour l’innovation.

 

À propos du Dr Alain Robillard

Dr Robillard est diplômé en Médecine de l’Université de Montréal, il a fait sa pratique générale à l’urgence de l’Hôpital Notre-Dame durant une année, sa résidence en neurologie à l’Hôpital Notre-Dame et Maisonneuve-Rosemont, suivie d’études post doctorales en neuropsychologie sous la direction du professeur Michel Poncet du CHU La Timone de Marseille. Il est également professeur adjoint de clinique (neurologie) et actif à plein temps à la Clinique de la mémoire de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont. Dr Robillard est aussi un chercheur clinicien reconnu comme l’instigateur principal de très nombreuses études cliniques nationales et internationales sur la maladie d’Alzheimer et nouvellement administrateur au conseil d’administration de la Fédération québécoise des Sociétés Alzheimer.

 

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