Résilientes face au suicide d’un être cher
Pas une journée ne passe sans que Pascale Michaud ne pense à son fils Daven, l’un de ses cinq enfants, qui s’est enlevé la vie à l’âge de 22 ans. Ses cendres d’ailleurs l’accompagnent dans un collier qu’elle porte. Résiliente, Pascale Michaud souhaite maintenant, avec ses conférences, apporter de l’espoir et de l’aide aux parents et personnes vivant la même situation.
Ses conférences “Une envolée libérée” portent le même titre que son livre sorti en octobre 2025, un titre proposé par sa fille Bianca Gaudet.
Originaire de Plessisville, Pascale Michaud habite Maddington Falls depuis bon nombre d’années. Dans son bouquin, la maman parle de son fils qui, à l’âge de 8 ans, lui lancera qu’il n’est pas né à la bonne époque.
Daven a été diagnostiqué du trouble de la personnalité limite narcissique, mais aussi d’un trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) et du syndrome de Gilles de la Tourette. S’ajoutent aussi des idées suicidaires chroniques.
Le jeune homme a fait l’objet d’un suivi psychiatrique dès l’âge de 10 ans jusqu’à sa majorité.
Pour l’écriture de son livre, Pascale Michaud, une agente de sécurité effectuant de la surveillance en psychiatrie, a été épaulée par une infirmière spécialisée en santé mentale. “Je tenais à avoir une personne-ressource pour ne pas dire n’importe quoi”, dit-elle.
Elle décrit son fils comme un jeune homme doux, capable de dire “maman, je t’aime”, mais la maladie faisait en sorte qu’il savait être manipulateur.
Intelligent, il avait de bonnes notes à l’école. “C’est davantage du côté personnel qu’il éprouvait des difficultés, souligne sa sœur Bianca. Il ne parlait pas beaucoup de lui. Mais il pouvait être explosif quand survenait une situation.”
Fort en mots, oui, mais il ne manifestait pas de violence physique. “Mon frère était authentique, il était une personne amour authentique”, confie Bianca, tout en précisant qu’il a agi auprès d’elle comme d’une personne ressource pour l’aider à gérer ses problèmes d’anxiété.
Le jeune homme ne s’exprimait pas beaucoup sur son vécu. Il fallait que les proches le questionnent : “Comment vas-tu? Comment te sens-tu?” “Quand il répondait “je survis et toi?”, on savait qu’il n’allait pas bien”, souligne Pascale Michaud.
Son fils, précise-t-elle, pensait autrement, se sentait toujours à part des autres.
L’irréparable
Daven allait avoir 23 ans en juillet 2023 lorsqu’il a mis fin à ses jours le 24 mai cette année-là. Six jours auparavant, une tentative l’avait mené à l’hôpital, mais les autorités ne l’ont pas gardé. “Au cours des six jours précédant sa mort, je n’ai reçu aucun appel de professionnels, mais j’ai appris finalement que son dossier était resté entre deux chaises”, signale Pascale Michaud.
À son plus jeune frère qui voulait lui faire promettre de ne plus recommencer, Daven a répondu en regardant sa mère : “Je ne te promets rien”.
La veille de sa mort, le jeune homme a fait une promenade à moto avec son père. Le jour fatidique, rien de particulier, selon sa mère. Daven a fait une sortie en ville. De retour pour le souper, il est sorti par la suite pour ne jamais revenir.
Dans le livre, Pascale Michaud publie le dernier échange de textos qu’elle a eu avec son fils. Elle l’invitait à revenir à la maison. Mais dans sa souffrance, son fils lui a fait savoir qu’il s’était assez battu, qu’il n’avait plus l’énergie pour continuer. “Je suis désolé, je t’aime, maman”, lui a-t-il exprimé, tout en l’enjoignant à prévenir la police plutôt que se lancer elle-même à sa recherche.
Cheminement
Si Pascale et Bianca ont réussi à faire la paix, le chemin pour y parvenir n’a pas été de tout repos. Les mois qui ont suivi ont été pénibles. “J’ai braillé ma vie pendant 13 mois, dont quatre en arrêt de travail”, souligne Pascale.
Bianca, pour sa part, a consulté pour l’aider à se reconstruire. “Ça n’a pas été facile, confie-t-elle. Il m’a fallu trois ans pour construire des petits bouts de moi alors que mon frère a passé sa vie à rechercher une solution.”
Pour que Daven ne soit pas mort pour rien, si jeune, sa maman se disait en elle qu’il fallait faire quelque chose. Et l’idée d’une conférence a fait son chemin.
Une conférence incluant une chorégraphie de Bianca sur l’intense chanson The Loniliest de Maneskin que Daven leur avait envoyée deux jours avant son départ.
“On veut que les gens comprennent le mal-être qu’il pouvait ressentir”, indique Pascale Michaud.
Dans les prochaines conférences, Bianca, étudiante en arts, lettres et communication, profil cinéma et littérature au Cégep de Victoriaville, présentera son projet de court-métrage qu’elle a réalisé. “C’est pour allumer une petite lumière afin de rester en vie, pour continuer même si c’est difficile. Il faut garder espoir”, exprime-t-elle.
Les conférences
Pascale Michaud a déjà pris la parole à Shawinigan, La Tuque et Victoriaville. Elle prévoit aussi un passage à Kingsey Falls et à Lyster.
Mais sa quatrième conférence, elle la présentera le samedi 25 avril à 19 h à la salle communautaire de Sainte-Élizabeth-de-Warwick.
Bianca proposera sa chorégraphie et son documentaire. L’animateur du podcast Parle-moi de ça, disponible sur YouTube et auquel Pascale a pris part, y sera tout comme l’infirmière en santé mentale disponible pour répondre aux questions de l’auditoire.
De plus, une tatoueuse pourra inscrire à l’encre indélébile un point-virgule sur la peau des personnes intéressées, un signe en lien avec la prévention du suicide.
C’est qu’en littérature, le point-virgule indique que la phrase n’est pas terminée, comme l’histoire d’une vie. Comme pour dire qu’on ne veut pas que les gens mettent un point final à leur existence.
Il en coûte 30 $ pour assister à la conférence. Une partie des fonds ira à l’association Le Périscope qui a pour mission de regrouper les membres de l’entourage d’une personne présentant des manifestations cliniques reliées à un trouble majeur de santé mentale et de leur offrir une gamme de services de soutien.
“C’est un message d’espoir qu’on veut envoyer aux parents qui se posent encore des questions. Je parle pour eux, mentionne Pascale. Il leur faut une force et c’est cette force que je souhaite leur transmettre pour qu’ils comprennent un peu mieux ce qu’est la santé mentale.”
Malgré la lourdeur du sujet, Pascale Michaud a recours à un peu d’humour (mais pas trop) pour dédramatiser. Jamais d’humour sur le suicide, mais plutôt sur certaines situations. “Ce n’est pas morbide, mais bien chaleureux comme ambiance, même si le sujet est lourd”, assure Bianca.
Ce ne sont pas tous les proches, comme Pascale et Bianca, qui réussissent à accepter le départ d’un des leurs, surtout quand il s’agit d’un geste volontaire. Il faut en parler du suicide, selon elles, pour briser les tabous qui perdurent.
“Nous avons essayé du mieux qu’on pouvait avec lui. On a échangé. Mais c’était son choix. S’il avait décidé de venir me voir comme je le lui demandais, il aurait pu. Il se trouvait à cinq minutes de la maison…”
La maman redoutait la terrible nouvelle un jour ou l’autre, considérant le passé de son fils et de ses séjours en psychiatrie. “J’avais comme l’intuition que ça allait arriver.”
“Son cancer de l’âme (son mal de vivre) était trop extrême, écrit-elle en conclusion de son livre. Si ça n’avait pas été cette journée, c’en aurait été une autre. Finalement, cet événement était une bombe à retardement. Je n’en ai jamais voulu à mon fils pour son geste. Je l’aimais tellement que je pouvais comprendre sa douleur. Son départ nous a tous anéantis. Ce n’était pas à cause de l’acte, mais par rapport à son choix. Maintenant, il est notre petit ange gardien et je sais qu’il est toujours avec moi.”
Toutes deux ont ressenti ou vu des signes de sa présence. “Je pense que ça fait partie de ma résilience de croire qu’il est présent à mes côtés”, mentionne Bianca qui associe son frère aux plumes qu’elle trouve parfois sur son chemin.
Et la vie continue, affirment-elles. “On continue nos vies différemment, conclut Pascale. Tu sais que tu ne recevras plus d’appel, qu’il ne t’écrira plus. Il faut aussi trouver des outils pour fonctionner différemment.”
On peut se procurer son livre en communiquant avec elle sur sa page Facebook Pascale Michaud conférencière ou lors des conférences.
En cas de détresse, composez le 1 866 APPELLE ou consultez suicide.ca.
