Projet de loi 7 : des organismes communautaires manifestent leur colère
Des représentants d’organismes communautaires en défense collective des droits se sont regroupés, vendredi matin, devant les bureaux de Services Québec de la rue Saint-Jean-Baptiste à Victoriaville pour manifester leur colère et tenter de faire entendre raison au gouvernement concernant le projet de loi no 7 (PL7) visant à réduire la bureaucratie, à accroître l’efficacité de l’État et à renforcer l’imputabilité des hauts fonctionnaires.
Pancartes en main et faisant entendre différents slogans, sept représentants et représentantes de l’ACEF Bois-Francs, de Droits Devant Érable, de l’AGEPA (Association des groupes d’éducation populaire autonome), de la Table de concertation du mouvement des femmes du Centre-du-Québec et du Groupement pour la défense des droits sociaux de Trois-Rivières ont dénoncé le projet de loi qui, disent-ils, menace l’action communautaire autonome.
En plus de réclamer une indexation de 155 M $, les groupes en ont contre une mesure prévue dans le projet de loi, à savoir la fusion du Fonds d’aide à l’action communautaire autonome (FAACA) et du Fonds québécois d’initiatives sociales (FQIS).
“On est toujours en appauvrissement. La fusion représente une brèche de plus pour couper davantage quand il y aura des choix à faire. On parle non seulement de l’appauvrissement des organismes, mais aussi de la voix des citoyens qui ne sont pas entendus en général”, a fait savoir Marie-Ève Desnoyers de la Table de concertation du mouvement des femmes du Centre-du-Québec.
Les manifestants interpellent notamment la présidente du Conseil du trésor, France-Élaine Duranceau, mais aussi Chantal Rouleau, la ministre responsable de la Solidarité sociale et de l’Action communautaire. “Madame la ministre, le 25 février, vous avez décidé de fusionner deux fonds. Vous présentez cela comme un banal détail comptable. C’est faux, a lancé Louis Lacroix de l’ACEF. C’est un geste politique qui affaiblit l’une des bases de notre démocratie citoyenne, la défense collective des droits, et qui met directement en danger l’autonomie de l’ensemble du mouvement de l’action communautaire autonome.”
Il a rappelé que le FAACA existe depuis une trentaine d’années. “C’est la première forme de reconnaissance du mouvement communautaire autonome. Il a été créé pour une raison simple : financer la défense collective des droits par une instance indépendante des ministres et des ministères”, a-t-il précisé.
Pour les groupes de défense des droits, fusionner les deux fonds constitue une erreur. “Mélanger ces deux fonds, c’est mélanger des objectifs incompatibles : vous le savez, on vous l’a dit, près d’une centaine d’organismes vous l’ont dit. Les oppositions vous l’ont dit. Et vous le faites quand même”, a déploré Louis Lacroix en s’adressant à la ministre Rouleau.
Avec son projet de loi, le gouvernement n’économiserait que l’équivalent de 20 000 $ à 30 000 $ par année, selon les organismes.
“Pour 20 000$, vous êtes prêts à tourner froidement le dos à 30 ans de relations avec le mouvement communautaire, a exprimé Louis Lacroix. C’est le prix que vous mettez sur la démocratie et sur la capacité des citoyens et citoyennes du Québec de se défendre via des organismes qu’ils ont eux-mêmes créés.”
Mais le nerf de la guerre n’est pas que financier, a-t-il dit aussi. “Le nerf de la guerre, c’est aussi la protection de notre autonomie, la protection des contre-pouvoirs qui sont déjà malmenés par plusieurs lois et projets de loi de votre gouvernement.”
S’interrogeant sur la réelle motivation du gouvernement, les représentants des organismes disent craindre qu’il s’agisse d’une question de contrôle pour “rendre le financement plus facile à encadrer, plus facile à orienter et plus facile à couper quand les groupes dérangent.”
“Madame la ministre Rouleau, votre silence parle de lui-même. Vous avez vu l’opposition du milieu, vous avez vu les mémoires, vous avez vu les appuis et vous avez choisi de les ignorer et de faire passer votre vision des choses par la force sans prendre la peine de rencontrer les principaux concernés et en complet décalage avec la réalité et les besoins exprimés par le milieu”, a déploré Louis Lacroix.
La ministre, a-t-il noté, a refusé de rencontre le regroupement malgré plusieurs invitations. “Vous rompez le dialogue, vous perdez l’objectivité, la transparence minimale qu’exige votre fonction, a-t-il souligné. Vous balayez un pan complet de notre histoire du revers de la main, des acquis obtenus par une décennie de luttes et vous agissez en prétendant savoir mieux que nous ce qui est bon pour nous.”
Les manifestants avaient aussi un message à adresser à Christine Fréchette et à Bernard Drainville, les deux candidats à la chefferie de la Coalition avenir Québec (CAQ). “Nous vous demandons d’intervenir. La personne qui deviendra premier ou première ministre ne peut pas commencer son mandat en saccageant un pilier de la démocratie québécoise, un modèle unique au monde qui fait l’envie des milieux associatifs dans plusieurs pays, un joyau de la nation québécoise”, a conclu Louis Lacroix.
Les représentants des organismes promettent bien de poursuivre leur combat pour obtenir gain de cause
.
