Un projet d’usine de recyclage d’huiles usées soulève des questions
La Municipalité de Lyster a organisé une rencontre pour permettre aux citoyens de s’exprimer sur le projet Gestion Nobelia. C’était l’occasion pour les propriétaires de ce futur site de recyclage d’huiles usées d’expliquer leur vision et de répondre aux questions, avec l’aide du maire, Yves Boissonneault, et de la directrice générale.
Pour débuter la rencontre, la Municipalité a fait le point sur les différents développements précédents et futurs prévus sur le territoire de Lyster. Pour les détails concernant Gestion Nobelia, une ligne du temps a été établie pour situer les citoyens. Selon les informations fournies par la directrice générale, Mélissa Carbonneau, les premières discussions d’intérêt ont eu lieu en mai 2025. Divers suivis ont été faits auprès du comité consultatif d’urbanisme et de la MRC de L’Érable notamment.
Le terrain industriel, situé au 800, rue Laurier et appartenant à la Municipalité, a été acquis par le couple d’entrepreneurs le 25 mars 2026. Le conseil a adopté un premier projet en avril et le deuxième projet a été adopté le 1er juin, à la suite de la rencontre citoyenne. Par la suite, Sylvie Fortier et Éric Poisson, les deux entrepreneurs derrière Gestion Nobelia, ont pris la parole afin de se présenter leur projet. “Nous comprenons vos inquiétudes. C’est de cœur que nous démarrons des projets et il faut y croire. Nous étions tout emballés de venir vous voir pour vous présenter notre projet. Nous sommes fiers de venir vous montrer que nous voulons travailler avec vous. Nous ne voulons pas nous faire haïr par la population, nous voulons travailler avec vous et nous avons besoin de vous”, a exprimé d’entrée de jeu Mme Fortier.
Issus des milieux du recyclage et environnemental, ils avaient auparavant l’entreprise Global Récupération à Saint-Pierre-Baptiste. Vendu en 2017 à Veolia, c’est avec le désir de se démarquer de la compétition et de s’implanter dans la région que le couple souhaite créer Gestion Nobelia. “Ce soir, ce que nous débutons, c’est notre bébé. C’est notre entreprise familiale que nous voulons construire avec nos enfants. C’est pour vous dire que nous sommes des gens comme les autres. Nous osons et nous avons de l’audace. Nous pourrions nous asseoir et ne rien faire, mais nous souhaitons donner de l’espoir pour l’environnement pour tout le Québec au complet, puisque c’est un besoin sur le marché présentement. Nous sommes des entrepreneurs prévenants, à l’écoute de la population, parce que c’est important. Nous voulons côtoyer les gens”, a poursuivi Sylvie Fortier. Les deux entrepreneurs souhaitent offrir des opportunités d’emploi à proximité et faire en sorte “de ne pas laisser le monopole aux multinationales”.
Ce qu’implique le projet
Pour expliquer concrètement ce que l’implantation de cette usine de recyclage d’huiles usées implique, Éric Poisson a précisé son objectif de développer une solution environnementale, sécuritaire et humaine. Selon ses informations, l’usine permettra de valoriser l’huile minérale et l’huile à moteur en produits pétroliers. Il a expliqué les grandes lignes du procédé qu’il pourrait y avoir : un oxydateur brûlera les gaz incondensables, dont les émissions seront bloquées par un filtre à charbon. Six à huit employés seront nécessaires au fonctionnement de l’usine de recyclage d’huiles usées. Quatre réservoirs d’huile feront partie des plans.
M. Poisson a ajouté qu’il en ajouterait aux normes prévues par le ministère de l’Environnement, qui oblige d’avoir des réservoirs étanches dans des bassins de rétention. Gestion Nobelia comportera une membrane souterraine de plus. Si le projet nait à Lyster, éventuellement, les entrepreneurs aimeraient implanter le recyclage d’antigel et peut-être même le recyclage des plastiques agricoles, bien que tout cela reste au stade embryonnaire.
Période de questions des citoyens
Pour terminer la rencontre, les citoyens de Lyster ont pu poser leurs questions et faire état de leurs préoccupations aux entrepreneurs et à la Municipalité. Plusieurs questions ont été soulevées par rapport au bruit et aux odeurs possibles. Éric Poisson a expliqué que le seul bruit serait le camion de livraison, qui passerait une à trois fois par jour pour livrer ou ramasser le produit fini. À la suite du traitement complet, un résidu de bitume resterait. Un camion par mois s’arrêterait à Lyster pour ramasser ce résidu, vendu à des entreprises de membranes ou de diluant asphaltique.
Pour ce qui est des inquiétudes par rapport aux odeurs, M. Poisson a expliqué que la cheminée dégagera du CO2, mais qu’un filtre à charbon, prévu à cet effet, bloquerait tout échappement, grâce à une sonde notamment. Il a ajouté que l’entreposage des matières serait à l’intérieur. “Les odeurs seront contrôlées. Nous sommes capables de les contrôler.”
Ensuite, certains ont semblé inquiets de la diminution de la valeur de leur propriété à proximité de l’usine, une citoyenne soulignant que “c’est moins gagnant qu’un bord de l’eau pour les acheteurs”. Le maire Yves Boissonneault a rassuré les personnes présentes en disant qu’il serait très surpris que la valeur soit impactée de la sorte. Le maire a également expliqué, à plusieurs occasions pendant la rencontre, qu’aucun autre terrain n’était disponible à Lyster pour ce projet. “Nous avons tenté d’éloigner le plus possible le résidentiel et l’industriel.”
Quelques autres interventions pendant la soirée ont pointé le prolongement de la rue Laurier et du réseau d’eau pluviale, ainsi que l’asphaltage. Quelques craintes ont été soulevées en lien avec de possibles déversements et de la contamination. “Si vous vous implantez à Lyster, est-ce que les études environnementales vont être faites souvent? Qui prendra en charge les risques de déversement?”, a lancé une autre citoyenne. L’entrepreneur a répondu que la responsabilité reviendrait à l’entreprise, car “ce sont nos procédures d’opération qui feront qu’il n’y aura pas de déversement. Ce sera fait dans des endroits sécurisés à l’intérieur”, a dit M. Poisson.
Par ailleurs, une dame a également souligné l’esprit entrepreneurial du couple pour développer un tel projet. D’autres questionnements ont été communiqués par une citoyenne supposant que le terrain sur lequel Gestion Nobelia souhaiterait s’implanter appartenait à une ferme agricole. Or, le maire a bien précisé que ce terrain appartenait officiellement à la Municipalité de Lyster lors de la transaction.
Un homme a également exprimé, selon lui, la difficulté pour la MRC de laisser des entreprises s’installer dans les municipalités. “Quel tour de force avez-vous fait pour avoir la permission de venir ici? Est-ce qu’il y a anguille sous roche?”, a soulevé ce citoyen. M. Poisson a réprimé que non. Il explique avoir fait diverses démarches pour trouver un terrain dans L’Érable et que l’opportunité s’est présentée avec la Municipalité de Lyster, qui alors avait lancé un avis pour ses terrains vacants.
Un autre citoyen a ramené les deux entrepreneurs en 2017, alors qu’ils ont vendu Global Récupération à la multinationale Veolia. “Qu’est-ce qui fait en sorte que ça ne peut pas arriver de nouveau, que Veolia ne vienne pas vous racheter?” “Nous n’étions pas complètement intégrés en matière de produits finis. Lorsque nous recyclons de l’huile, nous la récupérons, nous voulons la traiter pour la revendre en combustibles industriels. Ça ne se vend pas le même prix qu’un produit fini comme le diesel par exemple. C’est la force qui nous gardera debout, je crois”, a soutenu Éric Poisson.
La Municipalité doit maintenant attendre l’autorisation émise grâce au Projet Particulier de Construction, de Modification ou d’Occupation d’un Immeuble (PPCMOI) du gouvernement du Québec. D’autres avis publics seront publiés pour informer les résidents de Lyster. Si le PPCMOI autorise le projet, les deux entrepreneurs pourront déposer leur demande auprès du ministère de l’Environnement. “Il faut que tout fonctionne sur papier avant d’entreprendre la construction. Évidemment, nous devons faire ce que nous avons dit sur ledit papier. Si tout va bien, nous déposerons en juin, juillet ou août. Ensuite, nous aurons un retour avec leurs questions en octobre peut-être. Le temps de répondre et tout ça, nous sommes rendus en 2027 avant d’avoir un permis”, a précisé M. Poisson.
