Yolaine Rousseau poursuit son engagement envers le papillon monarque

Ces jours-ci la Victoriavilloise Yolaine Rousseau ne manque pas de travail. Chaque jour elle sillonne la ville et la campagne afin de sauver des œufs ou des chenilles qui deviendront des papillons monarque.

 Rencontrée chez elle, où tout son terrain a de quoi attirer ces magnifiques et indispensables insectes, Yolaine explique qu’il s’agit d’une année record pour ceux-ci. En effet si elle a trouvé ses premiers œufs le 15 juin, depuis le 14 juillet c’est l’abondance. “Jusqu’à maintenant j’ai recueilli plus de 400 œufs et chenilles, tous trouvés dans des milieux vulnérables comme des bordures de rues, des stationnements, des fossés, des plates-bandes urbaines, bref des endroits promis à la coupe ou l’arrachage”, explique-t-elle bien assise à l’ombre, tout près de sa maison à papillons ou chrysalides et chenilles bénéficient des conditions optimales pour se développer et devenir des papillons qu’elle relâche ensuite dans la nature. En fait, avec des bénévoles, elle estime que cette année, environ 2000 œufs ou chenilles pourraient être sauvés dans la municipalité alors qu’habituellement, une belle saison amène le sauvetage de 1000 insectes environ.

“Je ne fais pas d’élevage, mais bien du sauvetage et c’est la première fois que j’en observe autant en si peu de temps”, estime celle qui depuis quelques années tient des statistiques et observations précises.

Un paradoxe que d’en voir autant dans la municipalité alors que son habitat  s’estompe progressivement. “Des milliers de monarques disparaissent chaque saison sous les effets directs de l’activité humaine”, précise-t-elle.

En effet les plants d’asclépiades, indispensables pour la reproduction, sont régulièrement coupés ou arrachés, autant sur les terrains publics que privés. “Alors qu’ils poussent souvent simplement dans les allées et les fossés, sans nuire à personne”, ajoute-t-elle. À titre d’exemple, elle raconte que le 14 juillet, elle a ramassé une trentaine d’œufs dans le stationnement de La Manne à Victoriaville. Quelques jours plus tard, tous les plants d’asclépiades qui avaient accueilli les précieux œufs avaient été coupés.

Heureusement qu’elle a pu les sauver en les prenant sous son aile afin de les  mener à terme et donner son petit coup de main à cette espèce qui en a bien besoin. “Je ne suis pas contre l’entretien des terrains, mais pour une approche plus consciente. Même une coupe partielle, en laissant des bandes non coupées, peut faire une grande différence”, estime-t-elle. C’est particulièrement à partir du mois de juillet et jusqu’en septembre (alors que le papillon monarque entreprend son long périple vers le Mexique) qu’il faudrait être plus attentif aux plants d’asclépiades où pondent les femelles et qui permettent de nourrir les chenilles.

“Les coupes excessives compromettent la survie des œufs et chenilles”, déplore-t-elle. “En plus, il n’y a pas des colonies partout, il est donc facile de les contourner”, ajoute-t-elle. Mais pour cela, encore faut-il que les gens sachent reconnaître le plant et soient sensibilisés à son importance.

C’est justement ce à quoi Yolaine Rousseau s’affaire. Elle propose différentes activités, dont des conférences, et est parvenue au fil des ans grâce à l’effet papillon peut-être, à former des bénévoles qui procèdent aussi dans leur milieu, au sauvetage de l’espèce. Elle enseigne comment détecter les œufs et les chenilles, explique les différentes variétés d’asclépiades, le cycle de vie du papillon, etc. Yolaine continue aussi d’entretenir l’espace qu’on lui a alloué dans le parc municipal Ginette-Genois de Victoriaville afin d’attirer les papillons.

Elle est désormais reconnue à travers la province comme l’experte du monarque et produit même des articles sur le sujet dans différentes publications. “Pour moi le papillon monarque est bien plus d’un insecte. C’est un ambassadeur de la biodiversité. Sur sa plante hôte vit toute une communauté d’insectes. Il suffit parfois d’un seul plant d’asclépiade incarnate pour accueillir le monarque dans un jardin”, précise-t-elle. Yolaine invite d’ailleurs tous les gens à planter cette variété dans leurs plates-bandes et ainsi offrir une chance aux monarques de se reproduire. Mais aussi, elle leur demande d’épargner les asclépiades qui poussent ici et là.

“Le papillon monarque a deux grands défis à relever. La chenille est spécialisée, elle ne mange que l’asclépiade. Et on détruit son habitat. L’humain a un grand impact”, note-t-elle en rappelant qu’il y a quelques décennies, ce sont environ 10% des œufs qui se transformaient en papillon alors qu’aujourd’hui, à cause des prédateurs, de l’action humaine ou de la maladie, c’est moins de 1% qui deviendront papillon. Quant au second défi, c’est la migration de 4000 km pour aller au Mexique en septembre et en revenir au printemps suivant. Pour l’aller, pas trop de problèmes puisque le papillon se nourrit de plantes nectarifères. Mais pour revenir, il lui faut de l’asclépiade pour assurer les nouvelles générations et le retour au bercail.

Un livre pour sensibiliser encore davantage

Afin de poursuivre sa mission, Yolaine Rousseau s’est lancée dans l’écriture d’un livre qui sera disponible d’ici quelques semaines. Publié aux Éditions Broquet, “Le Monarque au Québec et la biodiversité” sera destiné au grand public.

Il comporte 8 chapitres qui abordent la biodiversité, l’état des lieux pour le monarque, son rôle d’ambassadeur de la biodiversité, l’asclépiade, le cycle de vie, les comparaisons (vice-roi, papillon du céleri), l’inspiration citoyenne et l’élevage responsable. Toutes les photos ont été prises par Yolaine elle-même.

Un lancement aura probablement lieu à Victoriaville et ensuite la nouvelle auteure prendra la route pour le présenter dans différents salons littéraires. “J’ai bien aimé vivre cette étape d’écriture. J’y présente des observations inédites, des anecdotes et réponds à différentes questions”, annonce-t-elle. La préface est assurée par l’entomologiste Étienne Normandin et Yolaine a dédicacé ce livre à une amie du cégep, partie trop vite victime d’un cancer fulgurant, la Victoriavilloise Josée Lévesque. “Elle voulait faire sa maîtrise en environnement et c’est elle qui m’a appris la vision globale des choses”, apprécie-t-elle.

En attendant le lancement, Yolaine Rousseau recueille entre 15 et 20 œufs et chenilles par jour, permettant aux monarques de se développer. Et cet hiver, elle se lancera dans un nouveau projet d’écriture dont elle dévoilera les détails au moment opportun.