Rue Saint-Philippe : des citoyens plaident pour le maintien d’un boisé

Sous une pluie soutenue, des résidents de la rue Saint-Philippe à Victoriaville ont dénoncé en fin d’avant-midi, mardi, le projet de construction de deux immeubles pour un total de 60 logements sur un terrain où se trouve une forêt vieille d’environ 50 ans.

“On a convoqué les médias pour faire part de notre mécontentement, de notre désarroi face à l’acceptation de la Ville d’aller de l’avant avec la dérogation demandée pour la réalisation de ce projet”, a lancé, d’entrée de jeu, François Duguay, résident du quartier depuis 30 ans, aux côtés d’une autre résidente, Maude Deblois.

La crainte de voir le boisé disparaître ne date pas d’hier, a relevé M. Duguay.

“Depuis plusieurs années, les résidents vivent avec la crainte de la destruction du boisé de la rue Saint-Philippe. Ce terrain a toujours été convoité dans le but d’un développement domiciliaire”, a-t-il souligné.

Le citoyen a rappelé qu’en 2020, un ancien propriétaire désirait construire deux immeubles pour un total de 18 logements. Quelque 75 personnes, a-t-il dit, avaient signifié leur désaccord face à ce projet qui n’a pas vu le jour. “Le conseil municipal a entendu l’appel des citoyens. Mais six ans plus tard, nous faisons face à une situation pire en regard du nombre de logements”, a-t-il observé. 

Les citoyens dénoncent une entorse au processus démocratique, soutenant que le projet de dérogation a été adopté au conseil municipal sans qu’il soit possible aux citoyens d’en connaître les détails avant l’adoption.

“La consultation publique a été lancée à la suite de cette adoption avec des avis publics difficilement compréhensibles pour la majorité des gens, avec un délai si court, soit 10 jours, et ce en pleine période estivale où beaucoup de gens sont en vacances”, a déploré François Duguay alléguant aussi le peu de réponses satisfaisantes fournies lors de l’assemblée de consultation qui, selon lui, avait davantage l’allure d’une séance d’information.

“Pourquoi une consultation quand tout est déjà décidé, a-t-il questionné? Le processus en place est peu compréhensible, peu démocratique et ne fait que légitimer la décision prise par le conseil municipal.”

François Duguay a évoqué la pétition de 48 noms déposée au conseil municipal le 6 juillet. “Mais rien n’y fait, a-t-il fait remarquer. La Ville persiste dans sa décision d’aller de l’avant.”

Pour justifier sa décision, a poursuivi le citoyen, la Ville s’appuie sur le taux d’inoccupation de 3% et sur la loi 31 permettant “de court-circuiter le processus normal qui obligerait la Ville à consulter ses citoyens”.

Selon François Duguay, la décision du conseil municipal repose aussi sur les propos du promoteur affirmant que le projet comporterait une bonne partie de logements abordables.

“Pourtant, il n’y a aucune garantie que ce sera le cas, a fait savoir M. Duguay. À cette séance du 6 juillet, le conseiller Olivier Bergeron affirmait que la majorité de ces logements ne seraient probablement pas abordables. Or, le projet est accepté en grande partie en raison de cet argument.”

Présent à ce rassemblement de citoyens, le conseiller Bergeron a corrigé l’affirmation, indiquant n’avoir jamais dit que ces logements ne seraient pas abordables.

Devant les prétentions du citoyen Duguay, l’élu a confié qu’il avait peut-être commis une erreur. Il a aussi reconnu que la parole du promoteur constitue la seule garantie existante. “On a quelqu’un qui veut de l’abordable et qui a planifié le projet en conséquence”, a-t-il noté, reconnaissait aussi qu’un projet de logements abordables est difficilement réalisable sans subvention.

Un projet inapproprié?

Pour les opposants, le projet prévu ne tient pas la route. “Il y a actuellement plus de 300 logements en construction ou qui le seront dans un avenir rapproché”, a avancé François Duguay.

Un tel projet ne cadre pas, estime-t-il, avec la prétention de la Ville qui se targue de lutter contre les îlots de chaleur urbains et qui plaide pour l’importance de la canopée en déployant des stratégies d’écofiscalité innovantes et des programmes de végétalisation ciblés. “Pourtant, elle est disposée à autoriser la construction de 60 logements sur un terrain au centre-ville où la canopée est de 87%. En plus, ajoute-t-il, il est composé d’au moins 20 arbres de plus de 24 m. On parle en tout de plus d’une centaine d’arbres. Malgré l’obligation du promoteur à planter des arbres à croissance rapide, combien restera-t-il de canopée sur ce terrain après la construction de ces deux immeubles?”

François Duguay soulève aussi un éventuel problème de circulation et de stationnement avec les nombreux véhicules anticipés et qui devront emprunter le boulevard Jutras Ouest.

“À la séance de juillet, la conseillère Labarre a indiqué qu’on verra en temps et lieu s’il y a des problèmes de circulation. N’est-ce pas plutôt à la Ville de prévoir les conséquences négatives possibles au lieu d’attendre que ça se produise?”, a questionné le citoyen.

Développer autrement

Prenant la parole à son tour, Maude Deblois a fait valoir que les citoyens, au-delà de leur opposition à ce projet, souhaitent, en fait, proposer une autre vision. “Le boisé Saint-Philippe représente pour nous l’occasion de construire autrement avec une vision basée sur le développement durable, a-t-elle exprimé. Nous croyons que le boisé pourrait devenir un véritable parc de proximité. Un lieu où les familles pourraient jouer, où les citoyens pourraient marcher et s’adonner à l’activité physique, où l’on pourrait aménager un verger communautaire, une forêt nourricière, des espaces de repos et un lien sécuritaire pour les piétons et les cyclistes.”

Dans le contexte actuel des changements climatiques, a-t-elle renchéri, “préserver un boisé mature n’est pas une nostalgie du passé, mais une décision pour l’avenir”.

Les citoyens lancent, selon elle, un message tout simple. “Nous ne sommes pas contre le développement.  Nous sommes pour le développement qui laisse une place importante à la nature. Le boisé Saint-Philippe représente aujourd’hui une occasion de démontrer qu’à Victoriaville, il est possible de construire des logements tout en protégeant les milieux naturels et la qualité de nos quartiers”, a-t-elle soutenu.

“Nous croyons aussi qu’il y a suffisamment de terrains vacants sans ou avec peu  d’arbres qui pourraient accueillir ces habitations”, a repris François Duguay en signalant que les citoyens de la rue sont “choqués et peinés, mais surtout très déçus de ce développement projeté”.

Les résidents ne croient pas qu’il soit trop tard. Ils s’adresseront d’ailleurs au Conseil de la MRC d’Arthabaska, mercredi soir. “Ce qu’on demande, au fond, à la Ville, au maire et aux conseillers, c’est de prendre un pas de recul, de prendre le temps de réexaminer ce projet en tenant compte des préoccupations des citoyens qui habitent le quartier, qui tiennent à  vivre dans un quartier où la qualité de vie est au rendez-vous”, a-t-il conclu.

Réactions

Invité à réagir à ce qu’il avait entendu, le conseiller municipal Olivier Bergeron a répondu : “On va garder la même position que nous avons.”

Son collègue, le conseiller Yanick Poisson, même s’il se dit passablement en accord avec ce qu’il s’est dit, a expliqué qu’un tel dossier complexe exige de considérer plusieurs aspects. “Il n’y a pas que le côté environnemental et social à tenir compte, mais aussi l’aspect légal. Il faut garder en tête que ce n’est pas un projet de la Ville. Le terrain n’appartient pas à la Ville”, a-t-il confié.

François Duguay a répliqué en disant que les élus ont la possibilité d’agir sur les réglementations. “C’est la Ville qui a permis cela. Il y aurait une possibilité de l’encadrer de façon différente, cette dérogation autorisée par la Ville. Je comprends que le promoteur a le droit de construire, mais peut-on mettre des balises sur la façon de construire? C’est cela que je reproche.”

Par ailleurs, le conseiller Poisson a pointé la situation économique de certains et l’importance de prévoir des logements abordables. “Pour pouvoir donner un peu de répit à ces gens, d’avoir des logements moins dispendieux, je pense que c’est un projet qui est bénéfique”, a-t-il commenté avant de terminer en rappelant que le projet en était à l’étape de l’acceptation finale. “Il ne reste que l’aval de la MRC. Le projet n’est plus dans les mains du conseil municipal.”