Paul Chatman s’arrête… un peu!
Animateur, DJ, homme d’affaires, le Victoriavillois Paul Chatman a mis récemment un terme à l’animation matinale sur les ondes de VIVA 101,9. Plusieurs amis et connaissances se sont retrouvés en studio pour sa dernière émission pour laquelle on ne lui avait laissé aucun contrôle. Une émission spéciale pour saluer le début d’une retraite qui n’en est pas tout à fait une. Rencontre avec un homme connu « comme Barabbas dans la station ».
Quand on lui parle de l’hommage qu’on lui a rendu, Paul demeure humble. C’est dans sa nature. « Moi, je ne fais pas de miracles, je ne sauve pas de vies, souligne-t-il. J’ai aimé ce que je faisais, à savoir divertir des gens que je ne voyais pas, raconter quelque chose, apporter une joie de vivre. »
Jamais Paul Chatman ne s’est présenté à la radio du mauvais pied. « Je ne suis jamais de mauvaise humeur, note-t-il. Quand je recevais un invité, la vedette, c’est lui, pas moi. Parler de soi, c’est correct, mais pas trop. Et je me mettais dans la peau de Monsieur et madame Tout-le-Monde en posant des questions. »
Depuis le temps qu’il évolue dans la sphère publique, Paul Chatman, qui a célébré ses 65 ans au début de septembre, connaît bien des gens et vice-versa.
Le sexagénaire n’a pas la langue dans sa poche. Il a toujours eu la parole facile. Comme s’il avait un nom prédestiné. Il en fait d’ailleurs une traduction. « Chatman, un homme jaseur, un homme qui bavarde. Un prof m’avait dit que je portais bien mon nom. Parler, je n’ai pas de misère avec ça. »
La musique occupe une grande place dans sa vie. Les gens d’un certain âge se souviendront de lui comme disc-jockey (DJ) à Victo Roule, la roulathèque de l’époque. « Ça a été ma première place, se souvient-il. On m’avait emmené à Montréal pour voir comment cela fonctionne. Moi, je ne connaissais rien. Je n’avais aucune expérience. On m’a demandé si je voulais mixer quelques chansons. J’ai répondu non et je me suis contenté d’observer pendant une vingtaine de minutes. »
Mais les propriétaires de Victo Roule croyaient que Paul s’était retrouvé derrière les tables tournantes. « Ils m’ont dit : c’est toi qu’on engage. »
De retour à Victoriaville, une semaine avant l’ouverture, Paul Chatman a fait appel à un ami ayant déjà été DJ et il a pu s’exercer avant que l’établissement ouvre ses portes. « Au début, j’ai trouvé ça laborieux, mais ça s’est bien passé finalement », observe-t-il.
Après l’époque des patins à roulettes, Paul Chatman a été approché par Yvon Rondeau, le propriétaire du Valentine, un bar de danseuses nues. « Il avait besoin d’un animateur. Il m’avait emmené dans un bar montréalais pour observer le fonctionnement. J’ai animé pendant environ une dizaine d’années au Valentine à mixer la musique et à présenter les spectacles. »
Les affaires
Paul Chatman a également fait des affaires. S’il a déjà eu une boutique de vêtements avec un comparse, Paul a surtout évolué dans le monde hôtelier.
Il a ouvert le bar TC’s à l’Hôtel Le Victorin, anciennement Le Colibri. Le nom TC’s, c’était en l’honneur de Thomas Chatman, son papa, décédé tragiquement dans un accident en Mauricie.
Paul a bien failli être du voyage, mais c’est l’un de ses frères Michel qui l’accompagnait. Il a aussi péri. Paul devient émotif quand il relate l’événement.
L’aventure du TC’s aura duré quatre ou cinq ans avant que Paul, l’homme d’affaires, démarre au centre-ville le bar L’Attraction, une discothèque, avec deux acolytes Pascal Rivard et Joël Lehoux.
« Nous y avons mis fin quand ma copine est devenue enceinte. Ma carrière dans les bars venait de se terminer. Ça a été quand même des belles années, souligne-t-il. Ça a bien fonctionné. J’ai vécu de belles années. Je n’ai aucun regret. » L’Attraction a fait place à la Banque Nationale qui s’est porté acquéreur des lieux. « On ne voyait pas de relève, rappelle Paul Chatman. Et à l’époque aussi, il y avait la concurrence avec Le Caméléon.
Paul à la radio
Paul Chatman confie qu’il avait toujours eu envie de faire de la radio. Son rêve devient réalité quand Stéphane Dion lui donne sa chance à KYQ FM à Plessisville, puis à Victoriaville dans un studio aménagé à l’étage dans l’immeuble du Cinéma Laurier devenu le Carré 150.
Puis, l’inquiétude gagne le personnel quand Stéphane Dion annonce qu’il vend la station à Arsenal Médias. Une inquiétude justifiée puisqu’un an plus tard environ, un dénommé François Bordeleau s’amène en annonçant des changements. Tous ne pourront conserver leur emploi.
« Moi, je m’en foutais un peu, confie Paul Chatman. Je me disais que j’allais faire autre chose. »
Paul Chatman apprend, comme quelques autres, qu’on le laisse aller. « Je lui ai dit que je travaillais ici pour avoir du plaisir, que ce n’était pas obligatoire de rester, tout en lui mentionnant que, même si je n’étais pas vendeur, j’avais tout de même attiré une cinquantaine de clients. »
L’animateur a ramassé ses effets personnels et a quitté la station. Mais pour très peu de temps puisqu’on l’a rappelé le lendemain.
Sachant qu’il est en mesure de vendre, on lui offre un poste de vendeur tout en lui laissant un peu de micro. « Après m’avoir sacré dehors, François Bordeleau est devenu un ami. On s’appelle encore… »
La radio a donc conservé Paul Chatman dans ses rangs, lui qui a augmenté considérablement ses ventes en plus d’animer le retour à la maison avant de se retrouver à l’animation de l’émission matinale à Viva 101.9 jusqu’à sa récente dernière émission.
Le sexagénaire avance qu’il aurait continué, n’eût été la restructuration annoncée.
Mais le fait de ne plus devoir se lever tôt, à 5 h, le rend plus disponible. « Ma fille a 13 ans, ma blonde 46 ans. Je vais libérer un peu plus ma blonde qui travaille toujours. Je m’implique plus pour la famille, faire le déjeuner et le transport. »
Sans compter le temps qu’il consacre à la forme physique. « Je m’entraîne, c’est ma tasse de café présentement, car je veux garder la forme. J’avais 25 ou 30 livres en trop, alors j’ai changé mes habitudes de nutrition. C’est bien entamé et je sais le bien-être que ça donne. Je n’ai pas le goût de reprendre les livres perdus, je veux me raffermir », précise-t-il.
Le golf constitue aussi une passion pour lui, tout comme le hockey et il compte bien aller voir le Canadien plus souvent à Montréal.
Malgré tout, la voix de Paul Chatman se fera encore entendre à la radio les week-ends entre 11 h et 17 h, des émissions qu’il aura préenregistrées.
Paul prend tout avec philosophie. « S’il n’y avait plus rien eu pour moi, ça aurait été correct aussi », assure-t-il, lui qui a bien d’autres occupations, comme l’animation de mariages, de partys d’entreprises qui l’amène un peu partout, de Drummondville à Thetford Mines, en passant par Lac-Mégantic, par exemple.
« Mon horaire n’est pas surchargé, mais il est bien rempli », note celui qu’on a vu pendant plusieurs années à l’animation lors des matchs des Tigres de Victoriaville au Colisée Desjardins.
L’aventure a pris fin après plusieurs années. Rien pour l’abattre, cependant. « La vie me parle, m’invite et me retire. Si on me retire quelque chose, c’est qu’il y a autre chose après », exprime-t-il.
Paul Chatman a su tracer son chemin et se faire accepter alors qu’étant enfant, ils étaient parmi les premières personnes noires dans la région. « On se faisait regarder. Je me suis défendu et battu quatre fois. Les autres disaient : c’est un boxeur. Le message a passé », se remémore-t-il, tout en soulignant ces personnes, ces professeurs qui ont su l’accueillir. L’émotion le gagne quand il évoque madame Landry.
Chose certaine, Paul Chatman s’est toujours amusé dans tout ce qu’il a fait. « Quand je regarde dans le rétroviseur, je suis bien content. Il n’est pas dit que je ne travaillerai pas ailleurs, je demeure disponible, fait-il remarquer. Mais il faut que ce soit de quoi qui va me combler, qu’il s’agisse d’un autre genre de job au public ou non. Je le fais si ça me tente. C’est oui ou non. »
