«Passer par-dessus les barrières de la langue» – Audrey Ottier
Les personnes d’expression anglaise de la Mauricie et du Centre-du-Québec pourront bénéficier d’un service d’accompagnement en employabilité grâce au programme Pathways to Employment (Parcours vers l’emploi). L’initiative est offerte par le Centre d’accès aux services en anglais, qui souhaite répondre aux besoins d’une communauté confrontée à des barrières de langage.
Par ÉMILE HÉROUX / eheroux@icimédias.ca
Le programme s’adresse aux résidents permanents d’expression anglaise de la Mauricie et du Centre-du-Québec qui cherchent à intégrer ou réintégrer le marché du travail. Proposé gratuitement, il consiste en un accompagnement personnalisé en anglais, selon les objectifs, la situation et le parcours de chaque participant.
Pensé comme un service de proximité, le programme vise à lever plusieurs obstacles à l’emploi découlant des barrières linguistiques, comme le manque de réseau et l’accès à l’information sur le marché du travail. Les services comprennent entre autres des ateliers d’aide à la rédaction de CV et à la recherche d’emploi, de préparation aux entrevues ou de l’assistance dans le développement de carrière.
Concentrée à Trois-Rivières et à Drummondville, la population de personnes d’expression anglaise s’élève à un peu plus de 7700 en Mauricie et au Centre-du-Québec. Il s’agit d’environ 1,5% de la population totale des deux régions, selon Audrey Ottier, la directrice du Centre for Access to Services in English (CASE) citant les données du plus récent recensement.
«Étant donné qu’on est le seul organisme à but non lucratif à desservir ces deux grandes régions pour répondre aux besoins des communautés d’expression anglaise, on offre une multitude de programmes, d’activités, ressources et services pour pouvoir vraiment répondre à tous les besoins», explique-t-elle.
«On est très réactifs aux besoins de notre communauté. Donc, au fur et à mesure que les besoins sont identifiés, on adapte notre offre de services et nos activités pour pouvoir bien y répondre.»
C’est dans cette optique qu’a été créé le programme Pathways to Employment, dont les services seront offerts à la fois en ligne et en personne aux trois bureaux du CASE, soit à Trois-Rivières, Shawinigan et Drummondville.
L’initiative émerge également d’un constat frappant : même si les taux d’emploi semblent bons, les réalités semblent plus difficiles pour le chômage chez les personnes d’expression anglaise.
«Si on regarde juste du côté des emplois, on pourrait dire que tout va bien, puis peut-être qu’on n’aurait pas besoin de services additionnels, spécifiquement en anglais. Mais si on regarde les taux de chômage, c’est une image complètement différente. On voit que les taux de chômage pour les anglophones sont beaucoup plus élevés que pour les francophones», affirme la directrice du CASE.
Toujours selon des données issues du dernier recensement, le taux de chômage des personnes d’expression anglaise se situe de 2 à 7% au-dessus de celui des personnes d’expression française.
La situation est semblable au niveau du seuil de pauvreté, où les anglophones sont plus susceptibles de vivre avec un faible revenu que les francophones dans les MRC des deux régions. Une statistique exacerbée pour les jeunes anglophones, entre 15 et 44 ans, avec près de 65% d’entre eux qui vivraient sous le seuil de la pauvreté à Trois-Rivières, selon Audrey Ottier.
La directrice du CASE réfère également à une recherche de la Provincial Employment Roundtable (Table ronde provinciale sur l’emploi). Selon les chiffres cités, 67% des répondants ont indiqué avoir été confronté à des obstacles liés à la barrière du langage sur le marché du travail, et 31% ont mentionné avoir vécu de la discrimination linguistique ou des préjugés par un employeur.
Une réalité plus diversifiée qu’avant
L’organisme insiste sur l’utilisation du terme inclusif «personne d’expression anglaise», qui va au-delà de l’image traditionnelle des anglophones «historiques». Une nuance qui reflète une communauté plus large, composée non seulement de personnes dont l’anglais est la langue maternelle, mais aussi des gens pour qui il s’agit d’une deuxième ou d’une troisième langue.
L’équipe du CASE témoigne que de plus en plus de personnes qui requièrent leurs services appartiennent à des minorités visibles. Elles choisissent l’anglais parce qu’elles s’y sentent plus à l’aise de communiquer.
«On reçoit beaucoup plus de personnes des communautés culturelles dont la première langue n’est ni l’anglais ni le français, mais qui préfèrent en anglais. Ils se sentent plus en sécurité, plus à l’aise à recevoir des services en anglais, donc de plus en plus, ils viennent nous voir», remarque la directrice de l’organisme.
Audrey Ottier rappelle que le nouveau programme a été conçu pour «rejoindre les gens où ils sont» et leur permettre de «passer par-dessus les barrières de la langue».
