Une jeune Victoriavilloise mène un projet de recherche sur un sujet plutôt tabou

Le bien-être sexuel des aînés présentant une déficience intellectuelle (DI) ou un trouble du spectre de l’autisme (TSA) et vivant en milieu institutionnel, voilà le sujet du projet de recherche que mène Anaïs V. Berthiaume de Victoriaville, étudiante à la maîtrise en psychoéducation à l’Université Laval de Québec.

“Un sujet encore trop souvent ignoré”, estime la jeune femme qui se trouve actuellement en période de recrutement. Pour mener à bien son projet de recherche qui culminera avec le dépôt d’un mémoire, la chercheuse souhaite recruter 40 personnes, des intervenants qui travaillent avec des personnes ayant une DI ou un TSA dans les milieux de vie adaptés et institutionnels, comme les centres d’hébergement et de soins longue durée (CHLSD), les ressources intermédiaires (RI), les maisons des aînés, les ressources d’accompagnement continu (RAC) ou encore les maisons spécialisées comme Véro et Louis.

Les psychoéducateurs et psychoéducatrices, le personnel infirmier, les préposés aux bénéficiaires et les gestionnaires, entre autres, font partie des intervenants recherchés par la chercheuse.

Au moment de l’entrevue avec le www.lanouvelle.net, Anaïs V. Berthiaume avait réussi à recruter 16 participants. “Idéalement, je cible les intervenants des régions de la Capitale-Nationale et de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec, mais c’est ouvert quand même à la grandeur du Québec”, souligne-t-elle.

Elle salue la collaboration des deux CIUSSS (Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux) qui ont lancé des appels à tous à l’interne. Pour sa part, Anaïs effectue du recrutement communautaire par le biais des journaux, des réseaux sociaux et du bouche-à-oreille.

Un code QR à scanner qu’on retrouve sur une affiche qu’elle a produite mène directement au questionnaire.

Avec ce projet, la chercheuse souhaite documenter la réalité clinique des intervenants face à l’épanouissement sexuel, au bien-être sexuel de leurs usagers.

“J’ai toujours eu un intérêt personnel pour la sexologie, le bien-être et l’épanouissement sexuel de manière générale, explique-t-elle. Je me suis demandé ce qui a été fait là-dessus. Souvent dans l’imaginaire collectif, les personnes de 65 ans et plus ont une baisse de libido ou n’ont plus de désir sexuel. Mais ce n’est pas vrai.”

Elle vise à comprendre comment les intervenants perçoivent et soutiennent la sexualité des jeunes adultes (moins de 35 ans) et des aînés de 65 ans et plus présentant une DI ou un TSA.

“Mon but est de documenter l’ensemble des obstacles, des limites, mais aussi des éléments qui favorisent l’épanouissement sexuel, précise-t-elle. C’est de venir voir quels sont les obstacles, les barrières et les éléments qui favorisent le bien-être sexuel dans les différents types de milieux institutionnels. Quelles sont les limites personnelles d’un intervenant? Comment se positionne-t-il face à ça? L’âge est-il un facteur? Est-ce que je permettrais des comportements à quelqu’un de 22 ans et non pas à une personne de 75 ou l’inverse? On veut questionner et challenger les personnes.”

Le travail doit mener à l’identification des obstacles et des facilitateurs. “Le but, c’est d’en arriver à formuler des recommandations au niveau de la formation des intervenants, de voir comment on peut soutenir le bien-être sexuel des usagers tout en comprenant les limites et les besoins des intervenants”, indique la Victoriavilloise.

Les 40 participants et participantes qu’elle souhaite rejoindre d’ici la fin août sont invités à remplir un questionnaire en ligne d’une vingtaine de minutes. Puis certains d’entre eux, s’ils le désirent, feront l’objet d’une rencontre. “En entrevue, on va plus en profondeur, on essaie de comprendre encore plus la perception des intervenants quant au bien-être sexuel, mais aussi les obstacles institutionnels, organisationnels, dépendamment où on travaille, fait-elle remarquer. Est-ce permis, par exemple, d’avoir deux usagers dans une même chambre? Est-ce qu’on permet les contacts physiques ou pas, ne serait-ce qu’un baiser? Mais on peut aller plus loin aussi avec les relations pénétratives pour voir ce qui est permis ou non et si les intervenants sont à l’aise ou pas. On va creuser un peu plus pour aller chercher plus de jus, plus d’informations, davantage de vécu expérientiel des intervenants.”

Une fois qu’elle aura en main toutes les données et les informations qui lui sont nécessaires, Anaïs V. Berthiaume en fera l’analyse à l’automne pour en arriver au dépôt de son mémoire qu’elle prévoit en janvier.

“On ne fait pas de la recherche pour le simple plaisir, mais bien pour répondre à un besoin clinique, pour que ça aide et que ça serve”, fait-elle valoir.

Voilà pourquoi la Victoriavilloise compte bien publier des articles dans des revues scientifiques ciblées avec son équipe de recherche, sans compter sa participation à des congrès scientifiques ou de vulgarisation scientifique.

Une jeune femme curieuse

Anaïs le reconnaît : elle a toujours été curieuse. “J’ai toujours voulu apprendre, comprendre les choses. Je me suis toujours posé plusieurs questions.”

Pas étonnant qu’on la retrouve en recherche. “J’y avais déjà goûté un peu avec mon emploi à temps partiel durant mes études”, signale-t-elle.

Mais cette fois-ci, c’est son projet à elle. Un projet qu’elle a élaboré de A à Z, passant à travers toutes les étapes, même par le département de l’éthique où elle s’est fait évaluer et challenger.

Pour effectuer son boulot, Anaïs V. Berthiaume a obtenu des bourses d’excellence et de soutien totalisant quelque 25 000 $. “Ça me permet de moins travailler et de pouvoir me concentrer sur le projet de recherche qui nécessite beaucoup de temps et d’énergie”, dit-elle.

L’obtention de sa maîtrise en psychoéducation lui ouvrira les portes d’une pratique sur le terrain sous l’égide de l’Ordre des psychoéducateurs du Québec.

Pratique qu’elle pourra exercer dans différents milieux, comme les écoles, les CHSLD, les organismes communautaires et cliniques privées, notamment.

Mais elle envisage pousser les études encore plus loin dans ce domaine. “Je veux potentiellement continuer au doctorat et peut-être même enseigner à l’université. L’objectif, avec le doctorat, mentionne-t-elle, c’est de pouvoir entrer dans les charges de cours à l’université pour devenir prof. Je pourrais ainsi combiner alors l’enseignement et le travail terrain.”

L’an prochain, ajoute-t-elle, Anaïs expérimentera, à l’occasion d’un stage, un nouveau milieu : le centre jeunesse du CISSS de la Capitale-Nationale.

Au bout de son cheminement scolaire, Anaïs V. Berthiaume pourra, selon ses intérêts, explorer différentes avenues. “Toutes les portes me sont ouvertes. En psychoéducation, on couvre une large clientèle, de 0 à 99 ans, observe-t-elle. La psychoéducation, c’est aider les gens dans leur quotidien à passer d’un déséquilibre à un état d’équilibre pour différentes problématiques. Si un jour, après mon doctorat, j’enseigne un peu et puis je ne veux plus faire de recherche, si je veux changer, je pourrai toujours retrouver le terrain. C’est ce qui est intéressant avec cette discipline.”