Okérico : producteurs agricoles, comment allez-vous aujourd’hui?

Un projet pilote dédié au mieux-être des agriculteurs et travailleurs du milieu agricole du Centre-du-Québec vise à faire connaître les ressources disponibles en santé mentale. Via son OK-o-mètre, l’application Okérico leur demande régulièrement d’évaluer leur humeur du moment. Si ça ne va pas, l’application peut les diriger vers le service le plus approprié à leur situation.

Le première version d’Okérico est en rodage. Une chargée de projet sillonne les routes du Centre-du-Québec afin de faire connaître l’application et de recueillir les commentaires des premiers utilisateurs.

“Elle va sur les fermes ou dans les événements, aller faire télécharger l’application aux agriculteurs directement sur le terrain, explique la présidente d’Okérico, Hélen Bourgoin. En novembre, elle va faire des ateliers pour présenter les ressources dans le Centre-du-Québec.”

L’application demande quotidiennement à la personne comment elle va. Pour éviter la routine ou l’habitude, le OK-o-mètre change d’apparence.

“C’est un volet, le OK-o-mètre. La personne est invitée à répondre à chaque jour, rapidement. On sait que nos agriculteurs et agricultrices n’ont pas le temps de décrire leur état d’âme dans un texte. On essaie de le faire ludique, différent à chaque jour. C’est imagé et on essaie de faire des liens avec l’agriculture. Est-ce que tu es plus soleil, nuages, tempête? Des fois, c’est avec le réservoir du tracteur, ton réservoir, est-il plein, vide, à demi ou aux trois-quarts? Des fois, c’est combien sur dix. On essaie de faire différent pour que ça ne soit pas trop redondant. C’est très visuel. Avec chaque jour rempli, il y a un graphique qui fait qu’on est capable de voir, par exemple, le mois d’août s’en vient, je vais être dans le jus, qu’est-ce que je peux faire déjà en sachant ça, y a-t-il des choses que je peux déléguer, des trucs qui peuvent attendre.”

L’application comporte beaucoup de contenus en matière d’outils de référence, de ressources et même de témoignages.

“Il y a toutes les ressources d’aide disponibles dans la région, des outils qu’on a mis et qu’on continue de mettre. Il y a des témoignages d’agriculteurs et d’agricultrices qui ont vécu des moments plus difficiles et qui s’en sont sortis. La prochaine étape, ça va être de rendre l’application encore plus interactive. Pour l’instant, c’est un peu un gros bottin de ressources. La prochaine étape, c’est d’aider la personne à identifier la problématique et on va pouvoir la diriger davantage vers la bonne ressource. Pour l’instant, l’usager doit faire une mini-recherche dans l’application.”

Le développement d’Okérico permet à Mme Bourgoin de mettre son expérience à profit.

“Quand j’étais travailleuse de rang, les gens me disaient souvent: je ne vais pas assez mal pour appeler le travailleur de rang, je ne veux pas le déranger, il y en a qui vont plus mal que moi. J’ai voulu créer ce qu’on peut faire en amont, comment on peut répondre à leurs besoins avant la consultation. Si l’application dit: ça fait une couple de jours que ça ne va pas, as-tu pensé l’appeler, ton travailleur de rang, des fois, ça fait réaliser aux gens: c’est vrai que je suis peut-être rendu là. Une consultation, des fois, c’est juste un petit bilan, on n’a pas besoin de faire un suivi très long.”

Paradoxalement, on hésite davantage à prendre soin de soi qu’à s’occuper de la machinerie défectueuse ou des animaux malades.

“Ils sont tellement habitués de ne pas se prioriser parce que leur vie, c’est leur business. Une fois que tu t’es occupé de tes animaux, de ta famille, il en reste moins pour toi. C’est correct de travailler, mais il y a aussi d’autres choses. C’est cette prise de conscience que l’application va peut-être amener éventuellement.”

La situation est tout de même préoccupante. Plusieurs études démontrent que les agriculteurs sont plus à risque de souffrir de problèmes de santé mentale que le reste de la population.

“Souvent, ils sont isolés des grands centres, ils ont des horaires atypiques, il y a cette espèce d’orgueil à demander de l’aide. L’application, c’est discret, tu peux regarder des outils. C’est une belle introspection de se dire à chaque jour: comment je vais. Si c’est 5 sur 10, c’est correct, mais c’est quoi ton objectif pour que ce soit 5.5 pour demain.”

Après le Centre-du-Québec, où le projet pilote est déployé, d’autres régions pourront s’inspirer d’Okérico.

“On peut faire copier-coller de ce modèle-là dans une autre région, mais ça prend d’autres personnes qui embarquent avec nous. Et on veut que l’application reste gratuite.”

Parmi les projets qui se concrétiseront bientôt, l’application est en cours de traduction en anglais et en espagnol.

“Certaines ressources vont être plus utiles pour eux. C’est un beau public qui est généralement dans la zone grise parce que c’est difficile d’avoir un interprète et il n’y a pas de travailleur de rang hispanophone. Il ne faut pas les oublier. Ce n’est pas banal ce qu’ils font: quitter leur pays, leur famille et venir travailler ici. Eux, quand ça ne va pas bien, souvent ils n’en parleront même pas au boss. Ils ont bien trop peur qu’il les renvoie chez eux. Avoir quelque chose de rapide à portée d’un téléphone, ça ne peut qu’être bénéfique pour tout le monde.”