Un blitz citoyen en écho à une étude de maîtrise sur le monarque

Du 31 juillet au 9 août a lieu le Blitz international de suivi du papillon monarque. Pour Yolaine Rousseau, c’est aussi une occasion de sensibiliser la population à l’importance des plants d’asclépiades dans la région, desquels dépendent ces papillons voyageurs.

Le Blitz se veut une activité nord-américaine de science participative visant l’observation du monarque et de sa plante hôte, l’asclépiade. Au cours de la période visée, les gens sont ainsi invités à repérer les asclépiades dans leur environnement, à vérifier la présence d’œufs, de chenilles, de chrysalides ou de papillons adultes et à transmettre leurs observations par l’entremise de Mission monarque. “Chaque observation compte. Il n’est pas nécessaire de trouver beaucoup de monarques pour contribuer à la recherche. Un site où poussent des asclépiades, même lorsqu’aucun œuf ni aucune chenille n’y est observé, peut fournir une information utile”, explique celle qui s’intéresse à ce papillon depuis plus d’une quinzaine d’années.

Rencontrée aux abords de la piste cyclable à Victoriaville au passage du boulevard de la Bonaventure, Yolaine Rousseau a expliqué que ce suivi du monarque faisait écho au projet de recherche qu’elle actuellement dans le cadre de sa maitrise en biologie à l’Université de Sherbrooke.

En effet, après avoir passé des années à observer ces papillons qui migrent vers le Mexique à l’automne, monté une conférence sur le sujet et écrit un livre dédié au grand public pour parler de cet insecte qui la passionne toujours autant, la scientifique et enseignante retraitée a décidé de faire un pas de plus en s’inscrivant à la maitrise. “C’était la suite logique pour moi”, indique-t-elle.

Son étude vise ainsi à mieux comprendre les habitats utilisés par le monarque pour sa reproduction en comparant différents sites urbains et ruraux. Elle cherche notamment à documenter les caractéristiques susceptibles de favoriser la ponte des femmes ainsi que le développement des œufs et des chenilles. Les données qu’elle recueille ainsi assidument pourraient enrichir les connaissances scientifiques et mieux orienter les mesures de protection et d’aménagement des habitats du monarque.

Elle a ainsi délimité 12 sites (6 urbains et 6 ruraux) qu’elle visite régulièrement. Sur place elle documente différents éléments comme le nombre de plants d’asclépiades s’y trouvant, la présence d’œufs, chenilles, chrysalides ou papillons adultes, la hauteur et le stade de développement des plants, les traces d’alimentation et certains autres indices biologiques et, bien entendu l’évolution des sites tout au long de la saison.

Bien sûr Yolaine demande à ceux qui passent tout près des lieux d’étude, qui sont délimités avec des piquets et des rubans, de ne pas entrer dans les zones dédiées ou intervenir sur les plants. “Les chenilles peuvent se déplacer au sol ou d’un plant à l’autre ce qui les rend particulièrement vulnérables au piétinement”, explique-t-elle. De plus le retrait d’un œuf ou d’une chenille, même avec une intention noble, peut modifier les résultats de son étude. Ainsi, observer sans prélever constitue une façon de respecter son travail scientifique.

Le site urbain où a eu lien l’entrevue se démarque parce qu’il abrite une importante colonie d’asclépiades communes et offre la présence de nombreux œufs et jeunes chenilles. Elle dénombre en fait 90 plants sur lesquels elle a déjà trouvé 51 œufs et 6 chenilles (en date du 28 juillet). À ce moment de l’année, elle annonce que ceux qui deviendront papillons migreront vers le Mexique dans quelques semaines.

“Les plants y sont bien dégagés et facilement accessibles aux femelles monarques, ce qui semble favoriser la ponte”, estime-t-elle. Ses observations indiquent également, d’ores et déjà, une présence moins importante de certains prédateurs sur les plants et en fait ainsi un lieu de choix pour la ponte. “Chaque asclépiade peut devenir une maternité pour le papillon monarque. Même un petit habitat en ville peut avoir une grande valeur pour la conservation de cette espèce emblématique”, ajoute-t-elle.

C’est ainsi, précisant qu’en cette période de l’année, les abords des routes et chemins peuvent abriter de nombreux œufs ou de jeunes chenilles, qu’elle encourage les villes et les citoyens à ne pas faucher ces abords avant que leur développement soit terminé, soit vers la moitié ou la fin du mois de septembre. Cela aura pour effet de permettre leur développement qui dure en moyenne, tout dépendant des conditions, 4 semaines.

En plus de ce suivi scientifique, Yolaine procède à des interventions de sauvetage sur des sites précis qu’elle sait vulnérables, et qui constituent en fait des pièges écologiques comme elle le dit si bien. Elle recueille ainsi les œufs et dans sa maison de papillons elle s’assure qu’ils se développement jusqu’à devenir des papillons qu’elle relâche ensuite dans la nature. Un travail noble si on considère que sur 100 œufs, seulement 10 papillons prendront leur envol.

Elle a aussi formé des bénévoles pour contribuer à ce sauvetage. Cela a permis, l’an dernier, de sauver au-delà de 2000 œufs.

Ainsi, outre son étude, Yolaine Rousseau continue de sensibiliser les gens à l’importance de conserver les plants d’asclépiades et même d’en planter dans ses plates-bandes afin de contribuer à sa façon à la survie de cette espèce que certains appellent le roi des papillons. “Tous les petits gestes comptent. D’ailleurs je tiens à souligner les efforts du théâtre Parminou qui a nettoyé sa plate-bande et laissé en place des asclépiades bien dégagés”, termine-t-elle.